Par Mondher AFI
Les rencontres successives du Président de la République Kaïs Saïed, au Palais de Carthage, avec les ambassadeurs de Pologne et du Portugal, à l’occasion de leurs visites de courtoisie marquant la fin de leurs missions en Tunisie, dépassent largement la dimension protocolaire habituellement associée à ce type d’événements diplomatiques. Elles s’inscrivent dans une séquence politique et symbolique révélatrice d’une vision tunisienne cohérente de la diplomatie, pensée comme un instrument de souveraineté active, de stabilité régionale et de participation responsable à la gestion des affaires internationales.
À travers ces entretiens, le Président réaffirme une conception exigeante de la diplomatie, fondée sur la continuité des relations historiques, la diversification des partenariats et la recherche de coopérations mutuellement bénéfiques, affranchies des logiques de dépendance asymétrique.
La vision portée par le Président Kaïs Saïed s’inscrit dans une conception structurée et maîtrisée de l’articulation entre souveraineté nationale et ouverture internationale, rompant avec les lectures dichotomiques qui opposent ces deux dimensions comme si elles étaient intrinsèquement contradictoires. Dans cette perspective, l’ouverture sur l’extérieur n’est ni un renoncement à l’autonomie décisionnelle de l’État ni une soumission aux logiques exogènes de pouvoir, mais un choix stratégique assumé, fondé sur la capacité de la Tunisie à définir souverainement ses priorités et à inscrire ses relations extérieures dans un cadre d’égalité et de réciprocité.
Les relations bilatérales avec la République de Pologne et la République portugaise s’inscrivent pleinement dans cette logique. Elles sont envisagées comme des partenariats fondés sur le respect mutuel, l’égalité souveraine des États et la reconnaissance des intérêts partagés, loin de toute hiérarchisation implicite ou de dépendance asymétrique. En insistant sur la nécessité de renforcer et de diversifier la coopération avec ces deux pays, le Président Kaïs Saïed affirme une diplomatie de construction, orientée vers la création de synergies concrètes, de projets communs à forte valeur ajoutée et de perspectives durables susceptibles de produire des effets tangibles au bénéfice des deux peuples.
D’un point de vue sociologique, cette approche révèle une volonté explicite de réhabiliter l’État comme acteur central et légitime de la régulation des relations internationales, à rebours des paradigmes contemporains qui tendent à marginaliser le politique au profit de dispositifs technocratiques, de mécanismes de gouvernance dépolitisés ou de logiques purement gestionnaires. La diplomatie n’est plus appréhendée comme un simple instrument d’administration des flux ou de gestion des contraintes extérieures, mais comme un espace de décision stratégique, porteur de sens, de normes et de représentations collectives.
Cette réaffirmation du rôle de l’État s’inscrit dans une vision plus large du développement, conçue comme un processus global intégrant les dimensions économiques, sociales, culturelles et symboliques. Elle renvoie à une conception substantielle de la souveraineté, indissociable de la dignité nationale et de la capacité des peuples à maîtriser leur trajectoire historique. En ce sens, la vision diplomatique du Président Kaïs Saïed dépasse le cadre strict des relations bilatérales pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur la justice internationale, la redistribution équitable des opportunités et la refondation d’un ordre mondial fondé sur le droit, l’équité et la reconnaissance mutuelle.
Loin d’un discours incantatoire, cette approche se distingue par sa cohérence interne et sa rationalité politique. Elle repose sur l’idée que la coopération internationale, pour être légitime et durable, doit s’inscrire dans un cadre de souveraineté assumée et de responsabilité partagée. C’est à cette condition qu’elle peut devenir un levier d’émancipation collective, plutôt qu’un facteur de dépendance ou de reproduction des inégalités structurelles. À travers cette vision, le Président Kaïs Saïed propose ainsi une lecture exigeante et argumentée de la diplomatie contemporaine, capable de concilier ouverture, autonomie et justice dans un monde en recomposition.
La diplomatie face aux défis globaux contemporains
Dans un environnement international profondément reconfiguré par l’accumulation et l’imbrication de crises systémiques — conflits armés prolongés, instabilités régionales chroniques, pressions migratoires, menaces cybernétiques, pandémies globales et dérèglements climatiques structurels — la diplomatie s’impose de plus en plus comme un instrument stratégique de première importance. Elle ne relève plus seulement de la gestion protocolaire des relations entre États, mais devient un mécanisme central de prévention des risques, de coordination multilatérale et de recherche de solutions pacifiques et durables aux différends internationaux.
La vision tunisienne, telle qu’elle se déploie à travers l’action et le discours du Président Kaïs Saïed, s’inscrit dans une conception exigeante et normative des relations internationales, fondée sur la coopération, le multilatéralisme équilibré et le respect du droit international. Cette approche repose sur l’idée que la sécurité collective ne peut être assurée par des logiques unilatérales ou coercitives, mais par la construction patiente de cadres de dialogue, de négociation et de responsabilité partagée entre les acteurs étatiques et institutionnels.
Dans cette perspective, la diplomatie est pensée comme un espace structuré de production de sens et de régulation des rapports de force, capable de transformer les divergences d’intérêts en opportunités de coopération rationnelle. Elle permet non seulement de renforcer la coordination entre États, mais aussi de favoriser la circulation des savoirs, des expertises et des bonnes pratiques, condition indispensable à l’élaboration de réponses concertées face à des menaces transnationales telles que le terrorisme, la criminalité organisée, le trafic de stupéfiants, les flux financiers illicites ou les cyberattaques. La diplomatie devient ainsi un outil de gouvernance globale, fondé sur l’anticipation, la concertation et la co-construction des solutions.
Dialogue, médiation et régulation des conflits
L’un des axes structurants de cette vision réside dans la valorisation du règlement pacifique des conflits comme principe cardinal de l’action internationale. Le recours au dialogue, à la médiation et à l’arbitrage est conçu, dans la pensée du Président Kaïs Saïed, non comme une posture idéologique, mais comme une option rationnelle et pragmatique face aux coûts humains, sociaux, économiques et symboliques des conflits armés. Cette orientation s’appuie sur une lecture lucide des relations internationales, consciente des effets déstabilisateurs durables de la militarisation des différends et de la fragmentation des espaces étatiques.
La diplomatie tunisienne se positionne ainsi en faveur de la désescalade, de la prévention des crises et de la consolidation de la paix, en insistant sur le respect des souverainetés nationales et sur la prise en compte des spécificités historiques, sociales et politiques propres à chaque contexte. Cette approche confère à la Tunisie une crédibilité particulière dans les espaces de dialogue régional et international, en tant qu’acteur attaché à la légalité internationale, à la neutralité constructive et à la recherche de compromis équilibrés.
D’un point de vue sociologique, cette posture traduit une conception de l’État comme acteur rationnel et responsable, capable de s’inscrire dans des dynamiques de coopération sans renoncer à son autonomie décisionnelle. Elle rompt avec les logiques de dépendance stratégique ou d’alignement automatique et réaffirme la capacité des États à jouer un rôle actif dans la régulation des conflits et la stabilisation des systèmes régionaux.
Diplomatie humanitaire, culturelle et normative
Au-delà des enjeux strictement sécuritaires, la vision présidentielle accorde une place centrale aux dimensions humaines, culturelles et normatives de la diplomatie. Le dialogue interculturel et interreligieux est envisagé comme un levier fondamental de réduction des tensions, de prévention des processus de radicalisation et de construction d’un ordre international plus inclusif et plus équitable. Cette orientation s’inscrit dans une tradition tunisienne de modération, d’ouverture et de coexistence, qui fait de la diversité un facteur de stabilité plutôt qu’une source de conflit.
Par ailleurs, la diplomatie est appelée à jouer un rôle structurant dans la coordination des efforts humanitaires internationaux, qu’il s’agisse de la gestion des crises migratoires, de la réponse aux pandémies ou de l’assistance aux populations touchées par les catastrophes naturelles et climatiques. L’engagement actif dans les forums multilatéraux et les conférences internationales permet à la Tunisie de contribuer à l’élaboration de normes, de cadres juridiques et de mécanismes de solidarité adaptés aux défis contemporains.
Dans cette logique, la diplomatie tunisienne ne se limite pas à la défense d’intérêts nationaux immédiats, mais participe à la production d’un ordre international fondé sur la justice, la dignité humaine et la responsabilité collective. Elle traduit une vision stratégique où l’action extérieure de l’État s’articule étroitement avec des objectifs de développement humain, de stabilité sociale et de reconnaissance internationale, inscrivant ainsi la politique étrangère dans une perspective à la fois rationnelle, éthique et durable.
Les entretiens du Président Kaïs Saïed avec les ambassadeurs de la Pologne et du Portugal s’inscrivent dans une dynamique diplomatique qui dépasse le cadre bilatéral immédiat pour refléter une conception assumée du rôle international de la Tunisie. Ces rencontres traduisent une volonté explicite de consolider des relations d’amitié fondées sur le respect mutuel et l’égalité souveraine, tout en élargissant les champs de coopération à des domaines stratégiques, économiques, culturels et politiques, capables de générer des bénéfices réciproques durables. Elles illustrent également une posture proactive visant à inscrire la Tunisie dans les processus collectifs de réflexion et d’action face aux défis globaux contemporains.
Dans un environnement international de plus en plus fragmenté, marqué par la résurgence des logiques de puissance, la remise en cause des mécanismes multilatéraux et l’érosion progressive des cadres normatifs internationaux, la diplomatie tunisienne affirme une orientation fondée sur la rationalité politique, la primauté du droit international et la coopération structurée entre États. Cette approche repose sur une lecture analytique des transformations du système international, consciente des limites des stratégies unilatérales et des coûts systémiques qu’elles engendrent en termes d’instabilité, de conflictualité et de vulnérabilité collective.
Portée au plus haut niveau de l’État, cette vision confère à l’action diplomatique tunisienne une cohérence stratégique et une lisibilité accrues. Elle articule de manière rigoureuse la défense de la souveraineté nationale avec l’engagement responsable dans les espaces de dialogue et de concertation internationaux. D’un point de vue prospectif, elle vise à positionner la Tunisie comme un acteur capable de contribuer à la recomposition d’un multilatéralisme plus équilibré, fondé sur l’équité, la reconnaissance des intérêts légitimes des États et la responsabilité partagée face aux risques globaux.
Au-delà de la dimension conjoncturelle de ces rencontres, le Président Kaïs Saïed esquisse ainsi une conception renouvelée de la diplomatie, envisagée comme un instrument de régulation, d’anticipation et de construction des équilibres futurs. Il s’agit d’une diplomatie de souveraineté assumée, de dialogue rationnel et de responsabilité internationale, orientée non seulement vers la gestion des crises présentes, mais également vers la préparation des conditions politiques, normatives et institutionnelles nécessaires à la stabilité et à la justice dans l’ordre international de demain.
