Les motards sont plus nombreux sur les routes, profitant de la météo avantageuse. Ce sympathique temps pour les balades à deux-roues est aussi une période où le risque d’accident augmente sensiblement en Tunisie qui fait face à une recrudescence des accidents mortels, particulièrement en ville où les cyclomoteurs sont fortement impliqués. L’explosion de la mortalité des accidents impliquant les deux-roues motorisées est un phénomène préoccupant non pas seulement parce que les motards sont considérés comme les usagers qui s’exposent le plus aux dangers de la route, mais aussi à cause de leur tendance à enfreindre le plus souvent le code de la route.
Selon les statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière, 40% des décès déplorés dans des accidents de la route en 2025 mettraient en cause des motocyclistes. Le premier grand coupable est l’état actuel de nos routes (nids-de-poule, fissures dans le bitume, état de la chaussée après l’hiver). En effet, 91% des motards considèrent que le mauvais entretien des routes constitue le plus grand danger. Toutefois, l’état de nos routes n’est pas seul sur le banc des accusés. Les autres usagers, notamment les voitures, sont dénoncés comme étant le second plus grand danger (manque de visibilité, automobilistes au téléphone, non-respect des priorités, non-respect des limitations de vitesse…). La vitesse et la perte de contrôle sont aussi à l’origine des accidents des deux-roues motorisées. Un motocycliste qui perd le contrôle sur une trajectoire difficile constitue le premier profil type.
Le deuxième profil concerne les accidents initiés par un usager qui ne voit pas le motocycliste au moment de tourner ou de s’insérer dans la circulation. Dans le troisième cas «le motocycliste n’est pas suffisamment visible» lorsqu’il dépasse ou qu’un usager lui coupe la route. Le profil numéro 4 renvoie, lui, à un motocycliste qui «dépasse incorrectement» et au mauvais moment et dans le dernier profil, «l’autre usager se retrouve sur la bande du motocycliste» pour diverses raisons. Le parc des motocycles est impliqué dans plus du tiers des accidents mortels dans le pays, semblant échapper complètement au contrôle et ne pas être en conformité avec les normes de sécurité. Seulement 2% des motocycles qui circulent aujourd’hui dans nos villes sont immatriculés, selon les chiffres officiels. Pour beaucoup de ménages modestes, la moto fait office de véhicule familial que l’on n’hésite pas à utiliser pour transporter trois, voire quatre personnes.
Le colonel Chamseddine Adwani, chef du bureau de coordination et de communication à l’Observatoire national de la sécurité routière, a déclaré que «la moto est considérée comme une tombe ambulante sur les routes, étant donné que la plupart des accidents qui en résultent sont mortels», précisant que «le gouvernorat de Mahdia est en première position en termes de nombre de décès dans les accidents de motos avec 18 morts».
Nouvelle stratégie pour réduire les accidents des motos d’ici 2034
Lorsqu’il s’agit de solutions mobilité, la moto s’impose de plus en plus comme une alternative intéressante à la voiture. Cependant, il ne faut pas oublier que les motards sont des usagers de la route fortement exposés au danger. Pour la sécurité des motocyclistes et celle des autres, il est important de suivre une série de règles élémentaires. Le colonel Chamseddine Adwani a appelé les conducteurs de moto à «porter un casque de protection et à respecter les règles de sécurité», soulignant que «conduire une moto sans casque est un acte de suicide». Il est vrai que l’équipement est un allié indispensable, sachant que près de la moitié des accidents mortels à moto impliquent un choc à la tête.
C’est dire que le port du casque est crucial, un modèle intégral offrant une protection renforcée du visage et du crâne. Gants, veste à manches longues, pantalon ou combinaison et chaussures couvrant les chevilles, sont autant d’éléments obligatoires qui permettent de limiter les blessures, notamment les brûlures par abrasion. L’idéal est d’opter pour un équipement spécifique à la moto, muni de protections renforcées aux points vulnérables. L’élimination des accidents de la route passe aussi par la réalisation d’une révolution législative dans ce domaine, ainsi que par des efforts pour que les routes restent sûres tout au long de l’année et non pas seulement pendant les périodes des vacances et des fêtes. Deux nouvelles initiatives législatives visant à réglementer les motos ont été déjà approuvées lors d’un conseil ministériel et seront bientôt soumises à l’Assemblée des représentants du peuple. Ces initiatives proposent un cahier des charges pour garantir la qualité des motos lors de leur fabrication, vente et assemblage.
Elles prévoient également l’introduction d’une plaque d’immatriculation et d’une carte grise, ainsi qu’un suivi des contrevenants. Des campagnes de sensibilisation sont, également, déployées sur les médias électroniques et les réseaux sociaux pour informer et éduquer le public sur les bonnes pratiques en matière de sécurité routière. Ces initiatives visent à réduire le nombre d’accidents et à promouvoir une culture de sécurité parmi les usagers de la route, en particulier les motocyclistes, qui sont souvent plus vulnérables aux accidents graves. Le ministère de l’Intérieur a, d’ailleurs, lancé une stratégie nationale intégrée de sécurité routière visant à réduire de moitié le nombre d’accidents de la route d’ici 2034. Ce plan en trois phases prévoit une baisse de 10% des accidents de la voie publique entre 2025 et 2027. Ce chiffre passera à 25% à l’horizon de 2030, puis à 50% en 2034.
Cette stratégie comporte une révision approfondie du Code de la route et des textes annexes, avec une application rigoureuse de la loi. La stratégie prévoit également : l’intensification des actions sur le terrain pendant les heures de pointe et dans les zones accidentogènes, l’extension du réseau de radars intelligents, ainsi que l’analyse des statistiques pour identifier les causes récurrentes des accidents. Cette nouvelle approche repose sur une lecture approfondie des données d’accidentologie afin d’ajuster les actions de prévention et de répression.
Kamel BOUAOUINA
