Le Conseil du Marché Financier (CMF) a annoncé l’adoption de sa stratégie 2026 en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes.
Dans un communiqué publié le 2 janvier 2026, le Conseil a précisé que cette stratégie s’inscrit dans le cadre de ses missions légales visant à préserver l’intégrité et la transparence du marché financier tunisien, tout en soutenant les efforts nationaux de prévention et de lutte contre ces risques.
«Cette stratégie prend une dimension toute particulière dans une année décisive, celle de l’évaluation mutuelle du dispositif tunisien. Dans ce contexte, les efforts de l’ensemble des acteurs sont intensifiés afin de garantir la réussite de cette étape clé», a souligné Mehdi Ben Mustapha, chef du département de la Communication, de l’Éducation Financière et de la Documentation du CMF, dans une interview accordée à la Radio nationale.
Selon le communiqué du Conseil, la stratégie 2026 repose sur une approche globale fondée sur les risques et s’articule autour de cinq axes principaux, conçus pour renforcer l’efficacité du dispositif tunisien de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes.
Le premier axe vise à renforcer le dispositif d’adhésion effective des intervenants du marché, en favorisant le passage d’une conformité formelle à une approche fondée sur les risques et la bonne gouvernance. «Il prévoit le suivi de la mise en œuvre des plans d’action issus des travaux de contrôle, le renforcement du rôle des structures de conformité et de contrôle interne, ainsi que l’intensification des actions de sensibilisation et la diffusion d’alertes périodiques sur les risques émergents, tout en encourageant le recours aux solutions numériques modernes pour la connaissance du client et la surveillance des opérations», indique le communiqué.
Dans la continuité, le deuxième axe met l’accent sur le développement des compétences et le renforcement des capacités. Cet objectif se traduit par la mise en place de programmes de formation spécialisés et l’élaboration de guides sectoriels, destinés à harmoniser les pratiques et à promouvoir une culture durable de conformité au sein de tous les acteurs du marché.
Le troisième axe concerne l’amélioration du reporting et de l’analyse financière. Il vise à renforcer la précision et la réactivité des déclarations d’opérations suspectes, tout en assurant une coordination étroite avec la Commission Tunisienne des Analyses Financières (CTAF). Il inclut également le développement des capacités d’analyse financière, le renforcement de la coopération avec les autorités judiciaires, sécuritaires et de contrôle, ainsi que l’investissement dans des outils numériques et des mécanismes d’alerte précoce.
Le quatrième axe porte sur le renforcement de l’application des sanctions financières ciblées. Il s’agit de garantir l’efficacité des dispositifs de filtrage, d’assurer l’exécution immédiate des mesures de gel et de maintenir les matrices de risques constamment actualisées sur la base des résultats de l’Évaluation Nationale des Risques 2025, afin de préserver l’intégrité du marché et d’anticiper les vulnérabilités potentielles.
Le cinquième axe vise à consolider le cadre de supervision et de contrôle du CMF, en consacrant l’approche fondée sur les risques comme méthodologie centrale.
À ce titre, Mehdi Ben Mustapha a précisé que la méthodologie adoptée ne sera pas formelle, mais que chacun de ces axes sera évalué selon une approche basée sur des indicateurs chiffrés. «Les évaluations réalisées ont montré que le dispositif en place est devenu moins exposé aux risques, avec une baisse notable du taux de risques», a-t-il ajouté, soulignant ainsi l’efficacité des mesures déjà mises en œuvre.
La CTAF enregistre plus de 1 200 déclarations de soupçon en 2024
Au-delà du cadre stratégique défini par le Conseil du Marché Financier, l’efficacité du dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme se mesure également à travers l’action opérationnelle menée par la Commission Tunisienne des Analyses Financières (CTAF).
Sur le plan quantitatif, les indicateurs relatifs à l’intensification de cette lutte figurent dans le rapport d’activité 2024 de la CTAF. Selon ce document, l’année 2024 a été marquée par une hausse significative des déclarations de soupçon, qui ont atteint 1 236 signalements, soit une progression de 45% par rapport à l’année 2023. Parmi ces déclarations, 452 ont été effectivement traitées.
Cette évolution s’inscrit dans un renforcement global de l’action de la CTAF, caractérisé par une augmentation notable des signalements, des investigations et des échanges de coopération, tant au niveau national qu’international. «L’institution a répondu à 867 demandes de coopération nationale, contre 571 en 2023, enregistrant ainsi une hausse de 53%», a précisé le document.
Sur le plan judiciaire, le rapport fait état de la production de 280 rapports d’investigation parallèle en 2024, contre 287 en 2023, transmis aux autorités judiciaires. Ces rapports ont porté sur 3 895 informations de soupçon, relatives à des comptes bancaires détenus par 829 personnes physiques et 153 personnes morales, avec des montants libellés à 94,3% en dinars tunisiens et à 5,7% en devises.
Par ailleurs, le document met en lumière le rôle central de la coopération internationale, de l’adaptation continue des dispositifs nationaux et de l’analyse stratégique des tendances émergentes, identifiés comme des leviers essentiels pour renforcer l’efficacité de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. À ce titre, le rapport souligne que «la CTAF a maintenu une coopération active avec ses homologues étrangers, en émettant 91 requêtes et en recevant 36 demandes».
Nouha MAINSI
