Dans un contexte mondial en profonde mutation, marqué à la fois par des tensions sur les ressources énergétiques et par des enjeux climatiques croissants, les priorités stratégiques des États connaissent une évolution significative. Ainsi, la transition vers des modèles énergétiques plus durables s’impose désormais comme une nécessité incontournable. Les énergies renouvelables, longtemps perçues comme une simple alternative, s’érigent aujourd’hui en pilier central des politiques énergétiques, portées par l’impératif de renforcer la sécurité énergétique et de répondre aux exigences du développement durable.
«Les efforts se poursuivent à un rythme soutenu afin d’accélérer la réalisation des grands projets dans le secteur des énergies renouvelables», a affirmé le secrétaire d’État auprès de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane. Intervenant lors de la sixième édition des Journées scientifiques et techniques de l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières (ETAP), le secrétaire d’État a souligné que l’État œuvre activement à attirer davantage d’investissements dans le secteur des hydrocarbures. Toutefois, il a précisé que l’atteinte de ces objectifs passe nécessairement par la mise en œuvre d’actions de promotion et de marketing ciblées, susceptibles d’accélérer le lancement de nouveaux projets. «En effet, cette orientation stratégique vise non seulement à réduire le déficit énergétique, mais également à renforcer l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique national», a-t-il insisté. Par ailleurs, dans le cadre d’une approche globale visant à consolider la sécurité énergétique du pays, le responsable a révélé que deux centrales de production d’électricité à partir de l’énergie solaire photovoltaïque, implantées dans les gouvernorats de Tozeur et de Sidi Bouzid, sont récemment entrées en exploitation, avec une capacité de 50 mégawatts chacune. Il a également ajouté que la centrale photovoltaïque de Kairouan, d’une capacité de 100 mégawatts, est en service depuis décembre 2025.
Belhassen Chiboub : «La transition énergétique, seule issue pour combler le déficit»
L’accélération des efforts en faveur d’un modèle énergétique fondé sur les énergies renouvelables et garantissant une meilleure sécurité énergétique a été ainsi réaffirmée par le directeur général de l'Électricité et de la Transition énergétique au ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, Belhassen Chiboub. Dans une déclaration accordée à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), le responsable a souligné que la Tunisie ne dispose aujourd’hui d’aucune alternative en dehors de son engagement résolu dans le processus de transition énergétique, notamment pour résorber un déficit du bilan énergétique ayant avoisiné les 65% en 2025. Il a insisté sur le caractère impératif de cette orientation, essentielle pour garantir la sécurité énergétique et soutenir une croissance économique durable, tout en appelant à une mobilisation générale des institutions étatiques et des citoyens pour soutenir la transition énergétique et contribuer à l'indépendance énergétique du pays. Le directeur général de l'Électricité et de la Transition énergétique a expliqué que l’extension de la production d’électricité à partir des énergies renouvelables constitue un levier stratégique pour réduire les importations d’énergie. Une telle dynamique permettrait, selon lui, d’alléger la pression sur les réserves en devises et d’améliorer, par conséquent, la balance commerciale du pays. Par ailleurs, le responsable a mis en avant les dimensions environnementales et sociales de la transition énergétique. «Celle-ci contribue, d’une part, à la réduction des émissions de carbone et, d’autre part, à la création de nouvelles opportunités d’emploi, en particulier dans les régions de l’intérieur», a-t-il souligné. Évoquant les fondements de la transition énergétique, Belhassen Chiboub a précisé qu’elle repose, en Tunisie, sur deux piliers essentiels, à savoir le développement de la production d’électricité à partir des énergies renouvelables et la maîtrise de la consommation énergétique.
Mix électrique : à 94% dépendant du gaz naturel et à 6% des énergies renouvelables
Les dernières statistiques relatives à la conjoncture du secteur, publiées par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie pour le mois de janvier 2026, font état d’une évolution de certains indicateurs clés. En effet, le déficit de la balance commerciale énergétique s’est établi à 945 MDT en janvier 2026, contre 1 123 MDT à la même période de l’année précédente, enregistrant ainsi une baisse significative de 16%. Cette évolution s’explique, dans une large mesure, par une dynamique favorable des échanges extérieurs. D’une part, les exportations de produits énergétiques ont connu une progression remarquable de 62% en valeur, de l’autre, les importations ont reculé de 5%, et ce, en tenant compte de la redevance relative au gaz algérien exporté. Parallèlement, et en dépit des efforts engagés en matière de transition énergétique, la contribution des énergies renouvelables à la production d’électricité demeure encore limitée. Elle s’élève à 6%, répartie entre 4,91% pour le solaire, 0,9% pour l’éolien et 0,07% pour l’hydraulique. Dans ce contexte, le gaz naturel continue de dominer largement le mix énergétique national, assurant à lui seul près de 94% de la production d’électricité. S’agissant de la production nationale, elle a enregistré une progression appréciable de 7% en janvier 2026, pour atteindre 1 600 GWh, incluant l’autoproduction d’origine renouvelable, contre 1 500 GWh une année auparavant. Dans le même ordre d’idées, le document précise que les achats d’électricité, principalement en provenance de l’Algérie, ont permis de couvrir environ 8% des besoins du marché local durant la période considérée. Ainsi, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) conserve une position dominante, concentrant à elle seule 94% de la production nationale d’électricité en janvier 2026.
Une dynamique qui s’accélère
Dans un autre registre, le développement des énergies renouvelables se poursuit à un rythme soutenu. En 2025, près de 422 MW de capacités photovoltaïques ont été installées sur les toitures du secteur résidentiel. À cela s’ajoutent 113 MW raccordés aux réseaux de moyenne et haute tension, au profit des secteurs industriel, tertiaire et agricole. L’état d’avancement des grands projets se précise progressivement. À titre d’exemple, le projet de Gafsa, d’une capacité de 100 MW, a franchi une étape décisive avec la signature de son accord le 8 mai 2024, pour une mise en service prévue à l’horizon 2027. Dans la même dynamique, trois autres projets, d’une puissance unitaire de 100 MW, ont été attribués à des opérateurs internationaux. Les accords correspondants ont été signés le 24 mars 2025, avec une entrée en exploitation également programmée pour 2027.
Nouha MAINSI
