Ces derniers jours, dans tous les collèges et les lycées secondaires du pays, se sont tenus les conseils de classe comptant pour le premier trimestre écoulé. Quoique un peu tardifs, de tels conseils sont indispensables puisqu’ils réunissent tous les professeurs pour débattre des résultats des élèves et de leur conduite scolaire. C’est à l’issue de cette réunion des enseignants que les bulletins trimestriels sont envoyés aux parents pour les informer sur les moyennes de leurs enfants et sur leur comportement.
Cependant, il s’avère que, lors de ce conseil de classe, la présence des professeurs est devenue presque honorifique, sachant que tout le travail a été fait auparavant (notes, moyennes, rangs et même les appréciations) grâce à des logiciels électroniques : tout le travail est fait sur ordinateur depuis plusieurs années. Que reste-t-il donc aux professeurs, sinon l’approbation et la signature ?
La digitalisation des conseils de classe, généralisée depuis quelques années, est une opération à louer, ayant pour but de moderniser les services administratifs et faire bénéficier d’un gain de temps très important. Toutefois, la présence des professeurs dans le conseil des classes reste primordiale et d’une importance capitale, car ce sont eux qui vont apprécier et évaluer le travail de l’élève, sa progression ou sa régression au cours du trimestre. Ils doivent, en principe, examiner les situations au cas par cas en s’attardant surtout sur ceux des élèves en difficulté, afin de mieux comprendre les causes de leurs retards scolaires et d’essayer de proposer les solutions adéquates susceptibles d’améliorer leurs résultats à l’avenir.
C’est pourtant la seule occasion dont disposent les enseignants pour débattre des questions pédagogiques et procéder à une évaluation collective du travail des élèves. Ces réunions périodiques (3 fois par an) constituent une occasion privilégiée pour l’administration d’un côté et les profs de l’autre, pour travailler conjointement afin d’arrêter les mesures nécessaires à prendre à l’égard de certains élèves qui souffrent de certaines difficultés dans le parcours de leur cursus.
Le conseil de classe est-il dévié de son rôle ?
Or, il arrive souvent que ces conseils de classe (trimestriels ou annuels) n’assument pas convenablement leur rôle pédagogique et se transforment ainsi en un simple travail de routine qui consiste à récompenser les bons et les excellents élèves et sanctionner les médiocres et les cancres, tel un tribunal qui proclame son jugement à l’encontre des inculpés ! En fait, les conseils de classe font de la paraphrase. «La réunion de ces conseils, nous a confirmé un enseignant, est une course contre la montre, tellement les délais fixés auparavant par l’administration sont très pressants, ce qui pousse certains directeurs à grouper toutes les classes d’un même niveau ou même deux ou trois niveaux dans une même séance».
En outre, la pression du temps et la nécessité d’observer les délais fixés par le ministère peuvent influer sur la qualité du travail de ces conseils qui, souvent, se réduisent à une simple lecture des résultats des élèves par le directeur (chose superflue, du moment qu’ils existent sur les bulletins et dont les enseignants ont déjà pris note !) et à la formulation automatique d’une appréciation globale déjà préétablie en octroyant systématiquement des certificats aux élèves ayant obtenu une moyenne supérieure à 11/20 (satisfécit, encouragement, honneur, excellence…).
L’intervention limitée des enseignants
Le règlement permet pourtant aux enseignants d’intervenir pour retirer le certificat accordé à un élève dont la conduite ou l’assiduité est jugée mauvaise. Il permet également à tout enseignant de s’opposer, pour des raisons purement pédagogiques, au passage ou au redoublement d’un élève en zone de rachat. «Malheureusement, nous a confié une enseignante, cela se fait rarement, les délibérations se passent tellement vite et d’une manière quasi machinale, si bien que l’intérêt est surtout porté sur la moyenne de l’élève plutôt que sur son comportement en classe.» Pourtant, la fonction attribuée aux conseils de classe dans tous les établissements est d’autant plus importante qu’elle peut jouer un rôle plus dynamique dans l’encadrement des élèves en difficulté scolaire, du moment que ses membres sont formés essentiellement d’enseignants qui sont les mieux placés pour juger des niveaux et des performances des élèves de par leur contact direct et quotidien avec eux.
Or, il est déplorable de constater que, pour bon nombre de professeurs, cette réunion trimestrielle est devenue une simple formalité administrative dénuée de tout apport pédagogique, d’autant plus que ces conseils de classe sont tenus en dehors des heures de cours. Lors de ces conseils, la présence des professeurs est presque formelle, ils sont là juste pour enregistrer sur leurs carnets les moyennes obtenues par les élèves qui leur sont dictées par le directeur de l’établissement et qu’ils approuvent moyennant leur signature. A quoi donc peut servir la participation des professeurs à ces conseils de classe si ce n’est pour marquer leur présence ? Souvent pressés par le temps imparti pour chaque classe, certains professeurs ne parviennent pas à donner leurs avis ou faire leurs remarques sur tel ou tel élève qui mériterait qu’on s’attarde sur son cas. C’est une course contre la montre : le temps imparti à chaque classe est généralement fixé à 15 minutes ; mais souvent bousculés par le temps et en raison du grand nombre de classes, les professeurs ont tendance à brûler les étapes, de sorte qu’en moins de deux heures, la séance est close !
Manque de discrétion
Permettez-moi encore cette remarque autour de ces conseils de classe. Il s’agit en effet des débordements injustifiés de la part de certains professeurs prenant part aux délibérations, supposées être «secrètes». Ces profs, soit peu rompus aux considérations de discrétion, soit désireux de rendre un service «généreux» à des parents trop suppliants, laissent souvent s’infiltrer des secrets strictement réservés au conseil, du genre : «C’est le prof X qui s’est opposé à l’octroi du tableau d’honneur à votre enfant», ou «c’est grâce à moi que votre enfant n’a pas eu de blâme pour sa méconduite !» ou encore : «Il paraît que votre enfant a d’énormes problèmes avec Monsieur X». Ces mêmes professeurs n’hésitent pas à informer leurs élèves des points de vue des autres collègues autour de leur cas, quand bien même les décisions du conseil seraient envoyées par voie postale à l’adresse des parents et remises en mains propres. Tout cela va à l’encontre de la déontologie du métier de l’enseignement.
Hechmi KHALLADI
