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Accueil » Malek Sassi Boughzala (coach parental) : l’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille
SOCIETE mardi, 9 juin, 2026,09:5512 Mins Read

Malek Sassi Boughzala (coach parental) : l’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille

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Si tu as déjà connu cette sensation de devenir transparente à l’arrivée de ton enfant, c’est que tu es probablement une maman. Si tu ne connais pas cette sensation, sache que beaucoup de mamans autour de toi la connaissent très bien.Lorsqu’un enfant naît, il reçoit des cadeaux, des visites et toute l’attention de son entourage. On surveille son poids, son sommeil, ses premiers sourires, ses premiers mots. On s’émerveille de chaque étape de son développement. Mais le carnet de suivi de la santé physique et mentale de la maman, quelqu’un l’a vu passer ?Car il ne s’agit pas seulement de lui préparer de la soupe, du zrir et du fenugrec ! Quoique, personnellement, je valide totalement ces pépites, mais si et seulement si l’environnement qui va avec soutient lui aussi la maman, les parents !

Parce qu’une maman n’a pas « juste eu un bébé ». Elle n’a pas juste besoin de produire du lait pour le nourrir. Une femme qui accouche d’un bébé accouche aussi de la mère qui dormait en elle. Elle accouche parfois de blessures anciennes qui refont surface. Elle enterre sur la table d’accouchement une partie de son quotidien, de ses habitudes et de ses priorités pour en faire naître d’autres. Une version d’elle-même qu’elle a à peine le temps de quitter qu’une nouvelle version est déjà en train de naître.

Et pourtant, beaucoup de femmes vont passer des mois, parfois des années, à chercher celles qu’elles étaient avant, et je ne parle pas que de la taille ! Comme si l’objectif était de retrouver l’ancienne version d’elles-mêmes. Alors que le chemin le plus sain est souvent ailleurs. Il consiste à faire le deuil  pour laisser émerger une nouvelle version, plus riche, plus profonde, plus adaptée à ses ambitions. Une version qui demande à être découverte avec patience, foi et confiance plutôt qu’avec lutte et résistance.Et elle n’est pas la seule à devoir s’adapter à cette nouvelle version d’elle-même. Son conjoint découvre une nouvelle femme, âme et corps. Son enfant, quant à lui, attend de mieux se connaître à travers le regard et la présence de parents qui se cherchent eux-mêmes en même temps.

Une nouvelle charge mentale

Certaines femmes se découvrent plus sensibles, plus inquiètes, plus fortes aussi. Elles peuvent ressentir une joie immense le matin et se sentir dépassées, coupables ou épuisées quelques heures plus tard. Cette période n’est pas seulement une transition vers des nuits plus courtes et des journées hachées. C’est aussi une transition vers une responsabilité nouvelle, une charge mentale nouvelle et une vigilance permanente. Cette charge est souvent sous-estimée par l’entourage, mais parfois aussi par la maman elle-même, simplement parce que personne n’en parle vraiment.

Alors certaines femmes regardent autour d’elles et se disent : « La honte… Je suis la seule à vivre ça. Je ne suis pas assez pour être maman, la maman de cet enfant. » Alors que non. Elles sont nombreuses. Très nombreuses.

Je pense qu’il est essentiel de mettre des mots sur ce vécu et de le reconnaître. D’abord pour permettre à la maman de le reconnaître en elle-même, de l’accepter et de construire dessus une plus belle réalité. Ensuite pour permettre à son entourage de la soutenir efficacement.

Avant de parler de solutions, d’organisation, de retour au travail ou d’équilibre familial, il me semble essentiel de reconnaître cette vérité. Parce que beaucoup de femmes n’ont pas d’abord besoin qu’on leur explique comment mieux gérer leur temps. Elles ont besoin qu’on mette des mots sur ce qu’elles vivent, sans attente ni comparaison. Elles ont besoin d’entendre que leurs pensées parfois déconcertantes et leurs émotions intenses sont légitimes et normales, qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ne sont pas faibles et surtout qu’elles ne sont pas folles. Car parfois, le premier remède n’est pas une solution. Le premier remède, c’est de se sentir comprise. Comme les autres et différente des autres en même temps.

En Tunisie, malgré tous les défis que rencontrent les jeunes parents, nous avons conservé quelque chose que je trouve précieux. Lorsqu’un bébé naît, il est rare qu’une famille laisse complètement seule une jeune maman. Une mère prépare un plat, fait le ménage, une sœur passe donner un coup de main ou accompagne les devoirs des autres enfants, une tante apporte les corbeilles pour organiser les affaires du bébé, une voisine prend des nouvelles, une grand-mère s’installe quelques jours.

Derrière ces gestes se cache une idée profondément juste : lorsqu’un enfant naît, une famille entière devrait prendre soin de celle qui vient de lui donner naissance, l’aider dans cette transition et lui transmettre les bonnes pratiques dans les meilleures conditions pour qu’elle puisse ensuite s’envoler de ses propres ailes.Et pourtant, même avec les meilleures intentions du monde, certaines maladresses se glissent souvent dans cette période déjà fragile.

La première consiste à s’occuper du bébé à la place de la maman plutôt que de s’occuper de la maman elle-même. Bien sûr qu’un parent a parfois besoin de souffler quelques minutes. Mais la maman a surtout besoin de présence auprès de son bébé pour apprendre à le connaître, créer un lien avec lui, découvrir ses mimiques, ses pleurs, son rythme et ses besoins. Cette rencontre a besoin de temps. Elle a besoin d’un vide fertile où la mère et l’enfant peuvent apprendre à se découvrir en tête à tête, en peau à peau. On ne vient donc pas aider machinalement. On ne vient pas appliquer à la lettre un rituel.  On ne vient pas faire ce qui nous a manqué dans notre propre accouchement. On vient à l’écoute de ce dont cette maman a réellement besoin, dans ses peurs à elle, dans ses doutes à elle, dans son histoire à elle.

La deuxième maladresse consiste à ne pas faire attention à ce que l’on raconte devant elle. « Il sera comme son frère. » « Il deviendra coléreux comme son père. » « Tu verras, ta vie va changer. » « Celui-là sera plus difficile. » Derrière ces phrases souvent anodines se cachent parfois les inquiétudes de la personne qui parle, ses comparaisons ou ses projections. Elles parlent davantage de celui qui les prononce que de cet enfant qui vient de naître et dont cette maman n’a pas besoin. J’ai envie de proposer une règle très simple : si tu penses que ce que tu vas dire aide cette maman, dis-le. Sinon, si tu as le moindre doute, bois ton jus au lieu de parler. Tu sentiras moins le malaise du silence et tu éviteras peut-être d’alourdir le sac à dos déjà bien rempli de cette famille.

La troisième maladresse consiste à écarter le papa au lieu de l’aider à prendre sa place. Sous prétexte qu’il travaille, qu’il fait les courses ou qu’il gère l’extérieur de la maison, on oublie parfois qu’un père est lui aussi en train de naître. Plus les autres prennent sa place, plus il peut avoir du mal à trouver la sienne. Et même si la maison est remplie de monde, la maman ressentira souvent ce vide. Car personne ne peut remplacer la place particulière qu’occupe un père auprès de son enfant et de sa compagne.

Parfois, le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une jeune mère, c’est déjà de lui offrir un vrai cadeau à elle. Pas seulement à son bébé. C’est de lui apporter un repas, lui remplir son verre d’eau, lancer une machine à laver, lui permettre de fermer les yeux pendant une heure, s’occuper ponctuellement de son aîné ou simplement, et surtout, l’écouter sans lui offrir un catalogue de conseils, de remarques ou de comparaisons.

Aîné : comment l’aider à accueillir son petit frère ou sa petite sœur

En parlant de l’aîné justement…L’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille.J’aime souvent utiliser cette image : imaginez trois personnes assises autour d’une table. Lorsqu’une quatrième personne arrive, personne ne quitte la table. Pourtant, tout le monde doit bouger un peu sa chaise. Chacun ajuste sa place pour permettre à l’autre de trouver la sienne. Et cela prend du temps.L’arrivée d’un deuxième enfant ressemble beaucoup à cela. Le bébé cherche sa place. L’aîné cherche sa place. La maman cherche sa place. Le papa cherche sa place. Et parfois même les grands-parents et l’entourage doivent réajuster la leur.Pendant des mois, parfois des années, l’aîné a grandi avec certaines habitudes, certaines attentions et certaines certitudes. Puis un jour, quelque chose change. Derrière ce que nous appelons souvent « jalousie » se cache bien souvent une question beaucoup plus profonde :« Est-ce qu’il reste encore une place pour moi ? Laquelle au juste ?»C’est là que la culpabilité s’invite souvent chez la maman. Celle de regarder son aîné et de penser : « Je ne suis plus aussi disponible qu’avant. » Puis de regarder son bébé et de penser exactement la même chose.

Alors laisse-moi te livrer un secret.

Le besoin principal du grand n’est pas que tu restes exactement la même maman dans des conditions complètement différentes. Son besoin principal est de trouver sa nouvelle place et que tu l’aides à la trouver sans trop de dégâts.Et cette place commence à se construire bien avant la naissance. Pendant la grossesse, aidons le à réduire l’écart entre l’image qu’il se fait de l’arrivée du bébé et la réalité qu’il va vivre. Répondons à ses questions. Accueillons ses émotions. Et si cela ne nous vient pas naturellement, cela s’apprend.Lorsqu’un enfant dit : « J’ai peur qu’il arrive quelque chose à maman », évitons le : « N’aie pas peur. »

Privilégions plutôt :

« Tu t’inquiètes. Je comprends. C’est normal. Tout cela est nouveau pour toi. Tu peux me poser tes questions. Je peux te raconter ce que les médecins en pensent. Je peux aussi te prendre dans mes bras. Nous pouvons prier ensemble. »Et si une larme vient, elle a toute sa place.Puis viennent les premières semaines. Celles où l’enfant vérifie une chose essentielle, souvent maladroitement, avec une sensibilité qui nous semble excessive et des comportements qui nous paraissent parfois bien étranges :« Est-ce que j’ai encore une place ici ? Si oui, laquelle ? »Mon secret pour cette période tient en un mot : le jeu.Les temps de jeu où la maman est disponible à 100 % pour son ou ses aînés.

Quand le bébé dort, évitons autant que possible :« Quand ton frère dormira, je jouerai avec toi. »Essayons plutôt :« Dans trente minutes, je pourrai jouer quinze minutes avec toi. Quinze minutes rien que toi et moi. Je te laisse réfléchir au jeu que tu aimerais choisir et finir tes devoirs d’ici là. »Bien sûr, cela demande d’anticiper et de  prévoir le relais si le bébé se réveille. Bref, d’avoir un plan B.Durant cette période, privilégions tout ce qui nourrit la relation entre la maman et l’aîné. Les jeux. Les câlins. Les moments de complicité. Les petits rituels. Déléguons momentanément les moments plus tendus comme les devoirs si c’est le vas chez vous. Parce qu’au fond, l’aîné n’a pas besoin d’entendre cent fois qu’il est toujours aimé.Il a besoin de le vivre.Et le jeu est son langage principal.C’est souvent à travers lui qu’il entendra le message le plus important :« Tu as toujours une sacrée place dans cette nouvelle configuration. »

Trouver sa place dans une nouvelle famille demande du temps. Trouver sa place dans une nouvelle organisation de vie aussi. Car pendant que certains parents commencent à peine à prendre leurs marques, une autre réalité se rapproche déjà : la reprise du travail.Oui, le congé maternité est court. Oui, les attentes de la société existent. Oui, les parents n’ont pas toujours le choix. Mais à force de regarder ce qu’on ne peut pas changer, on oublie parfois de préparer ce qu’on peut influencer.

Lorsque l’on sait que le retour au travail approche, l’énergie peut facilement être absorbée par les inquiétudes : qui va garder le bébé ? Est-ce le bon choix ? Est-ce trop tôt ? Que vont penser les autres ? Est-ce que mon enfant va souffrir de cette séparation ?Je propose à la maman  et au papa aussi  de tourner ces questions dans un autre sens pour pouvoir avancer.

« Si je décide de reprendre le travail, comment puis-je profiter au mieux des moments passés avec mon enfant le matin, le soir et les week-ends ? Quelles tâches puis-je déléguer pour préserver mon énergie et ma disponibilité émotionnelle ? Puis-je décaler certains horaires ? Les réduire temporairement ? M’organiser autrement le week-end et le faire savoir à ma famille ? Quels sujets ai-je besoin d’aborder avec mon partenaire pour avancer dans la sérénité et la transparence ?Si je choisis un certain mode de garde, qu’est-ce qui me fait réellement peur ? Une éducation différente de la mienne ? Le manque de sécurité ? Le regard des autres ? »

 Alors attendre d’une grand-mère, d’une nounou ou d’une éducatrice qu’elle reproduise exactement notre manière de faire est souvent une source de frustration.Si des doutes persistent, si certaines inquiétudes prennent trop de place, il est parfois plus utile d’en parler à un professionnel plutôt que de porter seule ces questions pendant des semaines ou des mois jusqu’à ce qu’elles se transforment en fatigue, en tensions ou en maux de tête.

                                                     Kamel Bouaouina

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