«La faiblesse du recouvrement des créances de l’État en 2023 résulte en grande partie de la détérioration de la situation financière de certaines entreprises publiques, confrontées à des déséquilibres persistants et à un déficit structurel. La Société des Transports de Tunis (Transtu) illustre particulièrement cette problématique», souligne le rapport de la Cour des comptes sur la clôture du budget de l’État pour 2023, publié le 30 décembre 2025.
Le rapport met en évidence le poids considérable de l’endettement de la Transtu vis-à-vis de l’État. «À la fin de l’année 2022, ses dettes atteignaient 275,5 millions de dinars, soit près de 60% de l’ensemble des créances issues des prêts rétrocédés aux entreprises publiques», précise le document.
Cette situation s’explique, selon la Cour des comptes, par plusieurs facteurs structurels, notamment l’absence de révision des tarifs du transport public depuis 2011, alors que les coûts d’exploitation, carburant, pièces de rechange et masse salariale ont continué de croître, fragilisant ainsi l’équilibre financier de l’entreprise.
Au-delà du cas de la Transtu, ces difficultés reflètent une tendance générale touchant l’ensemble des établissements publics bénéficiaires de la rétrocession de prêts extérieurs. En 2023, leurs créances ont augmenté de 23,800 millions de dinars, pour atteindre 536,000 millions de dinars, soit 48,19% du montant total des créances accordées aux établissements publics, qui s’élève à 1.112,200 millions de dinars, selon le même rapport.
Le Président de la République examine les dysfonctionnements du secteur
La situation du secteur des transports, en particulier celle de la Transtu et de Tunisair, a ainsi été au centre de la rencontre tenue le 29 décembre 2025 entre le Président de la République, Kaïs Saïed, et le ministre du Transport, Rachid Amri.
À cette occasion, le Chef de l’État a réaffirmé qu’«il n’est pas question de céder nos institutions et établissements publics», rappelant que Tunisair avait longtemps représenté une véritable fierté nationale. Il a souligné que la dégradation de sa situation actuelle n’est nullement le fruit du hasard, mais résulte d’une série de choix et de décisions délibérément orientés en vue de préparer sa cession.
Dans le prolongement de cette analyse, le Président de la République a dénoncé l’état, jugé inacceptable, du transport aérien. Il a révélé que, dans certains pays, les retards de départ des avions ont récemment atteint jusqu’à cinq jours. Plus largement, il a estimé que les retards enregistrés, tant dans les aéroports tunisiens qu’à l’étranger, ne sauraient être tolérés selon aucun critère. Il a ainsi appelé à mettre un terme immédiat à ces dysfonctionnements et à établir clairement les responsabilités de toutes les parties impliquées.
La réunion a également porté sur le transport terrestre, notamment l’arrivée prochaine de nouvelles livraisons de bus. Une première tranche de 136 véhicules devrait être réceptionnée dans le but d’alléger les difficultés quotidiennes des citoyens, tant à l’intérieur des villes qu’entre les régions.
S’agissant du transport maritime, le Président de la République a rappelé, qu’aucun navire ne devrait prendre la mer sans avoir préalablement subi l’ensemble des contrôles techniques nécessaires.
Une enveloppe de 700 millions de dinars pour soutenir le transport public
Selon le rapport de la Cour des comptes, le secteur des transports a bénéficié en 2023 d’un soutien de 640 millions de dinars.
Dans le prolongement de cette dynamique, le ministre du Transport, Rachid Amri, lors de la discussion du projet de loi de Finances 2026, a précisé que 700 millions de dinars sont alloués au soutien du transport public, dont 404 millions, soit environ 55,23%, destinés aux entreprises régionales de transport terrestre.
Parallèlement, les dépenses d’investissement atteignent 516,849 millions de dinars, représentant 40,7% du total des dépenses prévues, soit une hausse d’environ 49% par rapport à 2025. Parmi ces dépenses, 95,493 millions de dinars sont consacrés au transport terrestre, dont 48,6% pour la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) et 29,54% pour la Société du réseau ferroviaire rapide de Tunis.
Les entreprises régionales de transport bénéficieront de 40 millions de dinars (8,1%) pour l’achat d’environ 250 bus, tandis que la Société de transport de Tunis recevra un financement partiel pour 30 rames de métro léger, d’une valeur totale d’environ 450 millions de dinars, dont 67,5 millions représentent la participation de l’État (soit 15% du coût d’investissement), a précisé le ministre.
Par ailleurs, le ministre a évoqué les programmes de restructuration et de réforme, visant à améliorer la performance et la compétitivité de certaines entreprises publiques, tout en assurant leur durabilité face à la concurrence internationale accrue.
Concernant les dossiers de dettes des entreprises et établissements publics, le ministre a souligné que des solutions seront mises en place afin d’assainir ces créances, réduire la charge financière et renforcer la rentabilité et la pérennité de ces entités.
Nouha MAINSI
