Par Slim BEN YOUSSEF
Cette semaine, Tunis a accueilli la 23ᵉ session de la Haute Commission mixte tuniso-algérienne, accompagnée d’un Forum économique réunissant responsables publics et acteurs privés des deux rives de la frontière. L’événement n’avait rien d’une simple formalité diplomatique. Il s’inscrit dans une séquence patiente, régulière, où la coopération cesse d’être une intention pour devenir méthode.
Les dossiers examinés disent l’ampleur du potentiel encore en attente : investissements, échanges commerciaux, logistique, transport, agriculture, énergie, industrie, tourisme, enseignement supérieur, services. Autant de secteurs où la complémentarité existe déjà, parfois à l’état latent, parfois bridée par des obstacles administratifs, techniques ou réglementaires. Le mérite de cette session tient précisément à cela : regarder ces freins sans détour, avec la volonté affichée de les lever.
Depuis plusieurs années, les relations tuniso-algériennes ont gagné en densité. Elles se sont forgées dans l’épreuve et consolidées dans la durée. Cette solidité ne doit rien à l’effet d’annonce. Elle repose sur une proximité historique, géographique et humaine rare dans la région, nourrie par une solidarité constante et par une compréhension fine des enjeux respectifs. Au-delà des traités, elle demeure une matière vivante, faite de mémoire, de confiance et d’horizons communs.
Reste une question, désormais inévitable : comment changer d’échelle ? La coopération classique a permis beaucoup. Elle appelle aujourd’hui une ambition plus structurante, qui assume une part d’audace à la mesure des bouleversements économiques et géopolitiques en cours. Marché élargi, chaînes logistiques intégrées, politiques énergétiques coordonnées, circulation accrue des compétences : ces chantiers dessinent les contours d’un espace commun plus cohérent.
À cet horizon, certaines idées paraissent audacieuses, presque lointaines. Une réflexion monétaire partagée, par exemple, relève moins du programme immédiat que du symbole : celui d’une souveraineté pensée ensemble, d’un destin économique assumé à deux. Un dinar tuniso-algérien ? Oser y réfléchir, c’est déjà refuser le rétrécissement des possibles.
De la fraternité héritée à l’Histoire choisie ? La relation tuniso-algérienne est assez mûre pour changer d’échelle. Le moment est venu d’une projection calme et lucide. Un pôle tuniso-algérien solide, ancré et ouvert, offrirait à la Méditerranée, à l’Afrique et au Sud global un exemple de fraternité devenue projet. Quand l’amitié se dote d’architecture, elle cesse d’être héritage pour entrer dans l’Histoire.
