Par Wahid SMAOUI
Parfois, il est extrêmement malaisé de trouver le bon angle d’attaque, tellement on a l’impression de se heurter à une montagne, à un agrégat d’enclouures, à un sac de nœuds indémaillable. D’accord, sans contredit, on peut épiloguer à l’envi, discourir sans discontinuer, babiller à qui mieux mieux, rompre des lances contre Untel ou avec un certain Tartempion. Comme par exemple revenir sur cet aveu d’échec, cette confession d’incapacité à profiter de l’aubaine exceptionnelle de marquer à la 89’ et à se transcender le temps d’une brièveté pour préserver ce providentiel bienfait.
Ou enfourcher de nouveau son dada à propos de l’étroitesse de vue, de la patente impéritie de notre Sami Trabelsi qui n’a pas du tout sourcillé quand, depuis la 26’, le canevas de mise donnait à voir un onze contre dix on ne peut plus propice, qui est resté de marbre, malgré la lumière du candélabre qui l’invitait à daigner se mouvoir, à avoir la bonté d’incorporer un deuxième attaquant et l’humblitude d’ «extirper» un certain Ferjani Trabelsi, euh pardon, Sami Sassi, euh (re)pardon, Ferjani Sassi, de son champ d’expertise. Ou rebondir sur cet astigmatisme de faire sortir les deux meilleurs acteurs, Ismaël Gharbi et Hannibal Mejbri, les seuls se prévalant de l’inventivité requise, ou sur cette veulerie, ce défaut de hardiesse de rappeler à la guérite, quoique sitôt il a foulé le gazon, un certain Ben Romdhane, piteusement diaphane. Ou décrier cette énormité appelée «contrat à objectifs». D’après ce que l’on sait du bail de notre préposé au gouvernail, atteindre les quarts de finale de cette CAN lui aurait consacré l’absolution suprême. Un prétendu «fait d’armes homérique» qui était à un poil près de se réaliser. Aurait-on été pour autant enchanté du rendement exhibé ?
Comme on aurait pu, pure vue de l’esprit, quitter le champ de bataille, dès la phase de poules mais les armes à la main, et l’honneur d’avoir été à la hauteur, sauf. La grande méprise donc ! Non, nos maux sont, de loin, plus profonds. C’est qu’une refonte de fond en comble s’impose avec une acuité pénétrante. On peut pointer un doigt accusateur vers une infinité d’intervenants, directs ou indirects, comme le staff technique, certains médias, une pluralité de facebookers sans foi, ni loi, ni moralité qui, mus par un népotisme aveugle, défendent à bras raccourcis les couleurs de leurs clubs respectifs, à l’abyssal préjudice de la cause suréminente de la nation. Mais les premiers pécheurs sont ceux qui détiennent les leviers du sport en général, au premier rang desquels les responsables fédéraux et surtout gouvernementaux et ce, depuis des lustres, les manquements étant de longue date, exacerbés sous l’effet d’un répugnant engorgement.
Une question de fourberie morale et intellectuelle, érigée en culture, basée sur le copinage et le favoritisme qui sèment aux quatre vents la médiocratie et mettent à bas la méritocratie. C’est d’une révolution des mentalités qu’on a besoin, d’une véritable volonté politique, pas celle en fantoche qu’on frétille dans l’air, celle qui émane de la volonté générale dans le sens rousseauiste du terme, la volonté du peuple visant l’intérêt commun, pas les intérêts particuliers et étriqués. Et c’est l’affaire des décideurs dans les plus hautes sphères d’implémenter un projet sportif ambitieux digne de ce nom, d’avoir le courage de prendre des risques, l’ingéniosité de consacrer les ressources appropriées, de mobiliser du capital politique en utilisant l’influence idoine pour surmonter les oppositions.
Mais comme il serait indiqué de faire en sorte que l’hôpital ne se moque pas de la charité, il faut commencer par balayer devant sa porte, traîner en justice les gens de sac et de corde, ces malfaiteurs qui, en graissant la patte aux pots-de-vinistes, se complaisent toujours dans l’impunité et jouissent d’une immunité «nimbée» d’indignité. Et comme aussi il ne s’agit pas de commencer la maison par le toit, ce ne sont pas les chantiers qui manquent, les projets infrastructurels en premier, l’apanage de l’Etat. Il n’y a qu’à voir, à titre indicatif, où en était le Maroc il y a une vingtaine d’années, l’Algérie, l’Egypte, et les cimes de la précellence qu’ils tutoient présentement. Voire des nations naguère miséreuses, désargentées, sur la paille, telles que l’Ethiopie, le Rwanda, la Tanzanie et tutti quanti, qu’on raillait il n’y a pas longtemps et -un état d’esprit à réprouver en fait- qu’on tournait en dérision et qui, pour l’heure, nous dépassent de la tête et des épaules. Et maintenant, au travail. Et en toute discrétion.
«Travaille dur en silence et laisse ton succès faire du bruit». Quand bien même ça nous prendrait des décennies. Pour que nos enfants ne marchent pas sur nos brisées et n’aient pas l’intime conviction que chaque propulsion d’un mandarin à un poste de décision, dans notre cas, fédéral ou tutélaire, s’assimile à «une vente aux enchères par avance de biens (publics) à voler».
