La réunion tenue dimanche après-midi au palais de Carthage entre le président de la République, Kaïs Saïed, la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, et le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouari, s’inscrit dans un contexte marqué par une accumulation de dysfonctionnements affectant les services publics, les infrastructures de base et les politiques de logement.
Cette rencontre a permis de dresser un état des lieux critique de plusieurs secteurs clés et de poser les jalons d’une approche différente dans la manière de concevoir et de gérer l’action publique.
Au cœur des échanges, la question des infrastructures est apparue comme l’un des principaux chantiers en souffrance. Plusieurs quartiers à travers le pays bénéficient aujourd’hui de raccordements à l’eau potable et à l’électricité, mais demeurent privés d’éléments essentiels à une vie urbaine digne, tels que les réseaux d’assainissement ou les systèmes d’évacuation des eaux pluviales. Cette situation crée des déséquilibres flagrants et expose les habitants à des risques sanitaires et environnementaux récurrents.
Dans d’autres zones, les infrastructures existent mais se trouvent dans un état de dégradation avancé, faute d’entretien régulier. L’accumulation de déchets dans les canalisations, l’obstruction des conduits d’écoulement et l’absence de suivi technique traduisent une gestion fragmentée, où la réalisation des projets n’est pas systématiquement accompagnée d’une stratégie de maintenance durable.
Routes et priorités publiques : une logique à revoir
Le réseau routier a également été au centre des discussions. Des incohérences ont été relevées dans la programmation des travaux, certains axes faisant l’objet de réfections successives malgré un état jugé satisfaisant, tandis que d’autres routes, plus dégradées, restent longtemps sans intervention. Cette situation soulève des interrogations sur les critères de priorisation et l’utilisation des ressources publiques. Ces choix, perçus comme peu rationnels, contribuent à un sentiment d’inefficacité et alimentent la défiance des citoyens envers les institutions. Ils illustrent surtout l’absence d’une vision globale et coordonnée, capable d’orienter les investissements vers les besoins les plus urgents et les zones les plus vulnérables.
Au-delà des grands projets, la réunion a mis en lumière des problèmes touchant le fonctionnement quotidien des services publics. Des pannes d’éclairage public, parfois prolongées, ont été citées comme exemples de négligence pouvant être résolue par des interventions simples et peu coûteuses. De même, l’immobilisation de certains équipements, comme des camions de pompage des eaux, résulte souvent de l’absence de pièces détachées ou d’un suivi logistique défaillant. Ces dysfonctionnements, bien que ponctuels en apparence, ont un impact direct sur la qualité de vie des citoyens. Ils révèlent des failles dans les mécanismes de gestion et de coordination, où des solutions existent mais ne sont pas mises en œuvre à temps.
Le logement au cœur des enjeux sociaux
La question du logement a occupé une place importante dans les discussions, notamment à travers le dispositif de location-accession récemment adopté. Ce mécanisme vise à faciliter l’accès au logement pour un plus grand nombre de Tunisiens, dans un contexte marqué par la hausse des coûts de construction et la raréfaction de l’offre abordable. Les autorités ont insisté sur la nécessité d’accélérer la réalisation de nouveaux quartiers à travers l’ensemble des régions. Ces projets devraient être portés par des structures publiques telles que la Société nationale immobilière de Tunisie ou la Société de promotion des logements sociaux, avec une approche renouvelée en matière d’urbanisme. L’objectif est de concevoir des espaces de vie intégrés, capables de répondre aux besoins actuels tout en anticipant les évolutions démographiques, sociales et environnementales.
Réformes législatives et refonte de l’approche institutionnelle
Des travaux sont en cours pour revoir plusieurs cadres juridiques régissant les secteurs de l’infrastructure et du logement. Toutefois, il a été clairement souligné que les textes, à eux seuls, ne suffisent pas à résoudre des problèmes enracinés depuis des décennies. La réforme attendue passe par une transformation plus profonde des méthodes de travail, des modes de décision et des responsabilités institutionnelles. Cette orientation met l’accent sur la nécessité d’une gouvernance plus cohérente, fondée sur la transparence, l’efficacité et la responsabilité. Elle implique également une mobilisation des compétences, notamment parmi les jeunes, appelés à jouer un rôle actif dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques de demain.
Enfin, la question de la responsabilité a été posée avec insistance. La lutte contre le gaspillage des fonds publics et la mauvaise gestion demeure un enjeu central pour restaurer la confiance et garantir une utilisation optimale des ressources de l’État. Toute réforme durable de l’infrastructure et du logement passe par une reddition de comptes rigoureuse et par la sanction des pratiques ayant porté atteinte à l’intérêt général.
À travers cette réunion, les autorités ont affiché leur volonté de rompre avec des approches fragmentaires et de s’orienter vers une gestion plus cohérente et prospective. Les défis restent considérables, mais l’enjeu est clair : transformer les infrastructures et les politiques de logement en leviers réels de développement, au service des citoyens et de l’avenir du pays.
Leila SELMI
