En 2025, le nombre de voitures commercialisées en Tunisie a atteint 93.095 véhicules, contre 79.369 véhicules en 2024, soit une hausse de près de 17,3%. C’est dire que le marché automobile bouge, mais il fait face à quelques difficultés et à des aléas et des considérations économiques à prendre en compte. Actuellement, le marché devient fortement influencé par les marques chinoises qui prennent les premières places malgré la «résistance» des marques européennes…
Les chiffres de l’année 2025 sont marquants. Le nombre de voitures commercialisées en Tunisie a atteint 93.095 véhicules, contre 79.369 véhicules en 2024, soit une hausse de près de 17,3%, selon les données fournies par la Chambre syndicale nationale des concessionnaires et constructeurs automobiles, relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).
Sur les 93.095 véhicules vendus, 63.903 ont été commercialisés par des concessionnaires agréés, contre 57.137 en 2024, ce qui représente une augmentation de 11,8% pour ce segment.
Parallèlement, 29.192 véhicules ont été vendus sur le marché parallèle (c’est-à-dire en dehors des circuits officiels), contre 22.232 en 2024, enregistrant ainsi une croissance de 31,3%.
Le marché parallèle comprend notamment un grand nombre de magasins de vente de voitures neuves en tant qu’investissements privés, les marchés de voitures d’occasion, ainsi que les ventes bénéficiant du système des franchises fiscales pour les Tunisiens résidant à l’étranger (FCR) à l’occasion de leur retour définitif. La part du marché parallèle dans les ventes totales a ainsi augmenté, passant de 28% en 2024 à 31% en 2025, toujours d’après la chambre.
Les marques asiatiques dominent le marché
Parmi les ventes réalisées par les concessionnaires agréés, les statistiques ont révélé que les marques asiatiques, de plus en plus disponibles, ont accaparé le marché, tandis que les sept premières positions ne comptent qu’une seule marque européenne.
La première place revient à une marque sud-coréenne, avec 7.056 voitures vendues en 2025 contre 5.517 en 2024, soit une progression de 28%. Une autre marque sud-coréenne occupe la deuxième place avec 6.203 véhicules vendus contre 6.777 en 2024.
Une marque française arrive en troisième position, avec 4.715 véhicules vendus contre 3.176 en 2024, soit une forte progression de 48,4%.
En ce qui concerne les véhicules commerciaux, les ventes ont atteint 16.887 unités en 2025 contre 14.787 en 2024, soit une hausse de 14%.
Contrairement aux ventes globales dominées par les marques asiatiques, les véhicules commerciaux sont largement dominés par les marques européennes, dont quatre figurent parmi les cinq premières positions.
S’agissant des voitures populaires, elles ont connu un succès notable en 2025, après un relatif ralentissement ces dernières années. Ainsi, 9.138 unités ont été vendues par les concessionnaires agréés contre 6.688 en 2024. Pour la première fois depuis plusieurs années, le chiffre de 9.000 véhicules populaires vendus a été dépassé.
Huit concessionnaires ont vendu ce type de voitures, avec une marque chinoise en tête, ayant écoulé 2.032 véhicules populaires contre 1.000 l’année précédente. Les prix moyens variaient de 26.790 à 35.433 dinars.
Les voitures électriques peinent à décoller
De plus en plus appréciées hors de nos frontières, les voitures électriques continuent de rencontrer des difficultés sur le marché tunisien. En effet, seulement 539 unités ont été vendues sur le marché tunisien en 2025, traduisant un intérêt encore limité pour ce segment, très populaire pourtant, à l’échelle mondiale. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ces difficultés, comme l’absence des bornes de recharge dans la plupart des régions, ainsi que le manque d’informations à propos des performances de telles voitures.
Une marque chinoise a dominé ce marché avec 178 voitures électriques vendues sur l’année. Selon la chambre, le faible nombre de ventes s’explique principalement par la cherté de ces véhicules, dans la mesure où le prix le plus bas se situe entre 80.000 et 90.000 dinars, tandis que le plus élevé dépasse 300.000 dinars, rendant ces véhicules inaccessibles pour une large frange de la population tunisienne.
Certes, le gouvernement avait déjà introduit en 2024 des mesures fiscales visant à réduire la TVA et à ajuster les droits de consommation, mais elles se sont révélées insuffisantes. De nouvelles mesures importantes ont été annoncées dans la loi de Finances 2026 pour encourager l’achat de voitures électriques par les Tunisiens.
Quelles perspectives pour l’année en cours ?
Le marché automobile affiche, en ce début 2026, une dynamique positive avec une hausse des ventes de 7,54% (8.880 véhicules) sur janvier-février.
D’ailleurs, dans le cadre de l’événement «Les Victoires de l’Automobile», référence annuelle du secteur, les résultats d’une vaste enquête nationale intitulée «L’Observatoire de l’Automobile 2026» viennent d’être dévoilés. Cette enquête a été menée afin de décrypter les évolutions, tendances et perspectives du marché automobile tunisien.
Les résultats révèlent un marché encore largement dominé par les véhicules thermiques, tout en mettant en évidence une prise de conscience croissante autour des enjeux liés à l’électromobilité, conditionnée par le développement des infrastructures, le coût d’acquisition et les incitations publiques. L’étude met également en lumière le poids du prix d’achat, du coût d’entretien et de la fiabilité dans la décision des consommateurs.
L’enquête révèle que 55% des répondants affichent une faible intention d’achat de véhicule dans les 12 prochains mois, contre 32% une intention modérée et 13% une intention forte.
Cette prudence traduit un contexte économique contraint, mais l’existence d’un socle de 45% de consommateurs potentiellement acheteurs confirme la persistance d’une demande latente.
Par ailleurs, l’arbitrage entre véhicules neufs (52%) et d’occasion (48%) souligne un marché relativement équilibré, fortement influencé par le pouvoir d’achat. Le prix d’achat demeure le critère dominant (44,7%), suivi par la consommation de carburant (29,5%) et le design (19,9%).
Le coût d’entretien constitue également un facteur structurant, pris en compte par 82% des répondants, un taux qui atteint près de 88% chez certaines catégories budgétaires.
Ces résultats confirment que la décision d’achat repose avant tout sur une logique de coût global de possession, plus que sur l’innovation technologique seule. De même, les préférences en matière de motorisation restent largement en faveur du véhicule thermique, envisagé par 86,6% des personnes interrogées.
Ce qui est certain, c’est que le secteur reste très dépendant du pouvoir d’achat et des quotas d’importation, rendant le marché de l’occasion et celui du parallèle très attractifs.
Kamel ZAIEM
