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Accueil » Chaque année, la situation va de mal en pis : pourquoi nos candidats au bac ratent-ils l’épreuve de français ?
Éducation vendredi, 12 juin, 2026,09:367 Mins Read

Chaque année, la situation va de mal en pis : pourquoi nos candidats au bac ratent-ils l’épreuve de français ?

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Jeudi 4 juin 2026, les candidats au bac (toutes sections confondues) ont affronté l’épreuve de français. L’on se demande pourquoi cette épreuve a toujours été un échec, voire un «massacre» pour la majorité des candidats, puisqu’on parle de 10% seulement qui ont pu avoir juste la moyenne enfrançais. A quoi est dû ce très faible résultat chez les candidats ? Serait-ce de la négligence envers cette matière, pourtant dotée d’un coefficient 2, ou alors s’agirait-il d’une faiblesse générale des élèves concernant cette matière, ou encore cet échec incomberait-il à la langue de Molière que la majorité des élèves juge difficile ?

Un professeur convoqué au centre de correction nous a affirmé que sur les 150 copies qu’il avait corrigées, dix au maximum ont eu juste la moyenne ! Chaque année, la récolte est mauvaise concernant cette matière et la situation va de mal en pis. En vérité, les opinions divergent sur les causes de ce fiasco : les uns incombent ce mauvais résultat à la faiblesse flagrante des élèves en langue française, d’autres l’assimilent à la nature et à la difficulté de l’épreuve qui consiste en trois étapes : des questions de compréhension, des questions de grammaire ayant un rapport avec le texte et un essai argumentatif enrapport avec le thème du texte ; d’autres encore prétendent que le barème de notation est trop sévère. Qu’en est-il au juste ?

Déficit linguistique et manque de méthode

Concernant le niveau des élèves en français, il est vrai qu’il est en régression continue. Cela est sûrement dû à l’inefficacité des documents pédagogiques utilisés, aux manuels scolaires inadaptés et aux méthodes d’enseignement de cette langue, considérée officiellement comme la seconde langue du pays alors qu’elle est devenue une langue étrangère et qui doit être enseignée comme les autres langues vivantes (anglais, italien, allemand…). C’est que la langue française, censée être la langue véhiculaire des matières scientifiques au secondaire, n’est plus actuellement apte à accomplir cette tâche, la plupart des élèves étant incapables de la maîtriser, même en terminale, après au moins dix ans d’apprentissage de cette langue.  

En effet, la maîtrise de la langue est une habileté clé pour la réussite aux études à tous les niveaux. Le mal vient du fait que la majorité des candidats n’arrivepas à comprendre le texte proposé, ni rédiger un texte argumentatif cohérent, car ils ne possèdent pas les compétences suffisantes en lecture et en écriture, faute de lecture. Et c’est le cas de la plupart de nos candidats au bac. La grammaire et l’orthographe de cette langue font encore peur à nos élèves et semblent difficiles à assimiler, malgré tous les efforts de simplification, de vulgarisation et de modification des contenus et des méthodes prévus par les nombreuses réformes concernant l’apprentissage de cette langue.

Nos élèves n’accusent pas seulement un déficit linguistique, mais aussi le manque d’organisation et de méthode contribue à leur échec dans l’épreuve de français, vu que la plupart ne savent pas gérer le temps imparti à l’épreuve, allant jusqu’à négliger une ou plusieurs questions ou bâcler une conclusion, ce qui influe forcément sur la note reçue. Comment peut-on exiger d’un candidat une rédaction sans fautes alors que les règles de grammaire et d’orthographe ne font plus l’objet d’une leçon explicite depuis des années ? Comment peut-on demander à un candidat de rédiger un texte argumentatif ou un texte descriptif ou un récit alors qu’il n’a jamais lu un livre de lecture, à part les textes sélectionnés par le prof dans le manuel scolaire ?

S’agit-il de la difficulté des sujets proposés ?

Rappelons que l’épreuve de français au bac comporte trois volets : des questions de compréhension sur le texte proposé, des questions relatives à la syntaxe et au style et un essai à rédiger ayant généralement un rapport avec le texte ou avec l’un des centres d’intérêt étudiés au cours de l’année scolaire. Il est à préciser que quelle que soit la difficulté du texte, un élève moyen peut, après plusieurs lectures du texte et par balayages répétés, accéder au sens global. La formulation des questions peut l’orienter et l’éclairer sur certains aspects du texte (structure et contenu). De même, le sujet de l’essai peut comporter implicitement ou explicitement le plan à suivre. Malheureusement, nos élèves s’ennuient rapidement, et pour peu qu’ils rencontrent un mot difficile, ils s’y embourbent, déraillent et abdiquent enfin ; certains remettent souvent un travail inachevé ou mal fait, d’autres utilisent des plans de travail passe-partout souvent sans aucun rapport avec les consignes du sujet, ce qui les pénalise au niveau de la rédaction et de la qualité de l’argumentation, d’où un résultat médiocre. Souvent, le manque de culture générale chez le candidat contribue à son échec à cette épreuve ; en effet, comment peut-on comprendre un texte si l’on ignore son auteur, l’œuvre dont il est extrait, son époque et le centre d’intérêt auquel il appartient. Toutes ces choses font cruellement défaut à la majorité de nos élèves pour la simple raison que la lecture, cet exercice fondamental, ne fait pas partie de leurs loisirs, sans oublier que le taux d’absentéisme est très élevé pendant les séances de français.

Le barème de notation en serait-il la cause ?

Les élèves qui ratent leur devoir de français ont tendance à attribuer souvent un aspect punitif et sélectif au barème de notation. Ce dernier est soit estimé souple par certains, soit sévère par d’autres, bien qu’étant scrupuleusement établi selon des critères bien précis en tenant compte des compétences linguistiques et culturelles du candidat, c’est-à-dire son habileté à comprendre le texte, à en rendre compte par écrit et sa capacité à rédiger un texte cohérent dans un style personnel et sans fautes. Voilà ce qu’on attend d’un élève moyen. D’ailleurs, ces critères sont de rigueur à tous les examens du bac dans tous les pays. Le principe est simple : on doit valoriser ce qui est réussi et pénaliser ce qui est raté. Un correcteur, tout en mesurant la maîtrise globale de la langue, est appelé également à comptabiliser les fautes d’orthographe, de syntaxe et de ponctuation. La présentation générale du travail et la lisibilité de l’écriture entrent aussi dans l’appréciation. Ce sont là des exigences auxquelles nos candidats ne prêtent pas l’attention nécessaire.

Il y a certes des élèves qui parviennent à répondre aux questions et à rédiger l’essai proposé mais leurs productions sont bourrées de fautes, d’autres présentent des copies pleines de chinoiseries et de charabia et l’on y rencontre souvent le nouveau langage et les nouvelles formes d’écriture du Chat et des SMS ! Aucun système éducatif ne peut tolérer de telles incorrections : la langue française est tout un ensemble de règles et d’exceptions qu’il faut appliquer ; les négliger, c’est porter atteinte non seulement à la spécificité de cette langue mais surtout à toute une culture et une civilisation fondée sur cette même langue.

Cependant, les faits sont là. Les résultats de nos élèves en français sont de plus en plus faibles. Que faire ? Il est grand temps de modifier les méthodes d’enseignement de cette belle langue de Molière dans nos écoles, à tous les niveaux. Le ministère de tutelle saura assumer ses responsabilités en prenant les mesures nécessaires susceptibles de préserver le statut de la langue française en Tunisie et d’améliorer le niveau de nos élèves afin d’éviter toutes les surprises lors des examens nationaux.

Hechmi KHALLADI

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