Le Centre International d’Études Stratégiques, Sécuritaires et Militaires (CIESSM), en partenariat avec l’Ambassade de l’Inde en Tunisie, a organisé hier, le Forum tuniso-indien «Dialogue tuniso-indien sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme».
Le Forum a réuni une représentation diversifiée d’acteurs, comprenant des chefs et représentants de missions diplomatiques et d’organisations internationales, des universitaires, ainsi que des représentants de la société civile.
«Ce dialogue contribuera véritablement à rapprocher les acteurs de la société civile, les institutions gouvernementales et le monde académique, afin de favoriser de nouveaux apports et un échange d’informations entre les deux parties. Il bénéficiera non seulement aux deux pays, mais également à l’ensemble de la région, alors que nos zones, l’Asie du Sud et le Maghreb, font face aux défis du terrorisme», a déclaré l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Devyani Uttam Khobragade.
Poursuivant dans le même sens, elle a souligné l’importance des enjeux liés à la réintégration des personnes de retour des zones de conflit. «La question du retour et de la réintégration constitue un défi majeur. L’expérience du gouvernement tunisien dans la gestion de cette problématique pourra être utile à l’Inde, tout comme l’expertise indienne pourra bénéficier à la Tunisie. C’est pourquoi je suis convaincue que ce dialogue favorisera un renforcement de la coopération entre l’Inde et la Tunisie», a-t-elle révélé.
De son côté, la présidente du Centre International d’Études Stratégiques, Sécuritaires et Militaires (CIESSM), Badra Gaaloul, a abordé le concept de «recyclage du terrorisme», soulignant que le terrorisme peut être ravivé à des fins politiques par certains États. «Aujourd’hui, il est essentiel de prendre pleinement conscience de ce danger», a-t-elle insisté.
Badra Gaaloul a également évoqué la notion de protection intérieure, en s’interrogeant sur le fait que, malgré la multiplication des alliances et des technologies destinées à lutter contre le terrorisme, celui-ci continue de se propager. Selon elle, il existe une interconnexion manifeste entre le terrorisme et la mafia internationale, donnant l’impression d’une coordination structurée. «L’objectif des terroristes est le pouvoir, tandis que celui des réseaux mafieux est l’argent», a-t-elle ajouté.
Dans cette continuité, la présidente du CIESSM a expliqué que, dans ce processus de «recyclage», la mafia cherche également à accéder au pouvoir. «Comme l’illustre l’affaire Epstein, c’est le pouvoir qui permet de générer de l’argent», a-t-elle indiqué.
Elle a par ailleurs souligné qu’il est temps de prévenir ces courants et d’étudier le phénomène de manière approfondie.
S’agissant de la coopération tuniso-indienne, elle a insisté sur l’importance de s’inspirer de l’expérience indienne, rappelant que l’Inde et la Tunisie sont liées par un accord de coopération en matière de lutte contre le terrorisme et que l’Inde représente aujourd’hui une puissance émergente.
Réintégration et accompagnement : l’approche de l’UNFT pour femmes et enfants
Parmi les sujets abordés lors du forum, la question de la réintégration post-conflit et du retour des personnes concernées a été particulièrement mise en avant, avec un focus sur les défis et les politiques publiques associées.
Dans ce cadre, la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), Radhia Jerbi, intervenante lors du forum, a souligné l’importance du cadre juridique international : «On ne peut pas évoquer la réintégration des femmes et des enfants sans se référer aux dispositions légales et internationales. La résolution 1325 de l’Organisation des Nations unies prévoit des mesures pour la réintégration de ces femmes, en les considérant avant tout comme des victimes plutôt que comme des actrices ou des terroristes».
Elle a également insisté sur les conditions nécessaires à une réadaptation et à une réinsertion réussies dans la société, soulignant que l’accompagnement social est essentiel, notamment pour les femmes conscientes d’avoir été impliquées dans des activités extrémistes, souvent confrontées à la stigmatisation, au sentiment de honte et au rejet social.
«Parmi les mesures de réadaptation et de réinsertion dans la société, l’unanimité est primordiale», a-t-elle précisé.
Selon Radhia Jerbi, la réintégration de ces femmes et de leurs enfants nécessite une approche globale, visant à leur permettre de reprendre une vie normale tout en préservant l’équilibre social. Elle a souligné la nécessité d’un accompagnement psychologique soutenu, complété par un travail de proximité assuré par les associations, souvent plus accessible que les dispositifs institutionnels. «L’implication dans des activités culturelles et sociales est également essentielle», a-t-elle ajouté.
La présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne a ainsi insisté sur la complexité particulière de la prise en charge des enfants, dont beaucoup ont rompu leurs liens familiaux. «Le travail auprès d’eux est donc primordial, il doit s’effectuer à la fois directement avec les enfants et à travers leurs mères, en renforçant le rôle parental», a-t-elle expliqué.
Vers une facilitation des visas entre l’Inde et la Tunisie
Au-delà de la coopération en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Devyani Uttam Khobragade, a mis en lumière l’existence de nombreux autres domaines de coopération entre l’Inde et la Tunisie.
Elle a affirmé que les relations entre les deux pays ne se limitaient pas aux aspects sécuritaires, précisant que les liens politiques, économiques et humains étaient déjà étroits et qu’ils méritaient d’être davantage renforcés.
«Pour cela, il serait important d’assouplir le régime des visas entre nos deux pays. Je serais très heureuse de travailler avec le gouvernement tunisien afin d’examiner la possibilité d’instaurer un visa à l’arrivée pour les ressortissants indiens, afin d’encourager davantage de touristes indiens à visiter la Tunisie, à découvrir sa beauté et à mieux comprendre les liens culturels qui unissent nos deux pays, comme j’ai moi-même pu le constater», a-t-elle révélé.
Dans cette optique, elle a souligné que l’Inde est la quatrième plus grande économie du monde, avec une population jeune et bien éduquée, à l’image de la Tunisie. «Si la Tunisie instaurait également un visa à l’arrivée pour les Indiens, tandis que l’Inde délivrerait des visas électroniques aux Tunisiens, cela contribuerait à renforcer significativement les échanges socioéconomiques et politiques déjà existants entre les deux pays», a-t-elle ajouté.
Nouha MAINSI
