Le mois saint est à nos portes avec son lot de consommation, de marchés animés, de prix fortement grimpants, de dérives et de campagnes de contrôle économique, surtout durant les premiers jours de Ramadan.
Les calculs astronomiques pour l’année hégirienne 1447 et les responsables de la Cité de Sciences de Tunis indiquent que le premier jour du mois sacré de Ramadan 2026 devrait tomber le jeudi 19 février. Le croissant lunaire sera officiellement observé après le coucher du soleil du mercredi 29 Chaâbane 1447, correspondant au 18 février 2026, conformément à la vision légale adoptée dans les pays islamiques. La confirmation finale dépendra de l’observation du croissant à l’œil nu ou via les télescopes qui aura lieu, tout d’abord, le 17 février bien que tous les indices indiquent qu’il sera invisible ce jour-là.
C’est dire que les familles tunisiennes commencent déjà à se préparer pour vivre au mieux ce mois au cours duquel les estomacs sont généralement bien gâtés.
À l’approche du mois de Ramadan, le ministère du Commerce a assuré que les préparatifs avançaient à un rythme satisfaisant, tant en matière d’approvisionnement que de régulation des prix.
A ce propos, Ramzi Trabelsi, directeur de l’Observatoire national de l’offre et des prix au ministère du Commerce, affirme que les quantités de produits de consommation courante seraient globalement disponibles et que des mesures spécifiques seraient mises en place afin de limiter la hausse des prix durant cette période de forte demande.
Selon ce responsable, la coïncidence du mois de Ramadan avec la haute saison de production hivernale constitue un facteur favorable. Les produits agricoles, notamment les légumes, ainsi que les viandes blanches, devraient être disponibles en quantités suffisantes, réduisant ainsi le risque de pénuries habituellement observées durant les périodes dites de transition saisonnière.
Concernant les volailles, il a évoqué un niveau de production jugé confortable et ne laissant pas présager de tensions majeures sur le marché. Des fluctuations récentes des prix du poulet vif ont toutefois été enregistrées, notamment à la suite des intempéries ayant touché certaines zones de production, en particulier dans le gouvernorat de Nabeul. Ces perturbations, précise le responsable, ont été temporaires et les prix sont désormais orientés à la baisse. Ainsi, le prix du poulet vif est passé d’environ 6,1 dinars le kilogramme à près de 5,5 dinars, avec une tendance à la stabilisation. Les prix ont par ailleurs été plafonnés à 7,4 dinars le kilogramme au niveau des abattoirs et à 8,5 dinars au détail.
S’agissant des autres produits de base, Ramzi Trabelsi a annoncé des programmes de distribution spécifiques. Pour le café, des quantités exceptionnelles de café conditionné, estimées à environ 150 tonnes, seront mises sur le marché au cours du mois de février 2026, en complément des volumes déjà distribués depuis janvier. Pour le sucre, des programmes de distribution ciblés sont prévus avant le début du mois de Ramadan, ainsi que durant sa seconde moitié, période marquée par une hausse significative de la demande, notamment pour la pâtisserie.
Le ministère du Commerce rassure, mais…
Afin de contenir l’inflation saisonnière, des marges bénéficiaires maximales ont été fixées pour plusieurs produits. Le responsable a affirmé, dans ce sens, que la marge bénéficiaire pour les volailles serait plafonnée à 15% au détail et à 20% au niveau de la vente en gros. Pour les fruits et légumes, elle sera limitée à 15% dans les grandes surfaces et à 25% dans les autres points de vente. En ce qui concerne le poisson, la marge bénéficiaire maximale sera également fixée à 25%.
Pour sa part, le gouvernorat de Tunis a arrêté, ce mardi, une série de mesures en prévision du mois de Ramadan. Selon un communiqué, les décisions portent notamment sur le renforcement des contrôles économiques et sanitaires dans les marchés, le suivi des prix et de l’approvisionnement, ainsi que la lutte contre le commerce anarchique et la contrebande.
Les municipalités ont été appelées à assurer l’entretien des mosquées, à intensifier la collecte des déchets et à encadrer l’activité des cafés conformément à la réglementation en vigueur. Les autorités ont également recommandé le renforcement de la sécurité dans les stations de transport public et la création de points de vente du producteur au consommateur.
Une cellule de veille sera mise en place pour garantir la disponibilité des moyens de transport et coordonner la distribution des aides sociales aux familles nécessiteuses, parallèlement aux efforts de lutte contre la mendicité aux abords des lieux de culte.
A la lecture de toutes ces mesures prises ou annoncées, le consommateur ne peut que se rassurer, or la pratique montre que dans de telles occasions, la réalité du terrain laisse la porte ouverte aux dérives, souvent visibles à l’œil nu mais peu contrecarrées par les structures de contrôle. On verra bien ce qu’il en sera le premier jour de Ramadan.
Une application pour suivre le mouvement des prix
Il faut également signaler qu’à l’approche du mois de Ramadan, l’Organisation tunisienne pour l’orientation du consommateur annonce le lancement d’une nouvelle application baptisée «Koffti», destinée à aider les citoyens à s’informer sur les prix des produits de consommation.
Présentée ce lundi 2 février 2026, l’application vise à offrir une visibilité plus claire sur l’évolution des prix sur le marché tunisien, dans une période marquée par une hausse récurrente de la demande et des tensions sur certains produits de base.
Selon le président de l’organisation, Lotfi Riahi, «Koffti» ne se limite pas au suivi des prix des denrées alimentaires. L’outil permettra également d’identifier le coût des repas tunisiens les plus consommés durant le mois de Ramadan, offrant ainsi aux familles un repère pour mieux gérer leur budget. Riahi a précisé que l’application intègre un espace dédié au dépôt de réclamations. Ce dispositif sera directement connecté aux structures officielles du ministère du Commerce ainsi qu’aux différentes administrations concernées. L’utilisateur pourra non seulement soumettre une plainte, mais aussi suivre son traitement et son aboutissement, a-t-il ajouté, soulignant la volonté de renforcer la transparence et la protection du consommateur.
Avec «Koffti», l’Organisation tunisienne pour l’orientation du consommateur entend ainsi miser sur le numérique pour rapprocher l’information économique du citoyen et améliorer la régulation du marché, particulièrement durant les périodes de forte pression sur les prix.
Kamel ZAIEM
