Le lancement effectif des travaux de l’unité pilote de traitement biologique et de production de biométhane à partir des déchets ménagers sur l’île de Djerba marque une étape décisive dans la politique environnementale et énergétique de la Tunisie. Cette initiative, qui vise à transformer les déchets organiques en énergie électrique et en compost biologique, s’inscrit pleinement dans la dynamique de transition énergétique et de développement durable que le pays cherche à renforcer face aux défis climatiques, économiques et sociaux actuels.
Le choix de Djerba comme site pilote n’est pas anodin. L’île, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et fortement dépendante du tourisme, est particulièrement exposée aux enjeux liés à la gestion des déchets, à la pression démographique saisonnière et à la préservation de son environnement naturel fragile.
Ce projet innovant repose sur une approche intégrée qui combine le traitement biologique des déchets organiques, la production de biométhane et la valorisation énergétique sous forme d’électricité. Il permettra de traiter environ six mille tonnes de déchets organiques par an, réduisant ainsi de manière significative le volume de déchets destinés à l’enfouissement. En parallèle, il contribuera à éviter l’émission de plusieurs milliers de tonnes de dioxyde de carbone chaque année, un impact environnemental majeur dans un contexte de lutte contre le changement climatique. La production d’électricité issue du biométhane, estimée à près de mille six cents mégawattheures par an, permettra de couvrir l’équivalent de la consommation annuelle de centaines de logements, renforçant ainsi l’autonomie énergétique locale.
Un modèle de valorisation des déchets au service de l’économie circulaire
Au-delà de son apport énergétique, l’unité pilote de Djerba représente un exemple concret de mise en œuvre de l’économie circulaire en Tunisie. En transformant les déchets organiques en ressources utiles, le projet rompt avec le modèle linéaire traditionnel de collecte et d’élimination pour privilégier une logique de valorisation et de réutilisation. Le compost biologique produit à partir du processus de traitement constituera une ressource précieuse pour l’agriculture locale, en particulier dans une région où la qualité des sols et la gestion durable des ressources naturelles sont des enjeux cruciaux. Cette production de compost contribuera à réduire la dépendance aux engrais chimiques, à améliorer la fertilité des sols et à promouvoir des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.
L’initiative s’appuie sur un partenariat solide entre l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie et l’Agence nationale de gestion des déchets, deux institutions clés dans la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’énergie et d’environnement. Elle bénéficie également de l’appui technique et institutionnel du Programme des Nations unies pour le développement en Tunisie, ce qui confère au projet une dimension internationale et renforce sa crédibilité. Le recours à des expertises tunisiennes dans la conception et la mise en œuvre de l’unité pilote témoigne par ailleurs de la montée en compétence des acteurs nationaux dans les domaines des énergies renouvelables et de la gestion durable des déchets.
Ce projet pilote a vocation à servir de référence pour d’autres régions du pays confrontées à des problématiques similaires. Si les résultats escomptés sont atteints, il pourra être répliqué à plus grande échelle, contribuant ainsi à la structuration d’une filière nationale de valorisation énergétique des déchets organiques. Une telle évolution offrirait de nouvelles opportunités économiques, notamment en termes de création d’emplois qualifiés, de développement de compétences techniques et de stimulation de l’innovation locale.
Djerba, laboratoire d’un avenir énergétique durable
L’importance de cette initiative dépasse largement le cadre technique et environnemental. Elle revêt également une forte dimension symbolique et stratégique pour Djerba et pour la Tunisie dans son ensemble. L’île devient un véritable laboratoire de solutions durables, capable de concilier développement économique, préservation de l’environnement et amélioration du cadre de vie des habitants. Dans un territoire où le tourisme constitue un pilier essentiel de l’économie, la mise en place d’infrastructures écologiques modernes contribue à renforcer l’attractivité de la destination et à répondre aux attentes croissantes des visiteurs en matière de durabilité et de responsabilité environnementale.
La présence, lors de la séance de travail, de hauts responsables gouvernementaux, dont le ministre de l’Environnement et le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, ainsi que du gouverneur de Médenine et de la représentante résidente permanente du PNUD en Tunisie, illustre l’importance accordée à ce projet au plus haut niveau de l’État. Cette mobilisation institutionnelle traduit une volonté politique claire de soutenir des projets structurants capables d’apporter des réponses concrètes aux défis environnementaux et énergétiques du pays.
À terme, l’unité pilote de Djerba pourrait contribuer à changer le regard porté sur les déchets, en les considérant non plus comme un fardeau, mais comme une ressource stratégique. Elle incarne une vision moderne et responsable du développement, où innovation technologique, coopération institutionnelle et engagement en faveur du climat se conjuguent pour bâtir un avenir plus durable. En ce sens, ce projet constitue bien plus qu’une simple infrastructure. Il représente un signal fort, porteur d’espoir et de perspectives nouvelles pour Djerba, pour la Tunisie et pour l’ensemble de la région méditerranéenne confrontée aux mêmes enjeux de transition écologique.
Leila SELMI
