Chaque année, à Nabeul, de courageux baigneurs défient le froid hivernal et se mettent à l’eau pour ne pas manquer à la tradition. En famille, entre amis, dans une ambiance très conviviale, ils se donnent rendez-vous le 1er janvier. Le challenge, c’est de se jeter à l’eau. Et en cette période, expérience faite, ça réveille après le réveillon. Et chaque année, l’expérience prend de plus en plus d’ampleur.
Plus d’une centaine de participants vont se retrouver à la plage de Chaffar. Comme il fait plus froid que lors des autres années, il faudra être courageux pour tremper ses orteils ou tout son corps dans l’eau froide. Comme l’a souligné Am Mohamed : «Nous entrons dans la nouvelle année en laissant derrière nous tous les virus qui existent. C’est le bonus pour cette année, une bonne manière de ne pas tomber malade. C’est un rendez-vous pour un premier jour de l’an au grand air marin, un contact physique de l’eau de la Méditerranée, suivi d’une animation non-stop, une marche aquatique, une randonnée écologique et enfin une lablabi party pour se réchauffer les cœurs.»
«Éliminer les excès de la veille, renforcer son système immunitaire, se confronter à l’eau froide…, tout est bon pour profiter d’un moment festif en famille et entre amis. Les gens viennent pour faire la fête ou pour se lancer un défi pour commencer l’année. C’est moins difficile de se baigner l’hiver finalement car le différentiel de température n’est pas énorme», comme le confirme Abdel Aziz Hali, organisateur de la baignade du 1er janvier à la plage de Nabeul. Nadia, étudiante, ne rate pas ce rituel de début d’année. «L’eau est froide mais vivifiante, c’est bien», lance-t-elle. «On s’est habituées. Il faut sortir, reprendre un peu de chaleur, et hop, on y retourne», poursuit-elle.
Hichem explique en souriant : «Je fais ça tous les matins depuis six ans. Ça maintient en forme et c’est excellent pour la circulation du sang». Un avis éclairé qui motive d’autres à se lancer. Si la pratique est à la mode depuis une dizaine d’années en Tunisie, elle n’a rien de nouveau. La tradition est souvent datée du début du XXe siècle aux États-Unis : fondés à une année d’intervalle, le Coney Island Polar Bear Club et le Street Brownies organisent des bains d’hiver dès 1903 et 1904, respectivement à New York et à Boston.
Comme beaucoup de traditions outre-Atlantique, ces bains auraient été inspirés par les migrants venus s’établir aux États-Unis : les Scandinaves se baignent dans l’eau froide avant de se rendre au sauna pour renforcer leur système immunitaire. Les dates du 31 décembre ou du 1er janvier se sont peu à peu ancrées comme des occasions de se rassembler en se déguisant. Certains organisateurs en profitent pour mettre en place des levées de fonds caritatives.
Les règles à respecter avant de se jeter
La baignade hivernale n’est pas sans risques. S’y jeter ? Enfin pas tout à fait… La température de la mer est appelée à osciller selon la météo du jour, entre 8°C et 12°C. C’est pourquoi, d’une manière générale, il est préconisé de chauffer un peu son organisme, au préalable : quelques sauts sur place, mouvements des épaules, flexions. Tapotez également vos bras et jambes pour accélérer le flux sanguin. Une fois près de l’eau, lancez-vous de façon progressive, après avoir mouillé la nuque, la carotide et le ventre.
Précaution oblige, les baigneurs du nouvel an vont certainement se jeter à l’eau sous le regard vigilant des maîtres-nageurs. Les sauveteurs profitent de ce rendez-vous festif pour rappeler les mesures de prudence afin d’éviter les risques d’hydrocution et d’hypothermie : ne pas trop manger avant la baignade et prendre une boisson sucrée pour alimenter ses muscles et prévenir l’hypoglycémie. Avant de rentrer dans l’eau, il faudrait se mouiller la nuque, le ventre, la tête ou les bras avec de l’eau froide pour permettre à votre corps de s’habituer à la fraîcheur de l’eau. Plusieurs bains de mer sont programmés pour le 1er janvier. Des centaines de personnes participent à la fête le 1er janvier à Nabeul, Hammamet, Kantaoui, Mahdia. D’autres rassemblements sont organisés à Chaffar à Sfax, à Bizerte ou encore, à Djerba.
Kamel BOUAOUINA
