L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a mis en garde, dans un bulletin spécial publié récemment, contre une nouvelle invasion de criquets pèlerins en Tunisie et dans les autres pays d’Afrique du Nord dès le mois de mars prochain.
«En janvier, aucun criquet n’a été observé dans les gouvernorats de Gabès, Tozeur, Kébili ou Sidi Bouzid. Quelques groupes de criquets pourraient apparaître dès début mars dans les gouvernorats du Sud», a alerté l’organisation, indiquant que les essaims de criquets pèlerins pourraient se déplacer depuis la Mauritanie et le Sud du Maroc, où les acridiens ont commencé à se reproduire depuis janvier dernier, vers les autres pays d’Afrique du Nord.
«En janvier, la résurgence préoccupante en Mauritanie et au Sahara occidental s’est scindée en deux zones. Au Sud, la zone infestée s’étendait du Nord du Sénégal au Sud de la Mauritanie, et des groupes d’ailés et de petits essaims immatures y étaient présents. Plus au Nord, la seconde zone infestée s’étendait du Nord de la Mauritanie au Sud du Maroc ; les groupes et bandes larvaires y ont régressé, tandis que les groupes d’ailés immatures ont augmenté et quelques groupes d’adultes ont repris la reproduction au cours de la dernière décade», a précisé la FAO.
D’ici mars prochain, de petits essaims et des groupes d’ailés pourraient devenir matures et poursuivre leur migration, depuis le Nord de la Mauritanie jusqu’au Maroc. Certains groupes peuvent atteindre l’Algérie, la Libye et la Tunisie. Les trajectoires migratoires devraient être influencées par les précipitations et la présence d’une végétation favorable au développement des acridiens.
«La végétation est restée verte dans le Nord-Ouest, le long de la côte et du fleuve Sénégal en Mauritanie, dans les zones irriguées du Nord du Sénégal, le long du littoral entre Bir Gandouz et Laâyoune et aux alentours de Boukraa et Smara au Sahara occidental, le long de l’oued Draâ au Maroc, ainsi que dans les zones irriguées autour d’Adrar en Algérie. La végétation a également continué à se développer et à verdir dans le centre de la Tunisie», note l’organisation onusienne.
Le changement climatique pourrait augmenter l’incidence
Entre mars et septembre 2025, la Tunisie avait fait face à une invasion de criquets pèlerins en provenance de Libye et d’Algérie, qui a concerné essentiellement les gouvernorats du Sud tels que Médenine, Tataouine, Kébili, Tozeur et Gabès. Des mesures d’urgence comme les pulvérisations d’insecticides et la surveillance ont permis de contrôler la situation, surtout que la reproduction locale n’était pas importante. Les opérations de traitement pour la lutte contre les criquets pèlerins, dont les premiers groupes ont été détectés le 12 mars dans le Sud de la Tunisie, ont touché 20 800 hectares, ciblant les criquets à tous les stades de leur développement, des adultes ailés aux larves.
Etant donné que la Tunisie est membre de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale de la FAO, les autorités avaient alors travaillé en étroite coordination avec l’Algérie, la Mauritanie et les instances spécialisées de l’organisation.
À partir de la seconde moitié du mois de juin, la sécheresse du sol et le dessèchement progressif du couvert végétal dans le Sud tunisien ont contribué au départ progressif des groupes résiduels de criquets pèlerins vers la zone de reproduction estivale habituelle située dans les pays du Sahel tels que le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.
Les invasions de criquets pèlerins en Tunisie s’inscrivent dans un contexte régional marqué par des foyers acridiens récurrents dans les pays du Maghreb, les zones sahélo-sahariennes, ce qui en fait une menace agricole transfrontalière.
Le phénomène n’est pas nouveau. La Tunisie a, en effet, connu plusieurs invasions, dont les plus sévères remontent aux années 1987–1988 et en 2004-2005, durant lesquelles des pertes agricoles significatives ont été enregistrées. Les experts s’attendent cependant à ce que les invasions acridiennes deviennent plus fréquentes et plus sévères dans les pays d’Afrique du Nord durant les prochaines décennies, dans un contexte d’intensification du dérèglement du climat.
Walid KHEFIFI
