Les inondations urbaines figurent parmi les défis majeurs auxquels fait face la capitale, en particulier dans certaines zones sensibles situées à proximité de l’ancien port de Tunis. À chaque épisode pluvieux d’intensité moyenne ou forte, l’accumulation des eaux provoque des perturbations importantes de la circulation, des dommages aux infrastructures et un sentiment d’insécurité pour les usagers.
Conscientes de la gravité et du caractère répétitif de cette situation, les autorités régionales ont engagé une démarche structurée visant à apporter des solutions durables à ce phénomène.
C’est dans ce cadre qu’une réunion de travail a été consacrée à la présentation d’une étude technique portant sur le système d’évacuation des eaux pluviales dans le périmètre du pont de la République et de ses alentours. Cette rencontre, placée sous la supervision du gouverneur de la région, s’inscrit dans une logique de prévention et d’anticipation plutôt que de gestion ponctuelle des crises. L’objectif principal est clair : comprendre les causes structurelles des inondations et identifier des réponses adaptées à court, moyen et long terme. Les zones concernées, notamment les grands axes urbains adjacents, constituent des points névralgiques de la mobilité et de l’activité économique. Leur vulnérabilité face aux eaux de ruissellement n’est plus seulement un désagrément saisonnier, mais un enjeu de sécurité publique et de fonctionnement normal de la ville.
Diagnostic technique et scénarios d’intervention progressive
L’étude présentée repose sur une analyse approfondie de l’état actuel du réseau d’évacuation des eaux pluviales. Ce diagnostic met en évidence plusieurs limites structurelles : insuffisance de la capacité d’absorption du réseau existant, vieillissement de certaines infrastructures, inadéquation entre le développement urbain et les dispositifs de drainage, ainsi que l’impact croissant des changements climatiques, qui se traduisent par des pluies plus intenses et plus concentrées dans le temps.
Sur la base de cette analyse, le bureau d’études a élaboré plusieurs scénarios d’intervention, chacun répondant à des horizons temporels distincts. Ces propositions permettent d’envisager une amélioration progressive du système, en tenant compte des capacités financières, techniques et opérationnelles des acteurs publics. Les scénarios à court terme visent à réduire les risques immédiats d’accumulation d’eau lors des épisodes pluvieux fréquents, tandis que les projections à moyen et long terme ambitionnent de renforcer durablement la résilience hydraulique de la zone. Cette approche graduelle présente l’avantage d’offrir une flexibilité dans la prise de décision, tout en inscrivant l’action publique dans une vision prospective. Elle permet également d’anticiper l’évolution des besoins en fonction de l’urbanisation future et de l’intensification probable des phénomènes climatiques extrêmes.
Toutefois, les échanges ont mis en évidence la nécessité d’aller au-delà des modèles classiques basés uniquement sur des périodes de récurrence. C’est dans cette optique qu’il a été décidé d’explorer une alternative supplémentaire, fondée sur des critères de performance différents, afin de mieux répondre aux réalités spécifiques du site concerné.
Une coordination institutionnelle pour une solution durable
La lutte contre les inondations urbaines ne peut se limiter à une réponse technique isolée. Elle nécessite une coordination étroite entre l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion de la ville et de ses infrastructures. La réunion a ainsi rassemblé des représentants de plusieurs institutions clés, illustrant la volonté d’adopter une approche transversale et concertée.
Les autorités régionales, la municipalité, les services de l’équipement, les organismes chargés de l’assainissement, de la gestion de l’eau et des transports publics ont tous un rôle complémentaire à jouer. Cette mobilisation collective est essentielle pour assurer la cohérence des interventions, éviter les chevauchements de compétences et garantir une mise en œuvre efficace des solutions retenues. La décision de consacrer une séance technique spécifique à l’examen d’un scénario alternatif traduit également une volonté d’approfondir la réflexion et de ne pas se contenter de réponses standards. Elle ouvre la voie à des solutions innovantes, potentiellement plus adaptées aux contraintes locales, qu’il s’agisse de l’espace disponible, de la configuration du terrain ou de l’interaction avec les infrastructures existantes.
Au-delà de l’étude elle-même, cette démarche envoie un signal fort quant à la priorité accordée à la prévention des risques urbains. En anticipant les effets des pluies plutôt qu’en intervenant dans l’urgence, les autorités cherchent à réduire les coûts humains, économiques et matériels liés aux inondations répétées.
À terme, la réussite de ce projet pourrait servir de référence pour d’autres zones vulnérables de la capitale et, plus largement, pour les villes confrontées à des problématiques similaires. L’enjeu dépasse ainsi le seul périmètre concerné : il s’agit de repenser la manière dont les villes s’adaptent aux nouvelles réalités climatiques, en intégrant la gestion des eaux pluviales comme un pilier central de l’aménagement urbain durable.
Leila SELMI
