Le secteur agricole continue d’attirer l’intérêt des investisseurs, même dans un contexte économique marqué par plusieurs défis. En 2025, les investissements privés approuvés par l’Agence de promotion des investissements agricoles (APIA) ont atteint près de 547,99 millions de dinars, répartis sur 6.513 opérations d’investissement. Ces chiffres, publiés récemment par l’agence publique, témoignent d’une dynamique positive en termes de valeur des investissements, avec une hausse de 15% par rapport à l’année 2024, malgré une baisse du nombre de projets approuvés.
Cette évolution traduit une tendance contrastée : moins de projets, mais des investissements d’un volume financier plus important.
La progression de la valeur globale des investissements agricoles constitue l’un des faits marquants de l’année 2025. L’augmentation de 15% par rapport à l’année précédente suggère que les projets approuvés sont désormais plus ambitieux et nécessitent des montants financiers plus élevés. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution. Le secteur agricole tunisien connaît depuis quelques années un processus de modernisation progressive, marqué par l’introduction de nouvelles technologies, le développement de l’irrigation et l’amélioration des équipements agricoles.
Les projets d’investissement tendent ainsi à s’orienter vers des exploitations plus structurées, intégrant des infrastructures modernes et des techniques de production plus performantes. Cette transformation nécessite naturellement des ressources financières plus importantes. En outre, l’intérêt croissant pour les activités à forte valeur ajoutée, telles que la transformation des produits agricoles ou les filières exportatrices, contribue également à augmenter le coût moyen des projets.
Une baisse du nombre de projets approuvés
Si la valeur des investissements progresse, le nombre d’opérations approuvées a en revanche enregistré une baisse de 7% par rapport à l’année précédente. Cette diminution peut s’expliquer par plusieurs éléments liés au contexte économique et financier. L’accès au financement reste l’un des principaux obstacles rencontrés par les porteurs de projets agricoles, en particulier les jeunes entrepreneurs et les petits exploitants.
La hausse des coûts des intrants agricoles, l’augmentation du prix des équipements et l’incertitude liée aux conditions climatiques peuvent également freiner certaines initiatives d’investissement. Dans ce contexte, les projets qui parviennent à obtenir l’approbation des autorités sont souvent ceux qui disposent d’un financement solide et d’une structure économique plus robuste.
Investissements déclarés en recul
Les données de l’APIA révèlent également une baisse du nombre d’investissements déclarés au cours de l’année 2025. Au total, 9.343 projets ont été enregistrés, contre 10.777 projets en 2024, soit une diminution de 13%. Ce recul pourrait refléter une certaine prudence de la part des investisseurs, dans un environnement marqué par des défis économiques et climatiques. La variabilité des ressources hydriques, la pression sur les coûts de production et les fluctuations des marchés agricoles peuvent inciter certains porteurs de projets à retarder ou à revoir leurs plans d’investissement.
Toutefois, cette baisse du nombre de déclarations ne signifie pas nécessairement un désengagement du secteur agricole. Elle peut aussi indiquer une évolution vers des projets plus structurés et mieux préparés.
Un secteur stratégique pour l’économie nationale
L’agriculture occupe une place essentielle dans l’économie tunisienne. Elle contribue de manière significative à la sécurité alimentaire du pays, à la création d’emplois dans les régions rurales et aux exportations. Les investissements dans ce secteur jouent donc un rôle déterminant pour améliorer la productivité, moderniser les infrastructures et renforcer la résilience face aux changements climatiques. Les autorités publiques encouragent depuis plusieurs années le développement de projets agricoles à travers des mécanismes d’accompagnement, des incitations financières et des programmes de soutien à l’investissement. L’APIA joue un rôle central dans ce dispositif, en facilitant la création de projets et en accompagnant les investisseurs dans leurs démarches administratives et techniques.
Vers une agriculture plus moderne
La tendance observée en 2025 pourrait refléter une transformation progressive du modèle agricole tunisien. Les investissements semblent se concentrer davantage sur des projets de taille plus importante, intégrant des technologies modernes et visant une meilleure compétitivité. Cette évolution pourrait contribuer à améliorer la productivité du secteur et à renforcer sa capacité d’adaptation face aux défis futurs, notamment la raréfaction des ressources en eau et la volatilité des marchés agricoles. Toutefois, les experts soulignent l’importance de maintenir un équilibre entre les grands projets d’investissement et le soutien aux petites exploitations, qui représentent une part importante du tissu agricole national.
Des perspectives à consolider
Malgré les difficultés rencontrées par certains investisseurs, les chiffres publiés par l’APIA montrent que l’agriculture continue de susciter un intérêt réel en Tunisie. La hausse de la valeur des investissements approuvés constitue un signal encourageant pour l’avenir du secteur. Pour consolider cette dynamique, plusieurs leviers pourraient être renforcés, notamment l’accès au financement, l’accompagnement technique des porteurs de projets et l’amélioration des infrastructures agricoles.
Dans un contexte où la sécurité alimentaire et la durabilité des systèmes agricoles deviennent des priorités stratégiques, l’investissement dans l’agriculture reste un enjeu majeur pour le développement économique et social du pays.
Leila SELMI
