À l’instar des autres pays du monde, la Tunisie a célébré, le 22 mars 2026, la Journée mondiale de l’eau, dans un contexte marqué par des défis hydriques croissants. En effet, la problématique de l’eau en Tunisie s’inscrit à la croisée de plusieurs facteurs déterminants. Elle est d’abord liée à des contraintes naturelles, notamment aux effets du changement climatique et à l’accentuation du stress hydrique, une réalité qui dépasse les frontières nationales pour relever d’un enjeu mondial.
Cependant, au-delà de ces facteurs environnementaux, la question de l’eau renvoie également à des dimensions structurelles et juridiques. Elle met en lumière la nécessité d’un cadre réglementaire adapté, capable d’assurer une gestion durable et rationnelle de cette ressource vitale. Dans ce contexte, la révision du Code des eaux apparaît comme un enjeu majeur, voire incontournable, pour accompagner les mutations actuelles et répondre efficacement aux impératifs de préservation et de gouvernance de l’eau.
«La révision du Code des eaux s’impose aujourd’hui comme un levier central pour répondre aux défis hydriques auxquels fait face la Tunisie. Ce texte constitue l’un des principaux outils capables de structurer la gestion des ressources en eau, qu’il s’agisse des eaux d’irrigation, de la classification des zones hydriques (zones rouges et vertes) ou encore, de l’identification des sites stratégiques», a affirmé le président de la Commission de l’agriculture à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), Hassen Jarboui.
Dans une déclaration au journal Le Temps, le député a rappelé que la Tunisie continue de s’appuyer sur un cadre juridique datant des années 1960, désormais inadapté aux réalités actuelles. «D’où la nécessité d’engager une réforme en profondeur, fondée sur une approche intégrée, inscrite dans le cadre d’un véritable projet national», a-t-il précisé.
Dans le même ordre d’idées, il a souligné que des efforts de coordination ont été engagés avec plusieurs administrations concernées, notamment au sein du ministère de l’Agriculture, afin de faire avancer ce dossier. Parallèlement, la fonction législative tente d’apporter des réponses concrètes à certaines problématiques urgentes, à l’instar de la question des puits anarchiques, abordée dans le cadre de la loi de Finances 2025.
Hassen Jarboui : «Le Code des eaux actuel est inadapté aux réalités de la Tunisie»
«La Commission de l’agriculture a effectué des visites de terrain, notamment dans la région de Kébili, où elle a constaté un gaspillage alarmant des ressources en eau. Une réunion tenue il y a trois semaines avec les directions générales concernées a permis de débattre en profondeur de la crise hydrique en Tunisie, en mettant un accent particulier sur la prolifération des puits illégaux», a-t-il révélé.
«Plusieurs responsables ont indiqué que le projet de Code des eaux est actuellement au niveau de l’Exécutif, après avoir fait l’objet de consultations avec les différents ministères et parties prenantes», a-t-il ajouté.
Le député a également rappelé que la réforme du Code des eaux n’est pas un sujet nouveau. Elle est débattue depuis plusieurs années, dans un contexte marqué par une aggravation continue du stress hydrique. La Tunisie est aujourd’hui classée parmi les pays en situation de pénurie d’eau, ce qui rend impératif un changement de paradigme dans la gestion de cette ressource vitale.
Il a toutefois expliqué que la problématique est d’autant plus pressante que les infrastructures hydrauliques, notamment les barrages construits depuis les années 1960, montrent leurs limites face aux évolutions climatiques et à la demande croissante. «À titre de comparaison, certains pays, comme le Brésil, bénéficient de précipitations annuelles dépassant les 700 mm et disposent de millions de réserves d’eau, optimisant ainsi chaque goutte de pluie. À l’inverse, en Tunisie, une part importante des eaux pluviales continue de se déverser en mer, faute de mécanismes efficaces de stockage et de valorisation», a-t-il indiqué.
La Tunisie exploite 133% de ses ressources en eau
«Malgré les importantes précipitations enregistrées en Tunisie au cours des derniers mois, la situation hydrique demeure préoccupante. Le pays continue de faire face à un stress hydrique aigu», a souligné le président de l’Association Eau et Développement (AED), Mohamed Lotfi Nacef.
Dans une déclaration à la Radio nationale, il a révélé que la Tunisie exploite actuellement près de 133% de ses ressources en eau, un niveau largement au-dessus du seuil de durabilité.
Il a également précisé que, malgré une saison relativement pluvieuse, le taux de remplissage des barrages ne dépasse pas 54%. «Si ce niveau peut être jugé acceptable, il reste néanmoins insuffisant, d’autant que le principal ouvrage hydraulique du pays, le barrage de Sidi Salem, affiche un taux inférieur à cette moyenne», a-t-il affirmé.
Eau et sécurité alimentaire : les alertes de la Banque mondiale et de l’ONU
Dans ce contexte, les constats dressés à l’échelle internationale viennent renforcer les inquiétudes. À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, la Banque mondiale a publié un rapport intitulé «Nourrir et prospérer : des solutions hydriques pour nourrir 10 milliards de personnes sur une planète vivable».
Ce document met en évidence les déséquilibres profonds dans la gestion de l’eau agricole à travers le monde, marquée à la fois par une surexploitation dans les régions en stress hydrique et une sous-utilisation dans les zones plus riches en ressources. Selon le rapport, les pratiques actuelles ne permettent de soutenir durablement la production alimentaire que pour moins de la moitié de la population mondiale, alors même que la planète comptera près de 10 milliards d’habitants à l’horizon 2050.
Par ailleurs, le rapport des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, intitulé «L’eau en partage : une égalité des droits et des accès», met en lumière l’ampleur des défis. «En 2024, quelque 2,1 milliards de personnes n’avaient toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. À cela s’ajoutent 3,4 milliards de personnes privées de services d’assainissement sûrs et 1,7 milliard ne disposant pas de services d’hygiène de base à domicile», précise le document.
Nouha MAINSI
