Une très large majorité de Tunisiens (85%) se disent favorables à la peine de mort comme châtiment juste pour les personnes qui commettent les crimes les plus graves comme le meurtre, selon une enquête publiée fin février dernier par le réseau panafricain de recherche par sondage Afrobarometer.
L’enquête menée auprès d’un échantillon représentatif de 1200 adultes tunisiens des deux sexes, avec des marges d’erreur de +/-3 points de pourcentage et niveau de confiance de 95%, révèle également que 14% seulement des personnes interrogées pensent que la peine capitale ne peut jamais être justifiée, tandis que 1% refuse de répondre.
Le taux des répondants qui estiment que la peine de mort constitue une punition juste pour les personnes qui commettent les crimes les plus graves est plus élevé chez les hommes que chez les femmes (87% contre 83%) et pour les sondés qui résident dans les villes (86%) que ceux issus du milieu rural (84%).
L’enquête révèle d’autre part que près des deux tiers (64%) des Tunisiens se déclarent «plutôt confiants» ou «très confiants» quant à la possibilité pour les citoyens ordinaires d’obtenir justice devant les tribunaux. Mais 33% ne sont «pas très» ou «pas du tout» confiants à cet égard.
La confiance au système judiciaire est plus forte chez les femmes que chez les hommes (69% contre 61%). Cette confiance augmente avec le niveau de scolarité des répondants, passant de 58% chez les personnes sans instruction formelle à 72% chez celles qui possèdent un diplôme d’études post-secondaires. Les répondants économiquement aisés (73%) sont aussi plus susceptibles de croire que le système judiciaire est juste que ceux qui vivent dans une situation de pauvreté modérée ou élevée (73% contre 65%).
Deux tiers (67%) des Tunisiens estiment qu’en cas de procédure judiciaire, il est «probable» ou «très probable» qu’ils obtiennent une décision équitable. Toutefois, moins de la moitié pensent avoir les moyens financiers d’intenter une action en justice (45%) ou être susceptibles d’obtenir une décision dans un délai raisonnable (40%). La probabilité perçue d’une décision équitable augmente fortement avec le niveau d’instruction des citoyens, passant de seulement 55% chez les personnes sans instruction formelle à 76% chez celles ayant fait des études supérieures. Par ailleurs, les répondants économiquement aisés (75%) sont plus enclins à s’attendre à l’équité que les répondants appartenant à des catégories sociales plus modestes (67%).
La police, premier recours
Lorsqu’ils envisageant de porter une affaire devant les tribunaux, environ deux tiers (68%) des répondants estiment qu’il est «probable» ou «très probable» qu’ils puissent trouver les conseils juridiques ou le soutien d’un avocat dont ils ont besoin, mais moins de la moitié (47%) pensent qu’ils pourraient payer ce service de soutien juridique.
L’enquête souligne dans ce cadre que les services d’aide juridictionnelle peuvent être offerts gratuitement ou à prix très réduit aux citoyens en Tunisie. Dans la pratique, seul un Tunisien sur 10 déclare connaître l’existence de services d’aide juridictionnelle disponibles dans leur communauté. La connaissance de ces services est particulièrement faible en milieu rural (4%) et parmi les personnes ayant un niveau d’instruction primaire ou inférieur (5%).
Compte tenu de ce faible niveau de connaissance de la disponibilité d’une aide juridictionnelle gratuite et des obstacles financiers d’accès à la justice, il n’est guère surprenant que peu de citoyens déclarent vouloir recourir au système judiciaire formel en cas de problème juridique. Interrogés sur le lieu où ils seraient le plus susceptibles de s’adresser pour tenter de résoudre un problème juridique tel qu’une plainte grave contre une entreprise ou un membre de leur communauté, seuls 11% indiquent qu’ils se tourneraient vers un tribunal local. La majorité (58%) s’adresserait plutôt à la police, tandis qu’une plus faible proportion de répondants chercherait de l’aide auprès de Dieu ou à travers la prière (7%), auprès des services d’aide juridique ou d’avocats (5%), de membres de leur famille (3%), de fonctionnaires (1%) ou de responsables politiques (1%). Les hommes sont plus susceptibles que les femmes de se tourner vers la police (60% contre 50%), tout comme les citadins par rapport aux résidents ruraux (61% contre 43%). La police est également plus souvent citée par les citoyens ayant fait des études post-secondaires (60%) et par les répondants économiquement aisés (59%) que par leurs homologues moins instruits et plus pauvres. Parmi les groupes d’âge, les personnes âgées sont les moins susceptibles de se tourner vers la police (49%) et les plus susceptibles de se tourner vers les tribunaux locaux (13%) ou la prière (10%).
Walid KHEFIFI
