Les inondations dévastatrices provoquées par la tempête Harry ont une nouvelle fois plongé plusieurs régions du pays dans le chaos. Bilan humain lourd, familles déplacées, routes détruites, infrastructures hors service et vie quotidienne paralysée : ce scénario tragique s’inscrit dans une série de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes.
Derrière ces événements, une réalité s’impose avec force : la crise climatique n’est plus une menace abstraite, mais une urgence concrète qui frappe de plein fouet les pays les moins responsables de son origine.
La tempête Harry, marquée par des précipitations exceptionnelles parmi les plus intenses jamais enregistrées depuis plusieurs décennies, a mis à nu la vulnérabilité structurelle du pays face aux chocs climatiques. En quelques heures, des quartiers entiers se sont retrouvés sous les eaux, des axes routiers stratégiques ont été coupés et des appels à l’aide ont afflué de régions dépassées par l’ampleur du phénomène. Si l’événement météorologique en lui-même est extrême, ses conséquences dramatiques révèlent surtout l’absence de protections suffisantes face à une réalité climatique désormais inévitable.
La multiplication des catastrophes naturelles en Tunisie s’inscrit dans un contexte global de dérèglement climatique accéléré. Pourtant, le pays ne figure pas parmi les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre à l’origine de cette crise. À l’échelle mondiale, sa contribution historique au réchauffement reste marginale, en décalage total avec l’ampleur des dégâts qu’il subit aujourd’hui. Cette injustice climatique est au cœur des alertes lancées par les organisations environnementales. Les pays du Sud, dont fait partie la Tunisie, se retrouvent en première ligne face aux conséquences d’un modèle économique et énergétique bâti ailleurs, sur plusieurs décennies, autour de l’exploitation intensive du charbon, du pétrole et du gaz. Pendant que certaines nations ont tiré profit de cette croissance carbonée, d’autres en paient aujourd’hui le prix sous forme de vies humaines perdues, d’infrastructures détruites et de développement freiné.
Des catastrophes répétées qui ne relèvent plus du hasard
Contrairement aux discours qui présentent encore ces événements comme des accidents isolés ou des caprices de la nature, les données scientifiques sont claires : la fréquence et l’intensité des tempêtes, des inondations et des épisodes climatiques extrêmes augmentent sous l’effet du réchauffement global. La tempête Harry n’est donc pas un événement imprévisible, mais un symptôme parmi d’autres d’un système climatique profondément perturbé.
Les populations tunisiennes se retrouvent ainsi piégées dans un cycle infernal : reconstruire après chaque désastre, pour voir routes, maisons et équipements publics de nouveau détruits quelques années plus tard. Cette répétition épuise les ressources économiques, fragilise la cohésion sociale et accentue le sentiment d’abandon. À long terme, elle menace la capacité même du pays à se développer de manière durable.
Financements climatiques et adaptation : un enjeu vital
Face à cette situation, la question de l’adaptation climatique devient centrale. Protéger les populations contre les inondations, renforcer les infrastructures, moderniser les systèmes de drainage et anticiper les risques nécessitent des investissements considérables. Or, les pays vulnérables comme la Tunisie ne disposent pas toujours des moyens financiers suffisants pour faire face, seuls à ces défis. C’est pourquoi les appels à une mobilisation internationale accrue se multiplient. Il ne s’agit pas de charité mais de responsabilité. Les pays et industries qui ont historiquement le plus contribué aux émissions de gaz à effet de serre portent une obligation morale et politique de participer à l’effort d’adaptation des régions les plus exposées. Sans ces financements, les discours sur la résilience climatique resteront des promesses creuses.
Sortir de la dépendance aux énergies fossiles
Au-delà de l’adaptation, la réduction des émissions à la source demeure une condition indispensable pour limiter l’aggravation future de la crise. Tant que l’économie mondiale restera massivement dépendante des combustibles fossiles, les catastrophes climatiques continueront de s’intensifier, touchant en priorité les pays les plus fragiles.
La transition énergétique ne peut donc être différée. Elle doit s’accélérer à l’échelle mondiale, avec un abandon progressif mais déterminé du charbon, du pétrole et du gaz, au profit de sources d’énergie renouvelables. Pour les pays du Sud, cette transition représente également une opportunité de développement, à condition qu’elle soit soutenue par des transferts de technologies et des mécanismes de financement équitables.
Toutefois, les inondations meurtrières en Tunisie rappellent avec brutalité que la crise climatique n’est pas un problème du futur. Elle est déjà là, et ses effets sont dévastateurs. Continuer à traiter chaque catastrophe comme un événement isolé revient à ignorer la cause profonde du problème et à condamner les populations à revivre les mêmes drames. L’enjeu dépasse largement les frontières tunisiennes. Il concerne la manière dont la communauté internationale reconnaît – ou non – sa responsabilité collective dans un dérèglement dont les effets sont profondément inégaux. Sans justice climatique, les appels à la solidarité resteront insuffisants face à l’ampleur des défis à venir.
Tirer les leçons avant qu’il ne soit trop tard
La tempête Harry doit servir de signal d’alarme. Elle rappelle que l’inaction climatique a un coût humain, social et économique insoutenable. Chaque catastrophe évitable qui se produit faute de mesures adéquates est une preuve supplémentaire de l’urgence d’agir. Garantir un avenir plus sûr pour la Tunisie et pour l’ensemble des pays vulnérables passe par une reconnaissance claire des responsabilités, un engagement financier réel et une rupture avec les modèles énergétiques du passé. Sans cela, les catastrophes climatiques continueront de se multiplier, transformant l’exception en norme et l’urgence en tragédie permanente.
Leila SELMI
