Le mois sacré de Ramadan approche, mais il est toujours précédé chez nous par des préparatifs spécifiques auxquels s’adonne la majorité des ménages quelques semaines avant. Outre le caractère spirituel et sacré du mois de Ramadan, la tradition chez nous fait de ce mois saint une période de consommation excessive qui dépasse souvent celle de toute l’année dans certains ménages.
C’est pourquoi les Tunisiens se préparent deux ou trois semaines avant pour accueillir ce mois sur tous les plans, consacrant un important budget pour les denrées alimentaires.
En outre, ce mois béni est connu pour être la période où les femmes fournissent le plus d’effort en matière de cuisine. Des mets de tous genres sont servis sur la table pendant la rupture du jeûne. C’est ainsi qu’on voit ces jours-ci les gens se ruer sur les grandes surfaces non seulement pour s’approvisionner en besoins vitaux, mais aussi pour renouveler leurs ustensiles de cuisine et leurs appareils électroménagers. Côté gouvernement, est-on bien préparé pour fournir le nécessaire ?
Pendant le mois de Ramadan, on assiste à un changement radical dans les habitudes et le mode de vie des Tunisiens qui accordent surtout un grand intérêt à la bouffe. En effet, ce mois saint, censé être celui de la modération et de la sobriété, voire de l’abstinence, vient chaque année susciter de nouveaux comportements alimentaires et créer chez les Tunisiens de nouveaux caprices auxquels il faudrait céder, souvent au détriment d’un budget modeste ou maigre.
Matraquage publicitaire
Même le paysage commercial et médiatique change pour se préparer à ce grand événement annuel. Le citoyen est déjà matraqué par la publicité radiophonique ou télévisuelle ou par voie d’affiches, ainsi que par les prospectus et les dépliants distribués par les grandes surfaces ou mis dans les boites aux lettres des habitants. D’où les dépenses extravagantes et les achats souvent inutiles. C’est grâce à la forte demande de produits de consommation et à la frénésie d’achats avant et pendant ce mois que les commerçants augmentent leurs chiffres d’affaires en vendant de grandes quantités de leurs marchandises, quoique plusieurs cas de fraudes et de malversations soient chaque année déclarés en cette période de grande consommation.
Déjà, l’affluence des clients qui viennent de recevoir leur salaire mensuel se faisait sentir dès le weekend dernier où nous avons remarqué des centaines de voitures garées dans les parkings des différents supermarchés de Tunis et banlieue. De même un grand mouvement de clients qui se ruaient sur les produits alimentaires, surtout que le marché souffrait ces derniers jours de la pénurie de certaines denrées de base (sucre, riz, café, beurre…). Pourtant, quoique des produits en grandes quantités aient été achetés, il ne s’agirait que des premières courses qui précèdent l’arrivée de Ramadan. Le reste se fera au fur et à mesure pendant tout le mois.
Approvisionnement des marchés
Des mesures ont été prises pour assurer un approvisionnement régulier du marché durant le Ramadan et garantir les stocks nécessaires, tout en permettant aux citoyens de les acquérir à des prix abordables. C’est ce qu’on déclare du côté gouvernemental ces derniers jours. Pour le Ramadan 2025/2026, le gouvernement tunisien se mobilise pour assurer l’approvisionnement du marché, contrôler les prix et sécuriser le mois saint. Les préparatifs incluent le renforcement des stocks de produits de base, la lutte contre la spéculation et des campagnes sanitaires. La priorité est donnée à la constitution de stocks régulateurs, notamment pour la viande rouge, les légumes et les œufs, pour éviter les pénuries et les flambées de prix. Des mesures de solidarité et de soutien ont été mises en place pour les familles nécessiteuses ou à revenus faibles. Ces préparatifs visent à garantir un Ramadan serein malgré un contexte économique difficile où le coût du panier alimentaire devient très élevé.
Le ministère du Commerce rassure…
Pour le Ramadan 2026 en Tunisie (prévu le 17 ou le 18 février), le ministère du Commerce prépare déjà une stratégie de sécurisation de l’approvisionnement et de régulation des prix. Des stocks de produits de base (sucre, café, viandes, œufs, légumes) sont constitués, avec l’importation prévue de viandes rouges. On croit savoir qu’en matière de contrôle, le gouvernement a décidé le plafonnement des marges : 15% pour les volailles (détail) et jusqu’à 25% pour les fruits/légumes/poissons dans certains points de vente. De même, on compte introduire 150 tonnes de café pendant le mois de février.
A ce propos, Ramzi Trabelsi, directeur de l’Observatoire national de l’offre et des prix au ministère du Commerce, a déclaré récemment dans une intervention sur les ondes de Mosaïque FM, que «les quantités de produits de consommation courante seraient globalement disponibles et des mesures spécifiques seraient mises en place afin de limiter la hausse des prix durant cette période de forte demande.» Selon lui, «les produits agricoles, notamment les légumes, ainsi que les viandes blanches, devraient être disponibles en quantités suffisantes, réduisant ainsi le risque de pénuries habituellement observées durant les périodes dites de transition saisonnière». Enfin, il rassurait que «toutes les mesures ont été prises pour assurer un bon approvisionnement du marché national au cours de ce mois saint».
Hechmi KHALLADI
