Est-ce la fin de l’accord organisant la relation entre la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les pharmaciens ? C’est du moins ce qui est annoncé à travers le communiqué publié lundi dernier par le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT). Il est précisé encore selon le même communiqué, que cela est dû à un bilan marqué par des perturbations continues dans l’approvisionnement en médicaments et par des retards de paiement ayant dépassé 185 jours à la fin de l’année 2025.
En fait, la situation de la CNAM ne date pas de cette année, car les dysfonctionnements ont commencé il y a plusieurs années. Les retards de paiement ont affecté la trésorerie de la caisse en l’entraînant dans une phase de fragilisation. C’est la raison pour laquelle une stratégie nationale est nécessaire afin de remédier à une telle situation. Cela permettrait tout d’abord de prévenir les ruptures de médicaments dont certains sont vitaux. Le SPOT propose la mise en œuvre de la commission unifiée de fixation des prix des médicaments, afin d’éviter le trafic de médicaments et obliger à l’application des lois régissant les compléments alimentaires, les produits cosmétiques et les équipements médicaux. Il est également nécessaire d’intégrer les professionnels dans les décisions techniques au sein de l’Agence nationale du médicament et des dispositifs médicaux. La CNAM, qui couvre environ 3,5 millions d’assurés en Tunisie, traverse actuellement une crise de liquidité aiguë.
Diversifier les sources de financement
C’est ce qui a généré des tensions avec les prestataires de soins du secteur privé, comme l’a souligné l’expert en protection sociale Badr Smaoui, à l’agence TAP. Il a précisé que la CNAM affiche un excédent théorique d’environ 900 millions de dinars, mais se heurte à un manque réel de liquidités qui l’empêche de régler ses dettes envers les pharmaciens, les médecins et les autres prestataires privés. C’est pourquoi selon Smaoui, il est indispensable de diversifier les sources de financement au-delà des seules contributions des salariés et des entreprises. C’est ce qui est préconisé en vertu de la loi de Finances 2026, avec l’instauration de nouvelles taxes, offrant à l’État davantage de marges de manœuvre pour intervenir et corriger les déséquilibres financiers. En outre, Smaoui fait remarquer que la CNSS, qui est légalement tenue de transférer certaines contributions à la Caisse depuis 2017, ne respecte pas toujours cette obligation en raison de ses propres difficultés financières.
Défis à relever et obstacles à surmonter
En fait, la crise que traverse la CNAM met en lumière plusieurs défis structurels qui ne peuvent être surmontés par des mesures ponctuelles ou conjoncturelles. Le premier défi réside dans la soutenabilité financière du système d’assurance maladie. La dépendance quasi exclusive aux cotisations sociales, dans un contexte de chômage, de précarité et d’expansion de l’économie informelle, limite fortement la capacité de la Caisse à assurer ses engagements. Le deuxième défi concerne la gouvernance. L’absence de mécanismes de pilotage efficaces, la lenteur des procédures de remboursement et le manque de coordination entre les différentes caisses sociales fragilisent la crédibilité de l’institution et nourrissent les tensions avec les prestataires de soins. À cela s’ajoute le défi de la régulation du secteur pharmaceutique, marqué par des distorsions de prix, des circuits parallèles et une insuffisante traçabilité des médicaments. Enfin, la question de l’équité demeure centrale. Les ruptures de médicaments, les retards de prise en charge et les disparités d’accès aux soins affectent en priorité les catégories les plus vulnérables, mettant à l’épreuve le principe même de solidarité nationale sur lequel repose l’assurance maladie.
Restaurer la CNAM au cœur de l’État social
Dans la vision du Président de la République, Kaïs Saïed, la protection sociale ne saurait être sacrifiée sur l’autel des équilibres comptables. La CNAM constitue un pilier fondamental de l’État social, garant du droit à la santé et de la dignité des citoyens. Sa réforme s’inscrit dans une démarche plus large de refondation du système social, fondée sur la justice, la transparence et la souveraineté des décisions nationales. Une refonte structurelle du financement et de la gouvernance du système est la meilleure solution permettant de restaurer la confiance et d’assurer la continuité des prestations pour les assurés sociaux, tout en garantissant la durabilité financière de la Caisse.
Fragilisée par des dysfonctionnements structurels et une crise aiguë de liquidité, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) traverse une période critique qui menace la continuité des soins et l’approvisionnement en médicaments. Entre retards de paiement, tensions avec les prestataires et nécessité d’une réforme en profondeur, la refonte de ce pilier de l’État social s’impose désormais comme une priorité nationale.
Lutter contre la spéculation et les réseaux de rente
Le Chef de l’État plaide pour une rupture avec les logiques de gestion héritées du passé, qui ont conduit à l’épuisement des ressources publiques et à l’érosion de la confiance. Il s’agit désormais d’assainir les circuits de financement, de responsabiliser l’ensemble des acteurs, de lutter contre la spéculation et les réseaux de rente et de replacer l’intérêt du citoyen au centre des politiques publiques. À travers la consolidation de la CNAM, c’est l’ambition d’un État protecteur, équitable et solidaire que le Président entend concrétiser, convaincu que la justice sociale demeure le socle de la stabilité et de la souveraineté nationales. Cette approche traduit une volonté politique affirmée de replacer l’intérêt du citoyen au cœur de l’action publique et de redonner à l’État son rôle régulateur et protecteur. En rompant avec les compromis inefficaces du passé, le Président entend restaurer l’autorité de l’État, garantir la pérennité des services publics essentiels et consolider les fondements d’un État social souverain, au service de la dignité et du droit à la santé pour tous.
Ahmed NEMLAGHI
