Les enseignants suppléants du primaire et du secondaire, qui avaient été exclus du processus de régularisation lancé l’année dernière suite à la promulgation du décret présidentiel n°21 du 8 janvier 2025, ont organisé, le week-end dernier, un rassemblement de protestation devant le siège du ministère de l’Education pour réclamer leur intégration conformément aux dispositions de l’article 107 de la loi de Finances 2026.
«Nous avons été victimes d’une double injustice. Dans un premier temps, le ministère de l’Éducation nous a exclus de la base de données relative à l’application du décret présidentiel stipulant l’intégration immédiate de tous les instituteurs et les professeurs suppléants. Cette base de données a concerné uniquement les enseignants du primaire ayant exercé à partir du 14 septembre 2006 et les enseignants du secondaire qui exercent depuis le 14 septembre 2008. Ceux qui ont assuré l’enseignement avant cette date, c’est-à-dire les plus anciens, ont été exclus. Dans une étape ultérieure, le ministère refuse toujours d’appliquer les dispositions de l’article 107 de la loi de Finances 2026 qui prévoit notre intégration à partir du 1 er janvier 2026», explique Najah Raddaoui, porte-parole de la coordination des enseignants suppléants exclus de la base de données. «Nous appelons la présidence de la République à intervenir pour lever cette injustice criante à l’heure où les statistiques font état d’un manque d’enseignants dans les écoles primaires, les collèges et les lycées secondaires», a-t-elle ajouté. Parallèlement à la mobilisation des enseignants, 55 députés ont soumis récemment à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) une proposition de loi relative à l’intégration des instituteurs suppléants ayant assuré l’enseignement avant le 14 septembre 2006 et des professeurs suppléants ayant exercé avant le 14 septembre 2008.
Un décret présidentiel salvateur
Plus de 23.000 enseignants suppléants dans les cycles primaire et secondaire avaient organisé ces dernières années des protestations bruyantes pour réclamer leur intégration dans la fonction publique. Ces diplômés de l’enseignement supérieur ne bénéficiaient pas d’une couverture sociale, bien qu’une partie de leurs honoraires soit prélevée automatiquement chaque mois à titre de cotisations aux régimes de sécurité sociale. Suite à un appel qui lui avait été lancé par ces enseignants dont certains exerçaient dans des conditions précaires depuis plus de vingt ans, le président de la République, Kaïs Saïed, avait décidé, début janvier 2025, d’intégrer les enseignants suppléants exerçant dans les écoles primaires, les collèges et lycées secondaires dans la fonction publique, mettant ainsi fin à une longue injustice. Le Chef de l’Etat a également indiqué, à cette occasion, que «le métier d’enseignant est l’un des plus nobles, méritant reconnaissance et considération, au regard de sa mission à transmettre un savoir national et à former les générations futures», notant que «les élèves et les étudiants d’aujourd’hui seront les porteurs du flambeau de demain qui éclairera l’avenir». Dans ce cadre, un décret officialisant la décision présidentielle a été publié le 8 janvier 2025 dans le Journal officiel de la République tunisienne (Jort) à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres. Ce décret stipule l’intégration de tous les instituteurs et les professeurs suppléants en 2025 et en 2026. L’âge des suppléants ne constitue pas un obstacle à leur intégration, puisque le décret comporte une dérogation aux règles d’usage stipulant que l’âge limite de l’intégration dans la fonction publique ne doit pas dépasser 40 ans. Le ministère de l’Éducation avait annoncé, en juillet dernier, que le décret présidentiel aboutira à la régularisation d’au moins 10.060 enseignants en 2025 et d’environ 13.837 autres instituteurs et professeurs en 2026, tout en indiquant que le processus d’intégration «se déroule en toute transparence et garantit un droit de recours pour l’ensemble des enseignants qui s’estiment lésés».
Walid KHEFIFI
