L’irruption de l’IA générative marque la fin de l’ère de la restitution ordinaire ou mécanique du savoir où le paradigme d’évaluation d’examen et ses principaux principes ont changé. D’un côté, l’enseignant ne peut plus se réduire à un rôle de police numérique traquant les copies suspectes. De l’autre, l’envahissement de cette intelligence artificielle (IA) nous impose d’accepter sa présence là où elle ne risquait pas d’être…
Si l’IA suscite majoritairement un fort intérêt dans l’ensemble de la communauté éducative à travers le monde et est bien identifiée comme un défi majeur pour l’Éducation nationale, les usages restent aujourd’hui fortement individu-dépendants.
De l’avis de certains experts, et pas uniquement en Tunisie, les élèves semblent rapidement s’approprier les nombreux usages de l’IA. Cette appropriation rapide par les élèves interroge directement les pratiques d’évaluation et la pédagogie, l’IA suscitant chez les enseignants des craintes mais aussi des espoirs face au développement d’outils qui facilitent la personnalisation de l’apprentissage et la différenciation. C’est que l’école est le lieu où peut et doit se développer une formation à l’IA permettant à tous les élèves et futurs citoyens d’en faire un usage critique, éthique et raisonné.
Selon quelques spécialistes en éducation développée et certaines récentes études, l’enseignant doit devenir un aiguilleur d’intelligence, celui qui oriente, canalise et structure le flux cognitif de l’étudiant. De ce fait, l’évaluation devient un instrument stratégique dont il ne s’agit plus seulement d’évaluer un contenu, mais de concevoir des dispositifs dont l’architecture même rend la fraude inefficace, détectable ou pédagogiquement contreproductive.
Vers un nouveau concept d’évaluation
C’est dire que cette évaluation doit être dirigée par un groupe d’enseignants en informatique, dont la mission est d’assurer le monitoring technique des copies, en coordination étroite avec l’enseignant de la spécialité concernée par l’évaluation.
Ce dispositif poursuit plusieurs objectifs : garantir une expertise technique indépendante, analyser les traces numériques et métadonnées lorsque l’environnement le permet, assurer l’équité procédurale et surtout éviter que l’enseignant de spécialité ne soit simultanément juge et expert technique.
Dans ce cadre institutionnel, le professeur de la discipline concernée conserve la responsabilité pédagogique et l’analyse de fond, tandis que le groupe d’enseignants cités apporte une lecture technologique rigoureuse.
Qu’en sera-t-il des examens essentiels et nationaux ? Pour le moment, le changement n’est pas radical et il va falloir attendre encore des années pour tout changer, mais à l’avenir, cette évaluation connaîtra beaucoup de nouveautés. Selon des études approfondies qui proposent des solutions à ce nouveau phénomène qui envahit notre société et notre entourage à tous les niveaux, certaines règles doivent être suivies. Il sera impératif, ainsi, que l’étudiant ou l’élève rende son brouillon avec la copie finale, permettant de confronter le cheminement à la production finale, d’identifier la progression logique, de repérer les ratures, hésitations, restructurations, de vérifier la cohérence entre plan préparatoire et rédaction.
Un texte complexe, parfaitement structuré, rédigé d’un seul jet, sans rature ni trace d’élaboration préalable, évoque davantage l’impression d’un copier/coller que d’un effort émanant d’une pensée en construction (le brouillon devient ainsi un indicateur de sincérité cognitive).
De tels procédés ne visent pas à piéger les élèves, mais à rendre détectable un usage détourné.
Ces nouvelles règles d’évaluation sont citées, a priori, dans le Guide/Manuel en cours d’élaboration dédié aux établissements scolaires et universitaires. Il sera mis en place pour mieux encadrer l’avenir d’une sécurisation des examens de l’amont à l’aval dans un esprit non conflictuel entre l’homme et la machine grâce à un arbitrage humain renforcé.
C’est dire que cette démarche qui doit suivre l’invasion quasi totale de ce nouveau phénomène inévitable, n’aura pas pour objectif de traquer l’IA générative, mais de rendre son usage visible par contraste, en élevant le niveau d’exigence en termes de contextualisation, de personnalisation, de justification du raisonnement et de traçabilité du processus intellectuel de l’étudiant/élève.
L’exemple danois
Nous n’en sommes pas là, pour le moment, mais nous ne tarderons pas à confronter cette réalité qui exigera des solutions pratiques et des manières logiques de concilier l’intelligence ordinaire et celle artificielle. D’ailleurs, certains pays n’ont pas trop attendu pour gagner du temps, comme c’est le cas du Danemark. Dans le cadre d’une expérience, des élèves danois volontaires seront autorisés à utiliser l’intelligence artificielle lors de l’épreuve orale d’anglais du baccalauréat. En parallèle, ils devront se passer du numérique pour une partie du test écrit.
Au Danemark, certains lycéens pourront utiliser l’intelligence artificielle à partir de 2026, lors de l’épreuve orale d’anglais du baccalauréat, vient d’annoncer le ministère de l’Éducation nationale.
Lors de cet examen, les élèves pourront recourir à l’IA dans la phase de préparation de l’oral : une fois le sujet tiré, chaque élève aura une heure de préparation lors de laquelle «il est permis d’utiliser tous les outils, y compris l’IA générative», ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.
Le Danemark, qui autorise l’usage encadré d’Internet lors des examens depuis 2008, cherche à encourager, à travers un cadre strict, le développement numérique dans les apprentissages. Dans le même temps, les étudiants devront également résoudre certaines parties de l’examen écrit d’anglais avec un stylo et du papier.
Qu’en sera-t-il de la Tunisie dans un proche avenir ? Beaucoup d’experts se sont lancés dans des recherches et des études pour anticiper et ne pas rester en marge de ce qui se passe ailleurs. Toutefois, ces études ne doivent pas «ronronner» dans les tiroirs une fois achevées.
Kamel ZAIEM
