Entre chiffres encourageants, optimisme légitime pour l’avenir et nécessité de faire encore plus pour garder cette dynamique et ces pas en avant, le débat sur le tourisme en Tunisie ne cède pas au triomphalisme malgré les résultats obtenus car, d’après les professionnels de ce secteur, il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour exploiter comme il se doit les capacités du tourisme tunisien.
Le ministère du Tourisme a révélé, depuis quelques semaines déjà, que la Tunisie a, pour la première fois de son histoire, dépassé le seuil des 11 millions de touristes en 2025, une performance qui témoigne d’une réelle reprise du secteur malgré les défis régionaux et mondiaux.
Le ministre du Tourisme, Sofiane Tekaya, a affirmé que le secteur touristique tunisien traverse une étape charnière, constituant une occasion pour l’ensemble des acteurs, annonçant par là même, le lancement d’une nouvelle phase visant à renforcer le rôle du tourisme en tant que secteur stratégique, qui interagit avec de nombreux domaines vitaux et dont les retombées se répercutent directement sur l’emploi et le développement.
Adoption de standards élevés
Selon le ministre du Tourisme, ces résultats sont le fruit d’une approche fondée sur le développement à la fois qualitatif et quantitatif du produit touristique. Il a, par ailleurs, indiqué que la Tunisie a conquis plusieurs classements internationaux remarquables, notamment la première place en tant que destination privilégiée pour les touristes chinois. Il a souligné que l’intensification de la concurrence mondiale commande à la Tunisie de poursuivre le développement du secteur et d’améliorer l’environnement touristique, à travers la mise en place d’une nouvelle stratégie reposant sur l’innovation et le renouvellement.
Il a également indiqué que la visibilité numérique de la Tunisie a enregistré des millions de vues et d’interactions, ce qui a encouragé plusieurs grandes marques touristiques internationales à s’implanter dans le pays, parallèlement à l’adoption de standards élevés en matière d’hospitalité et de qualité des services.
Pour leur part, les recettes touristiques ont atteint 7,8 milliards de dinars à la date du 25 décembre 2025, enregistrant une progression de 6,3% par rapport à la même période de 2024, selon les derniers indicateurs publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Selon le ministre, le tourisme tunisien a désormais franchi la phase de redressement pour entrer dans une nouvelle étape, axée sur la montée en gamme de l’offre et sa diversification. Il a souligné que cette performance illustre la capacité du secteur à renforcer durablement les flux touristiques et les recettes, malgré un contexte international marqué par de nombreux défis économiques et géopolitiques.
Peut encore mieux faire…
Et si le ministre du Tourisme se montre satisfait de ce qui a été réalisé, d’autres experts du secteur se gardent de se laisser envahir par la suffisance. Ils estiment que beaucoup d’initiatives doivent être prises pour améliorer un état des lieux satisfaisant au niveau des résultats mais moins rassurant pour assurer le même dynamisme et pour viser encore plus loin.
Jalel Henchiri, le vice-président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, estime qu’on ne peut considérer la Tunisie comme une destination touristique que si le tourisme interne représente plus de 50%, ce qui est le cas cette année puisque ce dernier a dépassé les 60%. Selon ce professionnel du secteur, le nombre des travailleurs dans le secteur touristique est estimé à 22 mille lors de la saison estivale et il est réduit à 12 mille seulement à partir du mois de novembre, sachant que plus de 80% des travailleurs dans le secteur du tourisme au Maroc sont tunisiens. C’est que chez nous, beaucoup de travail reste à faire pour entretenir une bonne dynamique du secteur pendant toute l’année alors qu’elle est présente ailleurs.
Henchiri a regretté que les plans de restructuration du secteur aient été élaborés depuis 2010, et restés lettre morte jusqu’aujourd’hui. D’ailleurs, la Tunisie n’est pas prête pour la prochaine saison touristique, d’autant plus que la structuration financière des hôtels n’a pas encore été faite, ajoutant au sujet de la numérisation : «Il y a peu d’avancement à cet effet et la réglementation de la numérisation en Tunisie est très lacunaire». Le vice-président de la Fédération de l’hôtellerie a appelé à adopter un nouveau modèle de statistique propre au secteur touristique et à restructurer le secteur, regrettant que l’état des lieux du secteur soit «catastrophique». Selon lui, si des restructurations étaient engagées, le secteur touristique pourrait générer des recettes plus importantes et créer davantage d’emplois.
Pour relancer le tourisme durant la basse saison, cet expert recommande d’organiser des événements d’envergure nationale, à l’image du Sommet de la Francophonie, qui avait dynamisé toute la région du Sud-Est en novembre 2022. Il souligne également l’importance de développer la desserte aérienne tout au long de l’année. Par ailleurs, il estime qu’il est indispensable de financer le secteur, ce que refusent actuellement les banques tunisiennes, considérant le tourisme comme un secteur à risque.
Henchiri a également appelé à aider les unités hôtelières en difficulté et qui ont été contraintes de fermer leurs portes. Il a également évoqué l’activité quasi inexistante dans certains aéroports à l’intérieur du pays, ce qui n’aide guère à développer le secteur.
Kamel ZAIEM
