Les services de la douane tunisienne ont mis en échec une tentative d’introduction de trente kilogrammes de cocaïne sur le territoire national, au poste frontalier de Ras Jedir. Une information qui a été confirmée mardi dernier 3 février 2026, par le porte-parole officiel de l’Administration générale des douanes et directeur de la Garde douanière, le colonel-major Chokri Jabri, lors d’une intervention sur une radio locale.
Il a souligné la vigilance accrue des unités douanières et l’intensification des contrôles aux points de passage frontaliers, dans le cadre de la lutte contre le crime organisé et le trafic de stupéfiants.
Selon les explications fournies par le colonel-major, la saisie a été réalisée à l’issue du contrôle d’un véhicule immatriculé à l’étranger qui s’apprêtait à entrer sur le territoire tunisien. Conformément aux procédures en vigueur, le véhicule a été soumis à un contrôle par scanner à rayons X. C’est suite à une fouille approfondie que les équipes de contrôle au poste frontalier ont démonté le véhicule, permettant la découverte d’une cache spécialement aménagée, dissimulée de manière à être indétectable à l’œil nu. Le colonel Jabri a précisé que les trente kilogrammes interceptés représentent environ le tiers de la quantité totale de cocaïne saisie estimée à près de 90 kilogrammes sur l’ensemble de l’année. Il a également souligné que cette opération intervient dès le début de l’année 2026, ce qui en fait l’une des saisies les plus importantes enregistrées sur une période aussi courte, tant en termes de volume que de valeur estimée. Cette saisie opérée à Ras Jedir fait partie d’une série d’opérations visant à entraver les circuits de trafic de stupéfiants et à empêcher l’introduction de drogues sur le territoire tunisien.
Alerte sur les réseaux criminels dans les postes frontaliers
Il faut dire que la Tunisie fait face à une pression croissante des réseaux de trafic de drogue, profitant de sa position géographique stratégique entre l’Afrique et l’Europe. Les autorités multiplient les opérations de contrôle afin de freiner l’introduction de substances illicites sur le territoire national. Ces réseaux, de plus en plus organisés et sophistiqués, tentent régulièrement d’exploiter les postes frontaliers terrestres et maritimes pour acheminer des quantités importantes de drogues dures, constituant une menace sérieuse pour la sécurité et la santé publiques. Entre la pression exercée par les réseaux criminels transnationaux, la vulnérabilité sociale d’une partie de la jeunesse et une réponse sécuritaire de plus en plus ferme, la Tunisie se retrouve aujourd’hui en première ligne face à un phénomène mondial dont les effets locaux deviennent de plus en plus visibles et profonds. Le trafic de stupéfiants s’impose comme l’une des formes de criminalité transnationale les plus lucratives et les plus déstabilisantes à l’échelle mondiale. Générant des milliards de dollars chaque année, il repose sur des réseaux hautement structurés, capables de contourner les frontières, d’exploiter les failles sécuritaires et d’adapter en permanence leurs modes opératoires. Longtemps perçue comme un espace périphérique, la Tunisie apparaît désormais comme un maillon intégré de circuits régionaux et internationaux de trafic. La jeunesse tunisienne apparaît comme l’une des principales cibles de ces réseaux.
Une jeunesse vulnérable ciblée par les trafiquants
Les interpellations quasi quotidiennes de jeunes en possession de drogues de différentes natures témoignent d’une banalisation préoccupante de la consommation, mais aussi d’une implication croissante dans les circuits de distribution. L’abaissement constant de l’âge des personnes arrêtées met en lumière une évolution structurelle dans laquelle la drogue s’insère dans des parcours marqués par le chômage, la précarité et le décrochage scolaire. Ces fragilités sociales constituent un terreau favorable aux organisations criminelles, qui exploitent la vulnérabilité des jeunes à double titre : en tant que consommateurs captifs et en tant qu’intermédiaires à faible coût, facilement remplaçables et fortement exposés au risque pénal. À terme, cette dynamique menace non seulement la cohésion sociale, mais également l’avenir d’une génération entière, prise au piège entre marginalisation et criminalisation. Face à l’ampleur du phénomène, les autorités tunisiennes ont progressivement durci la réponse sécuritaire. Les forces de sécurité et les services de la douane ont intensifié les opérations, conduisant au démantèlement de réseaux internationaux reliant la Tunisie à plusieurs pays européens et à des États voisins. Ces affaires confirment l’ancrage du pays dans des circuits criminels complexes, où le trafic de stupéfiants ne relève plus uniquement d’un enjeu sanitaire, mais devient un facteur direct d’instabilité sociale et de fragilisation institutionnelle.
Coordination entre les forces de sécurité, la douane et la justice
Du côté des institutions sécuritaires, le constat est sans ambiguïté. Un responsable au sein des services de lutte contre les stupéfiants souligne que la Tunisie fait face à une pression croissante et multidimensionnelle. «Les réseaux ne se limitent plus à l’introduction de petites quantités destinées au marché local. Nous sommes confrontés à des tentatives de transit de drogues dures, à des circuits de distribution internes structurés et à des connexions directes avec des organisations étrangères», explique-t-il. Selon cette source, les réseaux criminels misent sur la fragmentation des itinéraires, l’utilisation de profils jeunes et précaires, ainsi que sur des moyens de dissimulation de plus en plus sophistiqués. «La réponse sécuritaire s’est renforcée, notamment aux frontières terrestres et maritimes, mais le défi reste permanent. Chaque filière démantelée laisse place à d’autres tentatives, parfois plus complexes», ajoute-t-il, insistant sur l’importance de la coordination entre les forces de sécurité, la douane et la justice.
Au-delà du sécuritaire, un défi de société
Si la réponse sécuritaire demeure indispensable pour contenir l’expansion des réseaux de trafic de drogue, elle ne saurait, à elle seule, enrayer un phénomène aux racines profondément économiques et sociales. La persistance du chômage, de la précarité et du décrochage scolaire continue d’alimenter un vivier exploitable par les organisations criminelles, rendant la lutte inégale sur le long terme. À moyen et long terme, le défi pour la Tunisie réside dans sa capacité à articuler fermeté sécuritaire, prévention sociale et politiques publiques ciblées, en particulier en direction de la jeunesse. Sans un investissement accru dans l’éducation, l’insertion professionnelle et la santé mentale, la lutte contre les stupéfiants risque de se limiter à une gestion répressive des conséquences, sans traitement durable des causes. Dans un environnement régional instable et face à des réseaux criminels de plus en plus transnationaux, la Tunisie se trouve à un tournant stratégique : transformer la lutte contre la drogue en une politique globale de protection sociale et de résilience institutionnelle, ou subir durablement les effets d’un phénomène dont l’impact dépasse désormais largement le cadre sécuritaire.
Ainsi, Au-delà de sa dimension sécuritaire, le trafic de stupéfiants place la Tunisie au cœur d’un enjeu géopolitique régional complexe, à la croisée des routes reliant l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient. L’instabilité persistante dans certaines zones voisines, la porosité des frontières et la recomposition des flux criminels transnationaux accentuent la pression sur les États de transit, appelés à jouer un rôle de rempart.
Dans ce contexte, la lutte contre la drogue devient un marqueur de souveraineté et de crédibilité étatique, également un test de résilience institutionnelle. Pour la Tunisie, l’enjeu consiste à conjuguer fermeté sécuritaire, coopération régionale et internationale, et politiques publiques capables de réduire les vulnérabilités sociales exploitées par les réseaux criminels.
Ahmed NEMLAGHI
