Chaque année, le 20 mars, pendant que nous fêtons notre indépendance, la Francophonie fête sa Journée internationale. En attendant, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a publié, le 16 mars, la nouvelle édition de son rapport quadriennal «La langue française dans le monde». Une édition où il est indiqué qu’à Tunis, on observe une baisse traduisant la fragilité du rôle du français face à l’arabe dialectal et à l’anglais, qui impose une reconfiguration des langues en présence.
La nouvelle édition du rapport quadriennal «La langue française dans le monde» de l’OIF, lancée officiellement le 16 mars 2026 à Québec (Canada), se veut contribuer à nourrir la réflexion collective sur l’avenir du français, notamment en présentant les plus récents constats sur l’évolution de la langue française à l’échelle internationale.
Publié par l’Observatoire de la langue française de l’OIF, le rapport propose une analyse approfondie des usages du français et de sa progression selon les contextes sociolinguistiques. Il actualise les données de référence pour mesurer la vitalité de la langue française dans ses dimensions démographique, économique, éducative, culturelle et numérique.
Parmi les faits saillants indiqués par l’OIF, il est mentionné que le français est la 4e langue la plus parlée dans le monde (après l’anglais, le mandarin et l’espagnol) avec 396 millions de locuteurs, la 2e langue étrangère la plus apprise dans le monde, avec près de 170 millions d’apprenants, la 3e langue de l’économie et des affaires et représente un atout dans l’établissement de liens d’affaires, la 4e langue sur Internet, et 65% des locuteurs francophones sont en Afrique : sur la base des tendances actuelles, le français devrait être parlé par 590 millions de personnes en 2050, dont 9 sur 10 vivront en Afrique.
53% de Tunisiens francophones
Selon les estimations, durant la période 2010-2025, près de 76 millions de francophones se sont ajoutés à la planète «Naître et vivre aussi en français». Le continent africain aurait contribué à 92% de cette croissance sur quinze ans ; une augmentation de 8,5 millions pour les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc et le nôtre) et de 61 millions pour l’Afrique subsaharienne.
Dans le rapport, il est indiqué qu’en 2025, notre pays comptait plus de 6,5 millions de francophones, soit 53% de la population. Et les taux moyens de maîtrise des quatre compétences en français, entre 2015 et 2024, était de 71% en expression orale, 66% en compréhension orale, 73% en lecture, et 73% en écriture.
Cependant, il est signalé qu’il existe une baisse qui traduit la fragilité du rôle du français dans des environnements plurilingues, comme à Tunis. Ceci serait dû au fait que, chez nous, l’arabe dialectal et l’anglais imposent une reconfiguration des langues en présence.
Toujours est-il qu’en 2024, au niveau de la coopération éducative en langue française, il y avait 16.455 apprenants dans les instituts français dans notre pays, qui se place, ainsi, troisième après le Maroc et l’Allemagne.
La même année, 8.941 candidats, sur les 758.497, étaient inscrits au diplôme d’études en langue française, au diplôme approfondi de langue française et au test de connaissance en français.
D’autre part, le rapport rappelle que les États généraux du livre en langue française et le Congrès des écrivains de langue française se sont tenus, en septembre 2021, dans nos murs, insistant sur le fait que le congrès était le tout premier du genre dans l’espace francophone et a réuni une trentaine d’auteurs issus des cinq continents -même si pour l’OIF, ce nombre était insuffisant au regard de cet espace), et ce, pour interroger l’avenir de la Francophonie.
Une plateforme numérique de collecte
Le rapport mentionne également la Déclaration sur la langue française dans la diversité linguistique de la Francophonie, adoptée lors du XVIIIe Sommet de la Francophonie à Djerba, en novembre 2022. Cette Déclaration comporte 31 articles couvrant quatre domaines, à savoir l’éducation et la formation, les organisations internationales, l’économie, le numérique, l’innovation et les sciences, ainsi que la culture, les médias et la communication.
En parallèle au rapport, le 16 mars, l’Observatoire de la langue française a, officiellement, lancé sa plateforme numérique, se voulant un nouvel outil stratégique pour l’analyse et la valorisation des données francophones à l’échelle mondiale.
Cette plateforme constitue un outil innovant destiné à collecter, centraliser, analyser et mettre à disposition des instances de l’OIF, des Etats et gouvernements membres, des acteurs de la Charte et de la société civile, les informations relatives à l’usage et à la place du français à l’échelle mondiale, s’inscrivant, ainsi, dans une démarche de modernisation des méthodes de collecte et d’exploitation des données de l’Observatoire, ce dernier centralisant, depuis environ deux décennies, des informations provenant des États et gouvernements membres, des instituts de statistique, d’universités, d’organismes de recherche et de partenaires internationaux.
Zouhour HARBAOUI
