Le chômage structurel en Tunisie et en particulier chez les jeunes et hauts diplômés, constitue un problème économique et social majeur qui alimente une dynamique de migration qualifiée. Cette situation, avec un taux global qui dépasse les 15%, a des répercussions importantes, et pas seulement à long terme, menaçant la compétitivité de l’économie et sapant les perspectives de développement durable du pays. Que dire alors lorsque l’Intelligence artificielle commencera à se généraliser avec des métiers qui risquent même de s’en ressentir nettement pour ne pas dire disparaître ?
Le taux de chômage en Tunisie, qui dépasse les 15% en 2025 avec des pics avoisinant les 30%, surtout chez les jeunes et haut diplômés, est l’un des indicateurs les plus inquiétants de l’économie nationale. Il s’agit d’un taux qui fait paraître une profonde inadéquation entre le marché du travail et les horizons du système éducatif et de ses orientations.
Il faut dire que les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi dans un marché déjà saturé et caractérisé par un faible dynamisme du secteur privé, ainsi que par une faible capacité d’absorption des secteurs publics et parapublics, traditionnellement pourvoyeurs d’emplois.
Restons dans le monde des chiffres pour rappeler que d’après les informations fournies par l’Institut national de la Statistique (INS), le taux de chômage des hommes s’établit à 13,6% tandis que celui des femmes est de 21,3%. Pendant ce temps, le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans est passé à 41% au second trimestre contre 39,2% au premier. Un détail qui ne rassure pas.
Quant à la répartition sectorielle des emplois, elle demeure quasiment la même que lors des années passées. La distribution des emplois par secteur met en évidence que 54% des actifs occupés se trouvent dans le secteur des services, 19% dans les industries manufacturières, 14% dans les industries non manufacturières, et enfin 13% dans l’agriculture et la pêche.
Un handicap technologique
Autre problème lié à ce haut taux de chômage et d’incompatibilité entre l’enseignement et les métiers d’avenir, celui de la migration de la main-d’œuvre qualifiée qui aggrave les pénuries dans certains secteurs critiques tels que la santé, où le départ des médecins et des infirmiers vers des marchés plus rémunérateurs n’aide pas à stabiliser les systèmes de soins de santé pour les citoyens, notamment dans les zones rurales mal servies. Ceci sans parler de l’exode plus qu’inquiétant des ingénieurs, puisque près de 46 mille de ces compétences ont déjà quitté le pays pour aller exercer ailleurs, surtout en France et en Allemagne.
Pour ces mêmes experts, la combinaison d’un taux de chômage élevé et de la migration des talents va intensifier, à court terme, la crise du marché du travail en Tunisie. Les secteurs à forte valeur ajoutée, qui dépendent d’une main-d’œuvre qualifiée, vont continuer à stagner, faute de personnel compétent pour répondre aux exigences de l’économie numérique et de l’industrie moderne. Cela risque d’entraîner une augmentation de la précarité de l’emploi, en particulier pour les jeunes sans qualifications spécifiques.
À moyen terme, l’impact de la fuite des cerveaux va entraver gravement le potentiel d’innovation de la Tunisie. L’absence d’une main-d’œuvre qualifiée capable d’adopter et d’intégrer des technologies avancées dans les processus de production va limiter la compétitivité globale du pays. La Tunisie, qui aspire à devenir un acteur régional dans des secteurs tels que les technologies de l’information, les énergies renouvelables et l’industrie manufacturière, ainsi que tous les secteurs de l’Intelligence artificielle qui est en train d’envahir le monde, verra ses ambitions contrecarrées si elle ne peut pas retenir ses talents et en produire davantage.
C’est ce qui nous amène à parler de cette fameuse Intelligence artificielle qui se fera à travers la transition numérique et la modernisation de l’économie tunisienne.
Ces métiers très vulnérables face à l’IA…
La vulnérabilité d’un métier face à l’intelligence artificielle dépend de plusieurs critères : la complexité des tâches, leur fréquence, l’interdépendance des actions et le coût d’une erreur. Plus un métier repose sur des tâches répétitives et standardisées, plus il est exposé à l’automatisation. Les secteurs administratifs et juridiques intermédiaires sont particulièrement menacés. Les assistants administratifs, les comptables auxiliaires, les gestionnaires de bases de données ou les assistants juridiques voient leurs tâches automatisées par des systèmes capables d’exécuter des processus standardisés avec une efficacité redoutable.
Le secteur bancaire et financier pourrait également être affecté. Les tâches de traitement de données, d’analyse financière ou d’octroi de crédits sont facilement automatisables. Des algorithmes sophistiqués sont déjà capables d’évaluer des risques de crédit ou d’analyser les marchés financiers à une vitesse et avec une précision que les humains ne peuvent égaler.
À l’inverse, les métiers artisanaux ou ceux nécessitant une expertise manuelle restent, pour l’instant, à l’abri. La fabrication d’un meuble sur mesure, la réparation d’un appareil électroménager ou encore la préparation de plats gastronomiques nécessitent une dextérité, une créativité et une capacité d’adaptation que les machines et les logiciels ne maîtrisent pas encore. Les professions liées à l’agriculture ou à l’environnement, où des décisions doivent être prises en temps réel face à des situations imprévues (conditions météorologiques, état des cultures), restent également hors de portée des intelligences artificielles actuelles.
C’est dire que les défis qui nous attendent ne seront guère minimes ou faciles à relever et exigeront une efficacité sans limites de notre adaptation avec les nouvelles technologies intelligentes.
Kamel ZAIEM
