Le grandiose et ambitieux projet d’extension de l’aéroport de Carthage, décidé par l’Etat, servira, surtout, à préparer l’avenir du secteur touristique. Face à la forte reprise des arrivées touristiques, avec un record de plus de 11 millions de touristes enregistré en 2025, les autorités ont opté pour ce projet au moment où les avis diffèrent entre une telle extension ou la construction d’un nouvel aéroport, plus grand et plus moderne.
Les autorités ont ainsi choisi de privilégier l’extension de Tunis-Carthage plutôt que la construction d’un nouvel aéroport. Tout un chacun sait que l’aéroport, dans sa version actuelle, est fortement dépassé par les événements et n’offre plus le minimum des services requis et disponibles dans les autres aéroports à travers le monde.
Selon les initiateurs de ce projet, l’objectif derrière cet agrandissement est d’accompagner la croissance du trafic aérien pour soutenir le tourisme, un secteur stratégique pour l’économie nationale. Ainsi, la modernisation de l’aéroport international de Tunis-Carthage s’inscrit dans une stratégie de renforcement des infrastructures face à la hausse du nombre de visiteurs.
D’après ces mêmes sources, l’investissement d’environ 3 milliards de dinars, doit permettre de porter la capacité annuelle de l’aéroport à 18,5 millions de passagers d’ici 2031, contre environ 5 millions actuellement. Le schéma retenu est celui d’une extension des infrastructures existantes avec la réalisation d’un nouveau terminal d’une capacité de 11,5 millions de passagers, en plus de la rénovation de l’actuel terminal pour porter sa capacité à 7 millions de passagers.
Ce projet d’envergure figure dans le budget d’investissement 2026 de l’Office de l’aviation civile et des aéroports (OACA), organisme public chargé de la gestion des principales infrastructures aéroportuaires de Tunisie.
Un choix économique
La décision, annoncée officiellement ces derniers jours en conseil des ministres a clarifié une fois pour toutes les grandes orientations de l’Etat pour ce qui concerne le futur de l’aéroport Tunis-Carthage, première porte d’entrée dans le pays par voie aérienne avec 60% du trafic tous aéroports confondus. A présent, tout est clair : il n’y aura donc pas de nouvel aéroport à construire comme cela avait été évoqué ces dernières années, de même que l’option de délocalisation vers l’aéroport international d’Enfidha-Hammamet n’est de toute évidence plus à l’ordre du jour alors qu’elle faisait partie des solutions possibles pour l’avenir.
Ce qui est certain, c’est que l’actuel aéroport n’est plus capable d’offrir les services requis. L’infrastructure d’aujourd’hui ne peut plus lui permettre d’assurer le minimum de disponibilité et de confort pour les voyageurs et il va falloir passer à l’action pour trouver l’alternative la plus avantageuse.
Finalement, le gouvernement a opté pour une solution qui prenne en compte les considérations financières du pays. Ce choix repose essentiellement sur des considérations financières et des impératifs de rationalisation des dépenses publiques. L’extension apparaît comme la solution la moins coûteuse à court terme.
Cette orientation qui, si elle répond de toute évidence à une logique budgétaire évidente, n’a pas manqué de susciter quelques interrogations de la part de certains experts ou structures liées au trafic prévu dans le nouvel aéroport.
Ainsi, l’expert économique Maher Guida ne manque pas de critiquer ce projet, soulignant plusieurs risques et limites liés à ce plan. En dépit de sa rentabilité financière prévue, l’expert explique qu’une réflexion plus approfondie permettra de mieux gérer ce projet. Selon lui, l’extension pourrait entraîner la gestion de 18 millions de passagers dans une zone urbaine déjà dense, avec environ 205 avions qui atterrissent quotidiennement. Cette intensification du trafic aérien risque d’accentuer la pollution sonore pour les habitants de La Soukra et les zones environnantes. Il estime, également, que l’infrastructure actuelle, notamment les deux pistes d’atterrissage, n’est pas suffisante pour absorber une telle augmentation du trafic. De même, il pense que maintenir un aéroport de cette taille au sein d’une agglomération urbaine est très coûteux, notamment en matière d’assurances et de sécurité, et que le manque d’infrastructures complémentaires comme les hôtels ou les zones commerciales rend le projet encore plus complexe.
Des suggestions à prendre en considération
Du côté des professionnels du tourisme, le projet tombe à pic pour mettre fin aux carences actuelles à l’aéroport de Tunis-Carthage. Toutefois, ils déplorent l’absence de consultation élargie des acteurs du tourisme et du voyage. Les professionnels du secteur, en première ligne avec leurs partenaires internationaux et leurs clients, disposent pourtant d’une lecture fine des tendances du marché, des attentes des compagnies aériennes et de l’évolution des flux touristiques. Leur expertise aurait pu, objectivement, enrichir le débat stratégique autour d’une consultation appelée à fixer les enjeux de compétitivité de la destination Tunisie.
Un autre point majeur est passé, quasiment, sous silence, s’agissant de l’impact sur les habitants de Tunis et des zones limitrophes. Les quartiers des Berges du Lac, de La Soukra ou encore de l’Ariana, situés dans le périmètre aéroportuaire et sous les axes de servitude aéronautique (couloirs d’approche et de décollage), pourraient voir les nuisances sonores s’intensifier proportionnellement à l’augmentation du mouvement des avions.
C’est dire que l’extension de l’aéroport Tunis-Carthage, qui vient répondre positivement aux multiples appels à trouver une alternative à la situation actuelle, constitue indéniablement un choix structurant pour l’avenir du transport aérien tunisien et un pas en avant pour illustrer les progrès et l’ouverture du pays, à travers sa première vitrine, aux nouveautés et au modernisme. Toutefois, un aéroport n’est pas seulement une infrastructure ou une plus grande capacité d’accueil. C’est un outil stratégique au service du pays, de son économie et de ses citoyens.
Kamel ZAIEM
