Chez nous, on remarque que le monde associatif est en train de vivre un bouleversement inédit. En effet, depuis quelques années, il devient de plus en plus compliqué d’engager des bénévoles au sein des associations, qu’elles soient sociales, culturelles, sanitaires, éducatives ou caritatives. Depuis quelque temps, on parle peu d’activités ou de projets associatifs où le bénévolat est très actif. C’est que le bénévole a l’air de devenir une espèce rare dans certaines associations, tant et si bien que nombre d’entre elles se mettent en sommeil. Une sorte de manque de responsabilité ou de non-respect des principes de ces associations est en train de se manifester, ce qui explique que les actions menées par ces associations deviennent de plus en plus rares ces dernières années. A quoi est due cette léthargie ? Serait-ce la conjoncture socioéconomique du pays ou l’absence d’initiatives ou encore le manque de bénévoles au sein de ces associations ?
Dans certaines régions de l’intérieur du pays, beaucoup d’habitants ont plus que jamais besoin de nourriture, de soins, de médicaments, de vêtements, surtout en cette saison hivernale. C’est alors qu’on assiste à un certain relâchement dans les actions habituelles menées par les associations pour venir en aide à ces populations défavorisées. A part quelques caravanes caritatives faites surtout par le Croissant Rouge, les Scouts Tunisiens ou par Lions’Club, surtout à l’occasion de la rentrée scolaire, de ramadan ou des deux Aïds religieux, ces actions restent, en cours d’année, en deçà des besoins réels et urgents des familles pauvres.
Les bénévoles, devenus des oiseaux rares
Que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de l’environnement, les actions bénévoles se font de plus en plus rares ces dernières années. Pourtant, nous vivons actuellement dans des circonstances où nous avons le plus besoin d’actions humanitaires et caritatives. En effet, à l’hôpital par exemple, un enfant, un adulte, une personne âgée, ou un malade porteur d’un handicap, se sent souvent seul, avec le sentiment d’être séparé de sa famille, coupé de son environnement et éloigné de ses repères habituels. La mission d’un bénévole serait d’apporter à ces gens une présence, d’alléger leur sensation d’isolement, de les distraire, de les apaiser et de leur apporter du réconfort. C’est à travers des associations qu’un bénévole peut venir en aide à des personnes sinistrées, renforcer les services d’urgence, assurer des soins sur des personnes fragilisées, exclues et en grande précarité. On regrette les caravanes sanitaires multidisciplinaires organisées de temps en temps par le ministère de la Santé dans les gouvernorats de l’intérieur, ce qui est devenu un rare pour des raisons imprécises.
En effet, on remarque depuis quelques années une baisse de l’engagement associatif et ce, dans tous les domaines. Pourtant, jadis, on connaissait un afflux de bénévoles sur différentes associations, proposant gratuitement et de bon cœur leurs services aux gens nécessiteux. «Aujourd’hui, nous confie le président d’une association, nos adhérents bénévoles se font de plus en plus rares ; ceux qui restent ne s’engagent pas complètement, viennent rarement aux réunions et ne veulent plus prendre des responsabilités. Et puis, même les membres de l’association ne payent plus leur abonnement annuel. D’ailleurs, beaucoup d’associations recherchent des bénévoles, mais il paraît que de nos jours, les gens ne veulent plus donner de leur temps pour s’engager dans les activités associatives ou tout simplement n’ont pas assez de temps à consacrer aux activités de l’association. C’est là, la différence entre hier et aujourd’hui.»
Le bénévolat est-il devenu payant ?
Un exemple encore en mémoire montre que le bénévolat perd du terrain dans nos contrées. Il y a quelques années, le ministère de l’Education a décidé de créer différents clubs dans les établissements scolaires animés par les professeurs, à raison de deux ou trois heures le vendredi après-midi. Durant toute une année, les clubs ont fonctionné à merveille et les professeurs bénévoles ont touché leurs rémunérations. L’année suivante, le ministère a décidé d’arrêter ce programme. Résultat : aucun club n’a fonctionné depuis ce temps-là pour la simple raison que les professeurs ne sont plus payés pour leur bénévolat !
Pourtant, une activité parascolaire organisée par l’école en dehors des heures normales de cours ne serait que très bénéfique pour les élèves. En plus, ces clubs scolaires (cinéma, théâtre, peinture, danse, langues, informatique) animés par des professeurs bénévoles aideraient les élèves à grandir intellectuellement, émotionnellement et socialement. En d’autres termes, les activités parascolaires sont un excellent moyen pour les élèves d’acquérir des compétences en leadership et de développer leurs aptitudes sociales. Elles permettent également aux élèves de s’impliquer dans leur communauté et de se faire de nouveaux amis. Cependant, si les établissements scolaires souffrent aujourd’hui du manque de clubs culturels, scientifiques et sportifs, c’est tout simplement parce que les bénévoles se font de plus en plus rares et la plupart sont motivés par l’argent reçu en contrepartie de leur service, quand bien même une action accomplie par un bénévole devrait être gratuite et sans condition.
Hechmi KHALLADI
