Comme prévu, les membres de la commission administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ont approuvé la tenue du prochain congrès du 25 au 27 mars prochain, mettant ainsi fin à plusieurs semaines de tiraillements internes. La décision a été adoptée par 47 voix pour, contre 5 abstentions, alors que vingt membres se sont retirés de la réunion et n’ont pas participé au vote. Ces derniers sont les partisans de l’aile menée par neuf membres du Bureau exécutif, dont Sami Tahri et Samir Cheffi, qui plaide pour la tenue du congrès dans les délais initiaux, en l’occurrence en 2027.
Quoi qu’il en soit, le vote constitue le début de l’épilogue de la crise dans laquelle s’embourbe la centrale syndicale depuis plus de quatre ans sur fond de désaccords sur la légitimité de son Bureau exécutif, dont plusieurs membres se sont fait réélire grâce à un amendement «antidémocratique» du règlement intérieur. De fortes dissensions internes avaient éclaté en juillet 2021 lorsqu’un amendement très controversé de l’article 20 du règlement intérieur de l’organisation a été adopté lors d’un congrès extraordinaire tenu à Sousse. Cet amendement a supprimé la limitation de l’exercice de la responsabilité au sein du Bureau exécutif à deux mandats seulement, permettant ainsi la réélection de plusieurs membres du Bureau exécutif, dont Noureddine Taboubi, Slaheddine Selmi, Monoêm Amira, Sami Tahri, Hfaïedh Hfaïedh, lors du congrès de février 2022.
La forte opposition des syndicalistes actifs dans les structures bases et les structures intermédiaires de l’organisation à cette «dérive démocratique» a provoqué une véritable «chasse aux sorcières» savamment orchestrée par le nouveau bureau exécutif, qui a contribué à vider l’UGTT de ses éléments les plus combatifs et de ses forces vives. Retour de bâton : la capacité de mobilisation et la crédibilité de l’organisation se sont gravement détériorées, à telle enseigne qu’elle est devenue incapable d’imposer un déblocage du dialogue social avec le gouvernement et le patronat.
Cela a conduit une large frange de syndicalistes à réclamer, lors d’une réunion du conseil national (la plus haute autorité décisionnelle après le congrès, Ndlr) tenue en septembre 2024, la tenue d’un congrès anticipé pour mettre fin à la crise de légitimité et donner un second souffle à l’organisation. Cette tendance menée par cinq membres du Bureau exécutif (Anouar Ben Gaddour, Slaheddine Selmi, Taher Mezzi, Monoêm Amira et Othman Jallouli) bénéficiait d’une majorité absolue de voix au sein du conseil national. Le secrétaire général de l’organisation avait cependant refusé un recours au vote bien qu’ayant demandé publiquement des excuses pour le «tripatouillage» du règlement intérieur en juillet 2021.
Volte-face
De nombreux tiraillements s’ensuivirent, jusqu’à ce qu’un accord à l’arraché sur la tenue d’un congrès anticipé en mars 2026 soit conclu en mai 2025. Nouveau coup de théâtre cependant : neuf membres du Bureau exécutif et une partie des membres de la commission administrative ont fait volte-face en ce qui concerne la tenue du congrès anticipé en mars 2026, indiquant qu’ils avaient accepté cela sous la pression, et plaidé pour la tenue du congrès dans les délais initiaux. Ce revirement a abouti à la démission du secrétaire général de l’organisation et du secrétaire général adjoint Anouar Ben Gueddour. Ces derniers sont cependant revenus sur leur démission il y a quelques jours, après un large consensus sur la tenue du congrès à la fin du premier trimestre de l’année en cours au niveau de la commission administrative nationale.
Les syndicalistes «exclus» de l’UGTT ces dernières années en raison de leur opposition farouche à l’amendement de l’article 20 du règlement intérieur ne voient pas toutefois le salut de la centrale syndicale dans l’organisation d’un congrès anticipé en mars 2026. Parmi ces syndicalistes figurent Taïeb Bouaïcha, Mouldi Aouacharia, Habib Jerjir, Monia Ben Nasr Ayadi et Malika Achour, appelant à «la démission de l’actuel Bureau exécutif et la traduction de ses membres impliqués dans des affaires de corruption ou d’abus de pouvoir devant la justice, ainsi que la mise en place d’un comité provisoire chargé de gérer les affaires courantes jusqu’à la tenue du prochain congrès, dans un délai ne dépassant pas deux ans». La sensibilité radicale connue sous l’appellation d’«opposition syndicale» plaide également pour le renouvellement des diverses structures de l’UGTT, du syndicat de base jusqu’au Bureau exécutif national, sur la base du règlement intérieur de l’organisation datant de juillet 2017 et l’audit des finances de l’organisation, en vue de «mettre fin à la corruption et aux pratiques clientélistes qui ont fait perdre à l’organisation sa capacité de mobilisation et contribué à la dégradation de son image auprès de l’opinion publique».
Walid KHEFIFI
