Après une première phase globalement réussie, il s’agit, aujourd’hui, d’accélérer la dématérialisation des services publics en Tunisie. Pour y parvenir, le gouvernement vient d’annoncer le lancement de 192 projets numériques pour les cinq prochaines années. Pourvu que toutes les composantes de ce mégaprojet suivent convenablement…
Après le déploiement, en 2024, des premières applications de la plateforme nationale d’interopérabilité reliant cinq ministères, le gouvernement a donné son feu vert pour enclencher la deuxième phase du projet qui vise la numérisation complète des services publics en Tunisie. La bonne nouvelle vient d’être diffusée depuis Tallinn, la capitale de l’Estonie, où siège Cybernetica, l’architecte en chef du grand chantier de la numérisation des services publics en Tunisie.
Cybernetica a ainsi annoncé sur son site web la signature d’un contrat avec les ministères tunisiens des Technologies de la Communication et de l’Économie et de la Planification, lançant officiellement la Phase 2 de la Plateforme Nationale d’Interopérabilité.
Cette plateforme vise à interconnecter les systèmes informatiques des administrations et institutions publiques tunisiennes pour permettre l’échange de données en temps réel, sans que le citoyen ou l’entreprise ait à fournir plusieurs fois la même information à l’État.
Au cours de cette deuxième phase du projet qui doit s’étendre jusqu’à fin 2027, l’objectif est de faciliter l’intégration de la plateforme dans l’ensemble des ministères et de renforcer les capacités de tous les acteurs pour exploiter pleinement le potentiel de la plateforme notamment pour la création des services ciblés et personnalisés.
En tant que pilier essentiel de la gouvernance électronique, la plateforme nationale d’interopérabilité devrait favoriser le développement d’une vaste gamme de services numériques et ouvrir de nouvelles perspectives pour un impact socio-économique positif.
Renforcer les fondations de la Phase 1
La première phase du projet a consisté à interconnecter cinq ministères et institutions publiques via la plateforme UXP (Unified eXchange Platform) de Cybernetica, la même infrastructure au cœur du modèle e-Estonia. Cette phase a commencé en 2024. Son architecture décentralisée permet l’échange de données inter-systèmes en temps réel, avec chiffrement de bout en bout et authentification mutuelle, sans stockage centralisé.
Selon Moez Kamoun, l’expert associé chez PwC Tunisie, partenaire du projet, cette phase a été «un excellent exercice» qui a permis de tirer plusieurs leçons, de cartographier les silos de données de l’administration, de former les équipes locales et de lever les blocages réglementaires liés au partage interinstitutionnel. «Nous abordons la Phase 2 avec beaucoup plus de sérénité et d’engagement de la part de toutes les parties prenantes», a-t-il ajouté, ce qui est plus que réconfortant.
Une prometteuse seconde phase
Cette nouvelle étape étend la plateforme à six institutions au cœur de l’activité économique : le Registre National des Entreprises (RNE), l’Instance Tunisienne de l’Investissement (TIA), l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX), le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie.
Le déploiement est financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et le Secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO), dans le cadre de leur programme de réforme sectorielle. Les délais de parachèvement du projet sont prévus pour 2027.
Les objectifs déclarés incluent la réduction des délais et coûts des procédures administratives pour les entreprises, l’amélioration du classement de la Tunisie dans l’indice de développement du e-gouvernement des Nations unies, et la réduction du recours aux processus papier.
Le tout s’inscrit dans la stratégie «Tunisia Digital 2025» et le plan de développement 2026-2030, dans le cadre duquel le gouvernement tunisien a annoncé 192 projets de digitalisation des services publics.
Les entreprises devront disposer d’une identité numérique : Mobile ID pour les personnes physiques, DigiGo pour les personnes morales. C’est la première échéance opérationnelle publiquement communiquée dans le cadre de ce chantier, et elle concerne directement l’ensemble des entreprises tunisiennes.
D’ailleurs, on commence à récolter ce qu’on a semé depuis 2024. Le signe le plus tangible de cette dynamique vient du RNE lui-même : l’institution a annoncé sur Facebook qu’à partir du 1er juillet 2026, le dépôt de dossiers sera exclusivement électronique.
En modernisant la prestation de services et en améliorant la maturité numérique des institutions publiques, le projet ambitionne de faire évoluer les mentalités dans le secteur public pour adopter une approche centrée sur les utilisateurs professionnels et particuliers. L’objectif est d’accélérer la modernisation administrative à travers la dématérialisation complète des services publics avec 192 projets numériques annoncés pour la période 2026-2030.
Un partenaire très performant
Il y a lieu de rappeler que l’entreprise Cybernetica, qui est l’un des acteurs ayant contribué à la transformation technologique qui a fait de l’Estonie l’un des pays les plus digitalisés au monde, a parachevé en 2025, la première phase du déploiement de la plateforme nationale d’interopérabilité en Tunisie. Il était question dans un premier temps, de mettre en place la solution d’échange des données sécurisée (la plateforme Unifited eXchange Platform, UXP) dans un groupe restreint d’institutions formé de cinq ministères tunisiens.
Parallèlement à la mise en œuvre technique, Cybernetica a assuré le transfert de l’expertise nécessaire pour renforcer les compétences des différents acteurs tunisiens qui veilleront sur la bonne marche de la plateforme et son déploiement à plus grande échelle.
Il y a lieu également de souligner que les solutions développées par Cybernetica et qui constituent aujourd’hui le socle de la digitalisation des services publics en Tunisie avaient déjà été déployées dans plus de 12 pays à travers le monde, notamment en Ukraine, au Japon, au Bénin, en Namibie, au Groenland et aux Bahamas.
La balle est, à présent, dans les pieds de notre administration qui n’aura plus d’excuses pour maintenir une bureaucratie qui a fait beaucoup de mal au développement rapide du pays.
Kamel ZAIEM
