La campagne agricole 2025-2026 s’ouvre sur une dynamique prometteuse pour les agrumes tunisiens. Cependant, malgré une hausse attendue de la production, les exportations, elles, ne devraient pas connaître de changements par rapport à la campagne précédente. En effet, en raison du stress hydrique persistant et des conditions climatiques difficiles, plusieurs variétés ont vu leur progression freiner.
Beyram Hamada, membre du conseil central de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche et du conseil local de Menzel Bouzelfa, a confirmé que les préparatifs pour la saison des agrumes avancent à un rythme positif, notamment en ce qui concerne l’exportation, précisant que la Tunisie a officiellement lancé la saison d’exportation des oranges maltaises vers le marché français, avec l’envoi d’un premier lot de 200 tonnes à destination du port de Marseille, précisant que le rythme des exportations augmentera progressivement en fonction de la demande.
Le premier envoi de clémentines a quitté la Tunisie le 31 décembre en direction du port de Marseille, avec une quantité estimée entre 200 et 220 tonnes, et les opérations d’exportation se poursuivront par la suite avec des envois successifs pouvant atteindre environ 500 tonnes par semaine vers le marché français. Cela confirme l’importance de ce marché traditionnel et la confiance des clients historiques et offre aussi une visibilité précieuse pour organiser les flux logistiques.
Hamada a confirmé que les exportations d’agrumes toutes variétés confondues ont déjà atteint environ 13 000 tonnes. L’orange la Maltaise demeure la variété la plus prisée sur les marchés internationaux, avec environ 5612 tonnes exportées, représentant ainsi 50,5% du volume total des exportations d’agrumes. Elle est suivie par la variété Navel (33,7%) et le Citron (13%). Les autres variétés telles que la Clémentine, Orange douce, entre autres, affichent des volumes plus modestes mais témoignent d’une certaine diversité de l’offre tunisienne à l’export.
La France, premier importateur de la Maltaise tunisienne
La France demeure le premier importateur de la Maltaise, soit 51,3% du total des exportations. Au total, elle a importé 5707 tonnes en 2025 contre 7563 tonnes l’année dernière, soit une baisse de 24,5% en volume. Le marché Libyen s’est imposé comme un acteur clé de cette campagne, en particulier pour les variétés Navel et Citron. La part du marché libyen dans les agrumes a ainsi atteint 40,8% en 2025. La diversification des marchés, notamment à travers l’expansion vers la Libye et d’autres pays du Golfe (EAU, Arabie saoudite), a permis de rééquilibrer les recettes des exportations.
Cependant, certains marchés restent inexploités, en particulier le marché africain qui porte pourtant un effort potentiel de développement. De même, des marchés européens importants comme l’Italie et l’Allemagne sont absents de l’exportation actuelle. Dans ce contexte, des efforts doivent être intensifiés pour renforcer la présence d’agrumes tunisiens sur les marchés traditionnels de l’UE et développer les échanges avec les pays africains à fort potentiel de croissance. Hamada a souligné que le volume des exportations a connu une baisse au cours des vingt dernières années par rapport aux années 90, où les quantités dépassent le million de tonnes, exprimant son espoir que les exportations de cette saison se situent entre 10 et 11 mille tonnes.
En ce qui concerne l’ouverture de nouveaux marchés, Hamada a expliqué qu’il n’existe actuellement pas de nouveaux grands marchés, à l’exception de quantités très limitées destinées à certains pays du Golfe, affirmant que le défi futur réside dans le développement de la production de clémentines et la création de nouveaux marchés pour celles-ci, surtout dans le contexte de l’autosuffisance en matière de consommation nationale. De nouveaux marchés gagnent aussi en importance, notamment le Japon, la Hollande, le Canada, la Malaisie, l’Indonésie et l’Inde.
La concurrence avec le Maroc et l’Égypte s’intensifie
Le marché africain prend aussi de l’ampleur et offre un potentiel important pour les gros calibres et soutient la croissance de la filière. Cette dynamique élargit les débouchés et renforce la présence de la Tunisie sur les marchés internationaux.
La filière aborde ainsi la nouvelle campagne avec ambition et prudence. La hausse de production et la stabilité des débouchés renforcent la confiance des opérateurs. La diversification continue des marchés, l’arrivée de nouveaux clients et le renforcement de certains marchés existants, comme le Royaume-Uni, consolident la place de la Tunisie dans le commerce mondial des agrumes.
Cependant, la Tunisie est fortement concurrencée par le Maroc et, surtout, l’Egypte sur les marchés du Golfe où la consommation d’agrumes reste élevée. Les importateurs de Dubaï, du Qatar ou du Koweït privilégient souvent les premiers arrivages marocains pour leur fraîcheur et leur calibre. Mais dès le lancement de la saison égyptienne, en décembre-janvier, les volumes massifs et les prix compétitifs égyptiens dominent les rayons. La même dynamique s’observe en Russie, où les distributeurs basculent vers les cargaisons égyptiennes dès la fin de l’hiver. Cette alternance saisonnière oblige les exportateurs tunisiens à miser sur les variétés précoces et tardives pour maintenir une présence commerciale continue.
Le marché intérieur, souvent négligé, constitue également une voie de stabilisation économique. Avec une demande nationale en hausse, notamment dans les grandes agglomérations, les producteurs trouvent dans la consommation locale un débouché régulier et moins risqué. Cette approche mixte -exportation ciblée et valorisation locale- renforce la résilience des exploitations face à la volatilité des marchés mondiaux. Hamada a souligné que la création d’un marché national pour les agrumes est une exigence fondamentale et urgente, surtout que plus de 75% de la production nationale est concentrée dans le Cap Bon.
Kamel BOUAOUINA
