Depuis des décennies, les Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) représentent une force économique majeure en Tunisie, avec des transferts de fonds battant des records d’une année à l’autre, mais l’enjeu est de transformer ce flux en investissements productifs, ce qui n’est pas encore à la hauteur du volume de l’argent transféré malgré les incitations proposées. Comment expliquer ce paradoxe pour un pays en quête d’investissements et d’investisseurs ?
Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont atteint 8 761,6 millions de dinars en 2025, enregistrant une hausse de 6% par rapport à 2024 (8 262,6 millions de dinars), selon les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Cette progression intervient dans un contexte mondial difficile, marqué par des pressions inflationnistes et des politiques monétaires prudentes dans la plupart des pays d’accueil. Elle reflète ainsi l’attachement de la communauté tunisienne à l’étranger à soutenir le développement national et souligne leur rôle comme pilier essentiel de la stabilité économique du pays.
Aujourd’hui, ces transferts constituent l’un des axes principaux de l’approvisionnement en devises, aux côtés des recettes touristiques et des exportations. En 2025, ils ont contribué directement à renforcer les réserves nationales, stabiliser la balance commerciale et couvrir une part significative des besoins de financement extérieur.
Avec près de deux millions de Tunisiens vivant à l’étranger, principalement en Europe (France et Italie en tête), les autorités envisagent désormais de canaliser une partie de ces ressources vers des investissements productifs et à forte valeur ajoutée dans le pays.
Cependant, les statistiques révèlent que les projets d’investissement des Tunisiens à l’étranger restent encore limités, n’ayant pas encore atteint le niveau nécessaire pour participer pleinement à l’effort de développement national.
Les initiatives ne manquent pas, mais…
Ce qui est évident, c’est que l’Etat est en train de tout faire pour encourager les TRE à venir investir dans leur pays. Une session d’information en ligne vient d’ailleurs d’être tenue le 10 décembre 2025. Elle était adressée aux Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et a porté sur les dispositifs de financement destinés aux petites et moyennes entreprises. L’Organisation internationale pour les migrations en Tunisie a organisé cette rencontre en coopération avec l’Agence italienne pour la coopération au développement et l’Office des Tunisiens à l’étranger. Elle s’inscrivait dans la deuxième phase du projet Mobi-TRE «Hajti Bik».
La session a mis en avant la ligne de crédit italienne dotée d’une enveloppe de 55 millions d’euros. Les organisateurs ont, à l’occasion, expliqué les démarches administratives nécessaires pour accéder à ce financement à travers un mécanisme qui vise les TRE souhaitant investir en Tunisie.
Selon la page Facebook du projet, qui est considérée comme une initiative qui vise à renforcer la participation des TRE dans l’écosystème entrepreneurial tunisien, la rencontre a offert un espace de dialogue entre des TRE établis dans différents pays. Les échanges ont permis de partager des expériences et de présenter des parcours entrepreneuriaux liés à la création ou au développement d’entreprises.
Quid du cadre juridique ?
En Tunisie, le cadre juridique de l’investissement a connu une transformation majeure avec l’abrogation du Code d’incitation aux investissements en faveur de la loi d’investissement n° 2016-71 du 30 septembre 2016. Ces réformes ont renforcé l’attrait du pays pour les investisseurs nationaux et étrangers. La nouvelle loi propose des mesures incitatives pour stimuler l’économie, encourager l’entrepreneuriat et favoriser l’emploi. La promotion de l’investissement est une priorité du gouvernement tunisien, avec des initiatives spécifiques pour soutenir les projets, notamment dans les zones de développement régional prioritaire.
Le Guide de l’investissement pour les Tunisiens résidant à l’étranger, issu du projet «Mobi-TRE», fournit, ainsi, des informations essentielles sur les procédures liées à la promotion des investissements. Il couvre les formalités, les étapes de création d’entreprise, les avantages financiers et fiscaux, ainsi que les mécanismes de financement. Ce Guide est destiné à devenir une référence pour les Tunisiens à l’étranger, encourageant l’investissement et la participation de la diaspora au développement économique.
Une communication lacunaire
Avec tout ce qui se fait et se décide de la part de l’Etat, le nombre d’investisseurs chez les TRE doit logiquement augmenter d’une année à l’autre et atteindre des niveaux satisfaisants. Et si ce n’est pas encore le cas, c’est qu’il y a des failles quelque part, qui empêchent un tel développement, d’autant plus que les encouragements et les incitations ne manquent pas.
D’après l’avis de quelques experts en matière d’investissement, c’est au niveau de la communication que le bât blesse. Les représentations et structures gouvernementales tunisiennes à l’étranger doivent faire encore plus d’efforts dans ce domaine pour éclairer la lanterne de nos TRE à propos des nouvelles lois et des mesures exceptionnelles prises pour les encourager à venir investir dans leur pays, ce qui n’est pas le cas, malheureusement, surtout dans les pays européens et au Golfe.
C’est dire que les responsables du secteur doivent réviser leur politique de gestion de ces structures de manière à être plus visibles, plus proches et plus influentes auprès des Tunisiens se trouvant à l’étranger, surtout ceux qui désirent y venir pour investir, mais ayant de fausses idées sur ce qui se passe et ce qui se fait concernant les conditions et les secteurs d’investissement.
Kamel ZAIEM
