Répétitions et prolongations involontaires de sons, syllabes, mots ou phrases, pauses silencieuses involontaires, c’est le bégaiement. Ce trouble de la parole complexe affecte des millions de personnes dans le monde. C’est dans ce cadre que l’Association Nationale Tunisienne des Orthophonistes (ANTO) organise son 1er webinaire scientifique intitulé «Mieux comprendre le bégaiement pour aider les enfants de 2 à 6 ans» qui aura lieu aujourd’hui et qui sera animé par Samar Karam, orthophoniste clinicienne spécialisée en troubles développementaux du langage.
Le bégaiement est lié à un problème d’élocution et de langage mais aussi de communication. Il se caractérise par l’interruption de la parole ou la répétition de syllabes empêchant de dire ce que l’on souhaite exprimer : une phrase, un mot ou une partie de celui-ci. La parole est ainsi bloquée avant d’être finalement expulsée. Parce qu’il est souvent handicapant pour la personne qui en souffre, le bégaiement est difficile à vivre et à accepter comme le précise Myriam Gueddiche, orthophoniste : «Le bégaiement est une pathologie très courante chez l’enfant puisque près 5% seraient concernés. Habituellement, ce trouble apparaît dès les premières années de parole et disparaît avant l’âge adulte. Ce bégaiement apparaît à un moment clé du développement de l’enfant, lors de l’apparition du langage. Il prend racine dès l’émergence des premiers mots, des premières phrases, entre 2 et 5 ans ; parfois, il peut disparaître tout seul à l’âge de 3 ans, auquel cas on l’appelle «bégaiement physiologique» mais s’il persiste jusqu’à 4 ans et demi, l’enfant doit consulter. S’il est dépisté à 5 ans et orienté vers un orthophoniste, un enfant bègue a pratiquement 90% de chances de guérir. Ce sont les petites répétitions (hésitations) d’allure anodine au début d’une phrase, les ajouts de mots inutiles avant une répétition, un enchaînement de syllabes de plus en plus laborieux accompagné ou non d’efforts, de tension au niveau sonore ou au niveau du visage (sourcils, yeux, narines, bouche), la réapparition d’une attitude d’évitement «Je ne sais pas», «Je ne m’en souviens plus», camouflant une crainte d’utiliser certains mots, une appréhension de certaines situations ou de certaines personnes et une perte ou une diminution du goût à communiquer.
Comment soigner le bégaiement ?
Les causes du bégaiement sont encore relativement mal connues, bien que l’on considère que différents facteurs puissent en être à l’origine : parmi eux, des problèmes neuromusculaires sont évoqués. Des facteurs psychologiques comme l’anxiété ou l’hyperémotivité peuvent également être à l’origine du bégaiement. Un climat tendu ou un choc émotionnel peuvent provoquer un bégaiement.
Ni les médicaments ni la chirurgie ne permettent de soigner le bégaiement. Les traitements qui existent permettent néanmoins de le traiter. L’orthophoniste Myriam Gueddiche précise que plus le bégaiement est pris en charge de façon précoce, plus le traitement s’avère efficace. «Lorsque l’on constate l’apparition d’un bégaiement chez son enfant, il est important d’en parler à son médecin traitant qui dirige la famille vers un orthophoniste. C’est celui-ci qui jugera du diagnostic et de la nécessité ou non d’un traitement. Plusieurs exercices basés par exemple sur la respiration, l’élocution, la prise de parole, permettront, séance après séance, de faire diminuer le bégaiement. Ces séances chez l’orthophoniste peuvent être complétées par le travail des psychothérapeutes. L’approche psychothérapeutique cognitivo-comportementale permet de restructurer les schémas cognitifs, identifier les distorsions cognitives, les dysfonctionnements de la pensée et permet d’opérer des changements dans les attitudes par rapport à l’environnement. Comme le théâtre, le chant ou encore la lecture à voix haute sont également à privilégier. Une personne qui bégaie le fait rarement lorsqu’elle chante. L’orthophoniste, en fonction du bégaiement de son patient mais aussi de l’entourage, déterminera en partenariat avec la famille, le type de traitement le plus adapté», explique-t-elle
Kamel BOUAOUINA
