L’effondrement d’une partie du mur de l’école primaire de Zaâfrana, survenu récemment à la suite d’un accident de la circulation, aurait pu tourner au drame. Si aucun blessé n’est à déplorer, l’incident soulève néanmoins de graves interrogations sur l’état des infrastructures scolaires, en particulier dans les établissements anciens situés à proximité d’axes routiers très fréquentés.
Cet événement n’est pas un simple fait divers, il est le symptôme d’un malaise plus profond, longtemps ignoré, concernant la sécurité des élèves et la vétusté d’un grand nombre d’écoles publiques.
Depuis plusieurs années, des accidents similaires se répètent à travers différentes régions du pays. Des murs fissurés, des clôtures fragilisées, des bâtiments vieillissants exposés aux intempéries ou aux chocs extérieurs deviennent autant de menaces potentielles pour des enfants qui devraient évoluer dans un environnement protégé. Le fait qu’un camion ait perdu le contrôle et percuté l’enceinte de l’établissement met en évidence une double vulnérabilité : celle de l’infrastructure scolaire elle-même, et celle de son implantation dans un espace non sécurisé.
Ce qui inquiète le plus les parents et les riverains, ce n’est pas uniquement l’accident en tant que tel, mais sa prévisibilité. L’école est implantée le long d’une route nationale très fréquentée, connue pour sa dangerosité et pour les nombreux accidents qui y ont été enregistrés au fil des années. Dans ce contexte, l’absence de dispositifs de protection adéquats apparaît comme une négligence difficilement justifiable.
Sécurité scolaire : une responsabilité qui ne peut plus être reportée
La question de la sécurité des établissements éducatifs ne peut plus être traitée comme un dossier secondaire. Lorsqu’une école accueille plusieurs centaines d’élèves et des dizaines d’enseignants, toute faille dans les infrastructures devient un risque majeur. Un mur qui s’effondre aujourd’hui peut coûter des vies demain. Il est donc impératif d’agir avant que l’irréparable ne se produise.
Les appels des parents d’élèves à l’installation de ralentisseurs, au renforcement des clôtures et à la présence d’un agent de gardiennage sont loin d’être excessifs. Ils relèvent du bon sens. La circulation rapide des poids lourds à proximité immédiate d’un espace scolaire constitue un danger permanent, particulièrement aux heures d’entrée et de sortie des élèves. Dans de nombreux pays, les zones scolaires bénéficient de dispositifs spécifiques de limitation de vitesse, de signalisation renforcée et parfois même de déviations routières. Pourquoi ces mesures élémentaires restent-elles encore absentes dans tant de régions ?
La sécurité ne se limite pas à la solidité des murs, elle englobe également la surveillance, la prévention et l’anticipation des risques. Un établissement scolaire n’est pas un bâtiment ordinaire, c’est un lieu de vie, d’apprentissage et de confiance. Les enfants y passent une grande partie de leur journée, souvent sans leurs parents. À ce titre, l’État et les collectivités locales portent une responsabilité morale et institutionnelle majeure.
Rénover avant de construire : un choix de priorité et de justice
L’incident de Zaâfrana relance avec force un débat fondamental : faut-il continuer à multiplier les projets de nouvelles écoles alors que des dizaines, voire des centaines d’établissements existants tombent en ruine ? Construire de nouvelles structures est certes nécessaire dans certaines zones en expansion démographique, mais cela ne peut se faire au détriment de la rénovation du patrimoine scolaire existant. De nombreuses écoles publiques datent de plusieurs décennies. Elles ont été construites à une époque où les normes de sécurité, les volumes de circulation et les contraintes climatiques étaient très différents de ceux d’aujourd’hui. Les exposer aux réalités actuelles sans travaux de mise à niveau revient à mettre en danger leurs usagers. Rénover, consolider, sécuriser devrait être une priorité absolue, avant même d’envisager de nouveaux projets immobiliers.
Il s’agit aussi d’une question de justice sociale. Les élèves issus des zones rurales ou des quartiers périphériques ont droit au même niveau de sécurité que ceux des établissements récents ou situés dans les centres urbains. La vie d’un enfant n’a pas moins de valeur parce qu’il étudie dans une école ancienne ou éloignée des grandes villes. Investir dans la rénovation des écoles, c’est investir dans l’avenir. C’est envoyer un message clair aux familles, aux enseignants et aux élèves : leur sécurité compte, leur dignité compte, leur vie compte. Chaque mur consolidé, chaque clôture renforcée, chaque mesure de prévention mise en place est une victoire silencieuse contre l’indifférence et l’improvisation.
L’effondrement d’un mur ne doit jamais être considéré comme un incident banal. Il doit être perçu comme une alerte sérieuse, un rappel brutal que l’éducation ne se résume pas aux programmes et aux manuels, mais commence par la protection physique de ceux qui apprennent et de ceux qui enseignent. Tant que des écoles continueront de s’effondrer, il sera difficile de parler sereinement d’avenir, de réforme ou de progrès.
Quand un mur s’effondre, c’est tout un système qui vacille
Leila SELMI
