Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot) a annoncé la reprise de la délivrance des médicaments selon le système du tiers payant pour les affiliés de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), tout en appelant les autorités de tutelle à s’attaquer aux racines du mal pour sauver le régime d’assurance-maladie.
«Une réunion tenue mercredi soir sous l’égide de la présidence de la République et en présence des ministères et des structures concernées par le secteur des médicaments et de l’assurance-maladie, a abouti à une décision du rétablissement du régime du tiers payant, avec une garantie directe du président de la République», a souligné le syndicat, qui avait suspendu le régime du tiers payant depuis le 8 décembre 2025 en signe de protestation contre des retards de paiement par la CNAM.
Le syndicat a cependant précisé que cette décision reste tributaire de la mise en œuvre d’une série de mesures concrètes permettant son application effective sur le terrain par les ministères concernés. Il a également fait remarquer que le non-renouvellement de la convention sectorielle régissant les relations contractuelles entre les pharmaciens et la CNAM «n’a jamais été un objectif en soi ni une volonté de rupture, mais un signal d’alarme responsable face à une situation très critique», notant que le rétablissement du tiers payant ne devrait pas encourager les solutions à court terme ou se substituer au traitement des racines du mal.
«La décision relative au rétablissement du régime de tiers payant ne constitue en aucun cas un blanc-seing, un chèque en blanc, et tout manquement aux engagements, aux délais ou aux garanties de financement fera l’objet d’un suivi minutieux et aboutira aux actions prévues par la loi pour défendre la pérennité du secteur et le droit des citoyens à l’accès aux médicaments», a averti le syndicat. Celui-ci avait suspendu en décembre dernier le régime du tiers payant pour protester contre les retards de paiement par la CNAM.
Des retards de paiement de 150 jours
Dans le cadre du tiers payant, le pharmacien conventionné avec la CNAM perçoit de l’assuré social 30% du montant global de l’ordonnance, et ce, sur la base du prix public des médicaments dispensés. Le reste du montant de l’ordonnance, à la charge de la caisse, fait l’objet d’un décompte adressé au centre de référence (centre régional ou local de la caisse désigné par le pharmacien conventionné), afin que la caisse procède au paiement intégral du pharmacien dans un délai de 14 jours ouvrables à compter de la date de réception du décompte, et ce, par virement bancaire ou postal au compte indiqué dans le dossier d’adhésion.
Le Syndicat des pharmaciens d’officine avait indiqué que les retards de paiement de ses adhérents par la CNAM ont engendré une grave crise de liquidités au niveau de la plupart des pharmacies, qui se trouvent aujourd’hui incapables de s’approvisionner en médicaments et de fournir des services aux citoyens, notamment dans les régions intérieures et les zones de développement prioritaires. Il a aussi révélé que les délais de paiement des prestataires de soins par la CNAM dans le cadre du système du tiers payant ont atteint en moyenne 150 jours en 2025, contre 120 jours en 2024 et 60 jours en 2025, alors que les délais contractuels ont été fixés à 14 jours.
L’origine des fortes perturbations observées ces derniers mois dans le système de distribution des médicaments se trouve dans le déficit abyssal de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS). Ces deux caisses de sécurité sociale ne versent pas la part de la CNAM provenant des cotisations des assurés sociaux, puisque les régimes de retraite «siphonnent» la plus grosse part des ressources réservées aux dépens du système d’assurance-maladie.
Les dettes de la CNSS et de la CNRPS envers la CNAM ne cessent d’enfler depuis 2015, année durant laquelle les autorités ont fait le choix de privilégier le versement des pensions de retraite en puisant dans les ressources du régime national d’assurance-maladie au lieu de procéder à une réforme audacieuse et urgente des régimes de retraite. Et c’est pour cette raison d’ailleurs que les prestataires de soins privés comme les pharmaciens d’officine, les médecins de libre pratique et les cliniques d’hémodialyse s’accordent à dire que toute réforme sérieuse du régime d’assurance-maladie doit s’accompagner d’une profonde réforme des régimes de retraite.
Walid KHEFIFI
