L’eau joue un rôle clé dans le maintien des écosystèmes. Les rivières, les lacs et les zones humides abritent une biodiversité incroyable. Une surconsommation d’eau menace ces habitats et par extension, la vie qu’ils soutiennent. La pénurie d’eau est de plus en plus perçue comme un risque systémique mondial.
Ce phénomène, loin d’être marginal, touche aujourd’hui des milliards de personnes et pourra, si rien n’est fait, provoquer des crises humanitaires, économiques et environnementales de grande ampleur. Comprendre ses causes, ses impacts et les solutions envisageables est une étape cruciale pour bâtir un avenir résilient face à la crise de l’eau. C’est dans ce cadre que la Fondation Konrad Adenauer, en partenariat avec l’UTICA, a organisé une formation intitulée «Réduire votre empreinte hydrique : la clé pour un avenir durable». Cet atelier s’inscrit dans une dynamique essentielle de renforcement des capacités des PME tunisiennes face au défi stratégique de la gestion durable des ressources en eau. Rehaussé par la présence de plusieurs bénéficiaires et représentants de plusieurs entreprises tunisiennes de plusieurs gouvernorats, notamment de l’Ariana, Ben Arous, Bizerte, la Manouba, Kairouan, Nabeul et Tunis, il a été consacré à la norme ISO 14046, relative au management environnemental et à l’empreinte eau. Cette formation répond à une urgence environnementale et économique, en dotant les entreprises tunisiennes des outils et méthodes nécessaires pour mesurer, analyser et réduire leur impact hydrique, un capital vital pour l’avenir du pays. Sous la direction de l’experte Amel Jrad, les participants ont exploré des solutions concrètes et des actions simples à mettre en œuvre pour réduire leur empreinte hydrique et contribuer à un futur plus durable.
Vers une gestion durable de l’eau
La durabilité de l’eau est importante pour préserver la ressource rare qu’est l’eau potable et nous pouvons évaluer notre impact à l’aide de l’indicateur de l’empreinte hydrique. L’empreinte hydrique est définie comme le volume total d’eau utilisé pour produire les biens et services consommés par un individu, un groupe de personnes ou un pays, respectivement. Le mot clé est ici «total», c’est-à-dire qu’il inclut l’eau de production, mais aussi l’eau de nettoyage, l’eau de refroidissement ou encore l’eau utilisée pour obtenir les matières premières ou l’énergie dont nous avons besoin. Si l’on y réfléchit un instant, cela représente beaucoup d’eau.
Animé par une experte spécialisée, Amel Jerad, l’atelier a permis aux participants d’acquérir une compréhension approfondie des principes et exigences de la norme internationale ISO 14046, de maîtriser la méthodologie pour réaliser une évaluation complète de l’empreinte eau de leurs activités, savoir interpréter les résultats et intégrer cette démarche dans leur stratégie de développement durable et de responsabilité sociétale (RSE). Les participants ont exploré des solutions concrètes et des actions simples à mettre en œuvre pour réduire leur empreinte hydrique et contribuer à un futur plus durable. Face à plusieurs défis, une transformation profonde de la gestion de l’eau s’impose. L’objectif n’est pas seulement de disposer de plus d’eau, mais de mieux la gérer, la partager et la préserver. Cela passe d’abord par une efficacité accrue des usages. Dans l’agriculture, cela signifie moderniser les systèmes d’irrigation, privilégier des cultures moins gourmandes en eau et promouvoir l’agroécologie. Dans les villes, il s’agit de lutter contre les fuites, d’installer des équipements économes et de favoriser la réutilisation des eaux usées traitées pour des usages non alimentaires. Une gouvernance plus équitable et intégrée est nécessaire.
Le stress hydrique est une réalité déjà palpable
L’eau ne peut plus être gérée en silos. Il faut une approche par bassin versant, une coordination entre les différents niveaux de décision et une participation des acteurs locaux. Les politiques publiques doivent encourager les pratiques vertueuses, fixer des quotas soutenables et instaurer des tarifs progressifs pour garantir l’accès à l’eau tout en responsabilisant les usagers. Les entreprises ont également un rôle clé à jouer. En intégrant la gestion de l’eau dans leur stratégie RSE, en mesurant leur empreinte hydrique et en investissant dans des technologies propres, elles peuvent réduire leur impact et contribuer à la résilience des territoires. Les innovations technologiques, capteurs intelligents, dessalement plus vert, traitement biologique des eaux peuvent aussi offrir de nouvelles perspectives, à condition d’être utilisées dans une logique de durabilité. La sensibilisation du grand public est cruciale. Trop souvent, l’eau est perçue comme une ressource inépuisable. Pourtant, chaque litre gaspillé représente une pression supplémentaire sur les écosystèmes. Adopter des gestes simples, soutenir les politiques locales de préservation ou encore s’informer sur l’origine de l’eau que nous consommons sont autant d’actions à notre portée.
Le stress hydrique n’est pas une menace abstraite ou lointaine, c’est une réalité déjà palpable pour des millions de personnes et un défi qui ne fera que croître si nous n’agissons pas collectivement. Il remet en question notre modèle de consommation, notre gouvernance des ressources et notre relation au vivant. Cet atelier a été aussi l’occasion pour les entreprises de repenser leurs priorités, d’innover, de coopérer et de construire un modèle plus juste et plus résilient. L’eau n’est pas qu’un besoin, c’est un bien commun précieux, fragile et irremplaçable. La préserver aujourd’hui, c’est garantir la vie demain.
Kamel BOUAOUINA
