L’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie (ANME) a annoncé le lancement d’un projet pilote dédié à la valorisation des déchets sous forme de combustibles dérivés des déchets (RDF). «Cette initiative s’inscrit dans une dynamique visant à réduire la dépendance aux énergies conventionnelles, tout en générant des retombées à la fois environnementales et économiques», a affirmé l’ANME.
Présenté lors d’une séance de travail tenue le mardi 14 avril 2026, dans le cadre du soutien à la transition énergétique ainsi que du renforcement de l’efficacité énergétique dans le secteur industriel, ce projet est mené en collaboration avec l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGED).
Il vise à valoriser 10.000 tonnes de déchets textiles afin de produire un combustible alternatif, contribuant ainsi à la réduction de la consommation d’énergies conventionnelles et à la réalisation de gains significatifs sur les plans environnemental et économique. «Les résultats de ce projet pilote serviront de base à l’élaboration du cadre réglementaire régissant cette activité en Tunisie», a indiqué l’ANME.
En effet, selon une étude cartographique des déchets commandée par l’Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel (ONUDI), plus de 31.000 tonnes de déchets textiles pré-consommation sont générées chaque année en Tunisie. «Une part importante de ces volumes provient notamment des chutes de coupe, de la surproduction de vêtements, ainsi que des articles de seconde qualité», a souligné le document.
Djerba : lancement d’un prototype de conversion des déchets organiques en bioénergie
Au-delà du projet de valorisation des déchets textiles, la gestion et la valorisation des déchets, de manière plus globale, s’imposent aujourd’hui comme une priorité stratégique des pouvoirs publics. Dans cette dynamique, les initiatives se multiplient afin d’inscrire durablement le pays dans une logique d’économie circulaire.
«L’ANME relance actuellement des projets de valorisation énergétique des déchets afin de produire de l’électricité», a révélé le directeur de l’énergie éolienne et de la biomasse à l’ANME, Imed Landolsi.
Dans une déclaration accordée à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), il a indiqué que ce processus permet de transformer les déchets en engrais organiques et en biogaz, lequel est ensuite converti en électricité. «Ce projet est mis en œuvre dans la ville de Djerba», a-t-il ajouté.
Le responsable a souligné que l’énergie ainsi produite est injectée dans le réseau de la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG), contribuant directement à l’approvisionnement électrique de la région.
Ce projet, basé sur la transformation des déchets en engrais organiques et en biogaz, a été officiellement lancé le 16 janvier 2026. À cette occasion, l’ANME a annoncé le démarrage des travaux du premier prototype d’une unité de conversion des déchets organiques en bioénergie, implantée à Djerba.
Selon l’ANME, ce projet poursuit plusieurs objectifs stratégiques, notamment la production d’électricité renouvelable, la réduction des émissions de carbone, la valorisation des déchets organiques, ainsi que la mise en place d’une unité pilote susceptible d’être généralisée à l’échelle nationale.
«Ce projet est mis en œuvre par l’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie et l’Agence Nationale de Gestion des Déchets, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement et avec le soutien des gouvernements japonais et italien», a-t-elle certifié.
Industrie cimentière : les déchets deviennent une source d’énergie
S’inscrivant dans la même logique de valorisation énergétique des déchets, le ministère de l’Environnement a organisé, le mercredi 15 avril 2026, une table ronde réunissant les propriétaires et dirigeants de cimenteries en Tunisie.
«L’objectif est de promouvoir la valorisation des déchets ménagers en combustibles alternatifs destinés à être utilisés comme source d’énergie thermique», a précisé le ministère.
À travers cette démarche, les autorités entendent, d’une part, réduire la dépendance aux importations de coke de pétrole et, d’autre part, limiter les volumes de déchets dirigés vers les décharges. Plus encore, il s’agit de poser les bases d’un nouveau modèle économique fondé sur la transformation des déchets non dangereux en ressources énergétiques, notamment au profit de l’industrie cimentière.
Dans ce sillage, les acteurs du secteur ont exprimé leur soutien à ce programme ainsi que leur disposition à recourir au combustible alternatif.
Par ailleurs, et en complément de cette stratégie, l’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie (ANME), lors d’une réunion avec les représentants de la Société des Ciments de Jebel Oust (CJO), a présenté les résultats du projet de récupération de chaleur fatale (WHR/ORC). L’ANME a révélé que ce dispositif a permis de produire environ 8 MW d’électricité, couvrant près de 30% des besoins de l’usine.
«Cette expérience constitue un modèle réussi. Sur cette base, une étude globale d’audit énergétique et des émissions de dioxyde de carbone a été lancée, accompagnée de l’élaboration d’un programme visant à généraliser cette technologie à l’ensemble du secteur cimentier, avec des efforts en cours pour mobiliser les financements nécessaires», a-t-elle soutenu.
Nouha MAINSI
