Les statistiques récentes publiées par l’Observatoire national de la sécurité routière confirment une réalité alarmante : l’insécurité routière demeure l’un des problèmes majeurs de santé publique et de cohésion sociale du pays. Sur la période 2020-2025, les routes tunisiennes ont continué de faire un nombre élevé de victimes, révélant une situation structurelle qui dépasse le cadre des accidents isolés. L’année 2025, en particulier, illustre la persistance de cette crise, avec plusieurs milliers d’accidents recensés et un bilan humain extrêmement lourd.
Ce constat met en lumière un phénomène profondément enraciné, alimenté par une combinaison de facteurs humains, techniques et organisationnels. Les comportements à risque, tels que la vitesse excessive, l’inattention ou le non-respect des règles de circulation, restent omniprésents. À cela s’ajoutent des infrastructures parfois inadaptées, un contrôle encore insuffisant et une culture de la prévention qui peine à s’imposer durablement. La route devient ainsi un espace de danger permanent, où chaque déplacement comporte un risque réel, tant pour les conducteurs que pour les usagers les plus vulnérables.
L’analyse détaillée des chiffres montre également que les accidents, les blessés et les décès ne sont pas répartis de manière homogène entre les différents types de véhicules. Au contraire, une forte concentration se dégage autour de quelques catégories dominantes, ce qui permet d’identifier plus clairement les priorités d’action. Cette lecture fine des données est essentielle pour dépasser les approches générales et mettre en place des politiques de prévention ciblées, capables de produire des résultats concrets et durables.
La voiture particulière apparaît comme le principal concerné par le bilan routier. Son omniprésence sur les routes explique en partie sa forte implication dans les accidents, mais elle souligne surtout le poids de ce mode de transport dans la gravité des conséquences humaines. Les collisions impliquant des voitures légères sont souvent associées à des vitesses élevées, à des manœuvres dangereuses ou à une baisse de vigilance, notamment dans les zones urbaines et périurbaines où la circulation est dense et parfois chaotique. Cette situation pose la question du respect des limitations de vitesse, mais aussi de l’aménagement des voiries et de la gestion du trafic.
Les motocyclettes occupent une place particulièrement préoccupante dans ce tableau. Bien qu’elles représentent un volume moindre que les voitures dans le parc global, leur implication dans les décès est disproportionnée.
Les zones rurales et industrielles également concernées
Cette surreprésentation met en évidence l’extrême vulnérabilité des conducteurs de deux-roues, exposés directement aux chocs sans protection structurelle. Le moindre accident peut ainsi avoir des conséquences fatales. Le non-port du casque, les excès de vitesse et une formation parfois insuffisante aggravent considérablement les risques. Cette réalité appelle des mesures spécifiques, allant du renforcement des contrôles à l’amélioration de l’apprentissage de la conduite, en passant par une sensibilisation plus ciblée des jeunes usagers.
Les piétons constituent un autre visage dramatique de l’insécurité routière. Leur part élevée parmi les victimes, y compris les décès, révèle une dangerosité persistante de l’espace urbain. Traverser une rue reste, dans de nombreuses zones, un acte risqué, en raison de passages mal signalés, d’un éclairage insuffisant ou du non-respect des priorités par les conducteurs. Les usagers les plus fragiles, notamment les personnes âgées et les enfants, sont particulièrement exposés. Cette situation souligne l’urgence de repenser l’aménagement urbain afin de placer la sécurité des piétons au cœur des politiques de mobilité.
Les camions légers, souvent utilisés à des fins professionnelles, affichent également une implication notable dans les accidents graves. Leur masse et leur usage intensif augmentent le potentiel de dommages, surtout lorsque la fatigue, la pression des délais ou la surcharge entrent en jeu. Bien que les taxis et les bus soient moins présents dans les statistiques, chaque accident impliquant ces moyens de transport revêt une gravité particulière en raison du nombre de passagers concernés.
Les autres types d’accidents, qu’il s’agisse de collisions avec des animaux, de renversements de véhicules ou d’incidents impliquant des engins agricoles ou des infrastructures ferroviaires, restent marginaux en volume. Toutefois, ils rappellent que l’insécurité routière ne se limite pas aux grands axes urbains et qu’elle concerne également les zones rurales et industrielles, où des risques spécifiques existent.
Une responsabilité collective face à l’urgence de l’action
Au-delà des chiffres, l’insécurité routière pose une question fondamentale de responsabilité collective. Les pouvoirs publics, les collectivités locales, les forces de l’ordre et les acteurs de la société civile ont tous un rôle à jouer. Mais les usagers eux-mêmes sont également au cœur de la solution. Changer les comportements, respecter les règles et adopter une conduite responsable sont des leviers essentiels pour réduire durablement le nombre de victimes.
La mise en place de politiques de prévention ciblées apparaît aujourd’hui comme une nécessité. Le renforcement du contrôle de la vitesse, l’amélioration de la formation des conducteurs, la sécurisation des infrastructures pour les piétons et les deux-roues, ainsi que le durcissement des sanctions en cas d’infractions graves sont autant de mesures indispensables. Toutefois, leur efficacité dépendra de leur cohérence et de leur continuité dans le temps.
Réduire l’insécurité routière ne relève pas uniquement d’un enjeu réglementaire. Il s’agit d’un véritable défi de santé publique, de justice sociale et de développement durable. Chaque vie épargnée représente non seulement un drame évité pour une famille, mais aussi un pas vers une société plus sûre et plus responsable. Tant que la route continuera de faucher autant de vies, la question de la sécurité routière devra rester au cœur des priorités nationales.
Leila SELMI
