Difficile à admettre, et c’est pourtant une réalité. Les enseignants ont leur part de responsabilité dans la dégradation du niveau d’apprentissage des élèves. Certaines écoles manquent jusqu’à aujourd’hui d’enseignants. Voilà une plaie béante de notre système d’éducation. À côté des multiples facteurs que l’on connaît bien, et d’autres moins bien, le manque des enseignants demeure en effet l’un des principaux obstacles à l’apprentissage et au progrès des élèves.
Cette situation semble insoutenable pour certains, d’autres la perçoivent comme une opportunité de repenser le système éducatif dans son ensemble. Ce manque d’enseignants a provoqué le mécontentement des parents. C’est le cas hier où les parents d’élèves de l’école de Borj Hfaïedh, dans la délégation de Bouargoub, gouvernorat de Nabeul, ont organisé un sit-in pacifique devant l’établissement scolaire, en protestation contre la poursuite de l’absence de l’enseignante de français et son impact sur le bon déroulement des cours malgré les doléances exprimées à plusieurs reprises, quatre ou cinq fois, à la direction régionale de l’éducation de Nabeul pour trouver une solution, sans succès, précisant que leurs enfants sont menacés de retard scolaire, surtout avec l’approche du deuxième trimestre. Ils comptent poursuivre les mouvements de protestation en cas de non-satisfaction de leurs demandes dans les plus brefs délais.
Face au manque d’enseignants, les cours de soutien scolaire prennent une place de plus en plus importante. Plusieurs familles ont recours à des cours particuliers pour leurs enfants, afin de combler le vide laissé par l’absentéisme des enseignants ou de renforcer l’apprentissage. Les avantages des cours de soutien scolaire sont multiples. Ils permettent de travailler à son rythme, d’approfondir certaines notions et de bénéficier d’une attention particulière, qui peut parfois manquer dans un cadre scolaire traditionnel. En outre, dans un contexte où les écoles peinent à recruter des enseignants, ces cours offrent une alternative efficace et accessible, notamment dans les zones rurales. Une action urgente est nécessaire pour résoudre ce manque d’enseignants. Certains pays adoptent des stratégies de recrutement, notamment le recours accru à des enseignants contractuels. Dans ce contexte difficile, certains envisagent une refonte complète du système éducatif.
Automatiser les tâches
L’idée d’une «école sans enseignants» pourrait être perçue comme une utopie, mais elle soulève de nombreuses pistes intéressantes. L’une des premières solutions envisagées est l’automatisation de certaines tâches pédagogiques grâce aux nouvelles technologies. En effet, avec l’évolution de l’intelligence artificielle et des outils numériques, il est désormais possible de proposer des formations en ligne ou des classes virtuelles, gérées par des assistants virtuels. Mais cela ne signifie pas la disparition des enseignants, plutôt une redéfinition de leur rôle. Plusieurs plateformes éducatives sont déjà en mesure de proposer des cours à distance, en complément ou en remplacement des cours traditionnels. Selon une étude menée par l’Université américaine de Stanford, 70% des élèves du secondaire déclarent préférer des cours hybrides, qui combinent l’enseignement en ligne et les sessions en présentiel. Ces plateformes offrent aux élèves un accès à des contenus pédagogiques interactifs, des exercices et même des évaluations, tout en étant suivis par des professeurs pour des sessions de rattrapage ou des corrections plus personnalisées. Ce manque d’enseignants incite de nombreux parents à se tourner vers l’enseignement privé, malgré des coûts souvent hors de portée pour une grande partie de la population. Le privé séduit par des classes plus petites, une meilleure offre linguistique et parfois, des programmes bilingues ou internationaux.
À l’heure où le ministère de l’Education engage des réformes pour moderniser son école, le défi est double : améliorer les conditions du public tout en encadrant la croissance du privé, afin que le choix des familles soit guidé par des critères pédagogiques et non par une logique d’inégalités. Entre rêve d’excellence et réalité budgétaire, l’éducation tunisienne reste à la recherche d’un équilibre qui garantisse à tous les jeunes les mêmes chances de succès.
Kamel BOUAOUINA
