Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas droit à l’ennui ni aux doléances : tous les moyens de loisirs et de distraction sont mis à leur disposition. Fini le temps où les jeunes de la ville bénéficiaient des privilèges culturels et éducatifs mieux que ceux des zones rurales. De nos jours, la technologie met à la disposition de tous les jeunes, où qu’ils se trouvent, toutes sortes de moyens audiovisuels et informatiques disponibles et accessibles à tout moment.
Ce qui leur manque, c’est ce désir de connaissance et de savoir, c’est cet appétit pour la formation personnelle sur les plans linguistique, intellectuel, culturel, et pour se faire une vision du monde.
Or, s’il y a encore aujourd’hui des jeunes qui lisent des livres, ce n’est pas pour se divertir ou pour s’évader, comme les jeunes des années soixante. Ils préfèrent plutôt regarder une émission à la télé ou ouvrir leur smartphone pour écouter les derniers tubes de leurs chanteurs favoris, ou alors se brancher à Internet pour naviguer à travers la toile magique à la recherche des derniers albums de leurs idoles de musique. Sur les plans culturel et scientifique, la technologie offre des opportunités multiples que la majorité de nos jeunes n’exploite pas comme il se doit.
Technologie, quand tu nous tiens !
En leur facilitant l’accès à tout, sans qu’ils fassent le moindre effort, la technologie moderne a fait d’eux de grands paresseux «intellectuels». A quoi bon aller fouiller dans une bibliothèque ou une librairie pour se procurer un livre, alors qu’il suffit d’un clic pour accéder à des milliers d’œuvres numérisées proposées par Internet ! Encore faut-il qu’ils le fassent.
C’est que la technologie moderne dans tous les domaines incite nos jeunes à la paresse, surtout quand il s’agit de lecture au sens classique du terme. Entendons par lecture classique celle qui vous pousse à aller chercher le livre de tel ou tel auteur qui vient de paraître, quitte à vous déplacer des kilomètres de chez vous, à vous mettre des heures entières à dévorer des pages qui sentent encore la reliure et à savourer le bon style de l’auteur. Cette lecture qui vous permet de suivre attentivement les événements au point de ne plus pouvoir vous en détacher, qui permet de vous identifier au personnage (principal ou secondaire) et de vous évader, qui vous procure aussi un merveilleux plaisir et un sentiment de satisfaction. Maintenant, on peut comprendre pourquoi les gens ne lisent pas ou lisent moins qu’avant. Parce que tout simplement, c’est un travail trop fatigant qui nécessite trop d’efforts intellectuels et beaucoup de patience. Aujourd’hui, nos enfants passent la plupart de leur temps accrochés à leur téléphone portable ou leur tablette. Ils préfèrent voir les films diffusés à gogo par les milliers de sites numériques qui monopolisent leur attention.
Même les livres électroniques ne les tentent pas
Il est vrai que les livres autorisés à être publiés sur la Toile sont déjà vieux, des livres anciens qui remontent aux siècles derniers, donc exempts des droits d’auteur. Mais c’est une opportunité offerte à tous ceux qui ont raté de lire les chefs-d’œuvre des grands auteurs de la littérature universelle, à travers les siècles, dans plusieurs langues. Le site Gallica, pour ne citer qu’un seul exemple, met à la disposition des lecteurs du monde entier toutes les œuvres en forme numérique de la bibliothèque nationale de France, de l’Antiquité jusqu’à nos jours, excepté les parutions récentes, par respect des droits d’auteur. Il est donc souhaitable que nos jeunes, imprégnés de technologie moderne, se mettent à fouiller dans les livres classiques à travers le Net, qui sont d’ailleurs d’une valeur indéniable, afin de se forger un bagage culturel et de s’approprier des valeurs humaines et universelles inestimables. Là, chacun peut trouver son compte, il suffit de s’y mettre. L’appétit vient en mangeant : plus on lit, plus on a envie de lire.
Et puis, ces sites de lecture numérique donnent bien l’impression au lecteur qu’il n’est pas le seul à être en train de lire, à un moment donné, tel ou tel livre, mais que le même plaisir est partagé par d’autres en même temps dans les quatre coins du monde. N’est-il pas là une grande satisfaction que de partager la même passion avec autrui, dans un monde qui se rétrécit chaque jour davantage pour devenir un petit village, grâce à la technologie ? Certains sites permettent aussi à leurs lecteurs de discuter, à travers la Toile et en temps réel, tel ou tel livre qu’ils auront lu, ce qui valorise encore l’acte de lecture. Or, il paraît que nos élèves n’utilisent pas la technologie moderne à bon escient. L’on se demande comment ils feraient si cette dernière n’était pas disponible.
Hechmi KHALLADI
