La Méditerranée se réchauffe environ 20% plus vite que la moyenne mondiale, et de nombreux écosystèmes sont soumis à de fortes pressions : la moitié des zones humides naturelles et près d’un tiers des herbiers de posidonie ont disparu au cours des 50 dernières années. La restauration des habitats marins et côtiers est essentielle, non seulement pour préserver la biodiversité, mais aussi pour protéger les communautés littorales, renforcer la résilience et donner un coup de pouce à la nature : c’est le rôle de la restauration écologique.
Les aires protégées constituent un pilier essentiel des stratégies de conservation de la biodiversité, notamment dans le cadre de la Stratégie et du Plan d’Action Nationaux pour la Biodiversité (SPANB) 2018-2030, alignés sur le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal. La cible nationale définie dans la SPANB vise à renforcer le réseau des Aires Marines et Côtières Protégées (AMCP) afin d’améliorer leur couverture territoriale, à travers la création de nouvelles aires présentant un intérêt écologique et une forte diversité biologique. Cette action devrait être associée à l’élaboration des plans de gestion pour toutes les AMCP existantes pour assurer leur suivi et évaluation.
La Tunisie compte un nombre important d’aires protégées marines ou gérées avec une composante marine (18 sites). La majorité d’entre elles est classéesites Ramsar (15 sites), tandis que trois sont désignées Aires Spécialement Protégées d’Importance Méditerranéenne (ASPIM). Par ailleurs, six sites sont en phase de création en tant qu’AMCP : les îles Kneiss, l’archipel de La Galite, les îles Kuriat, Zembra et Zembretta, les Îlots nord de Kerkennah et Ras R’mel, Djerba. L’initiative côtière constitue un moyen efficace de protéger le littoral, d’en assurer une gestion durable et de renforcer sa résilience face au changement climatique, à l’élévation du niveau de la mer et à la pollution. Elle comprend la lutte contre l’érosion côtière, la réhabilitation des écosystèmes dans les AMPC, ainsi que la garantie d’une transition écologique des activités maritimes, touristiques et récréatives à travers la contribution aux travaux préventifs et de protection.
La restauration écologique dans les Aires Marines Protégées, une priorité
Face à la dégradation croissante des écosystèmes marins, la restauration écologique devient une priorité pour les Aires Marines Protégées. MedPANet l’UICN Med proposent une formation innovante et opérationnelle, destinée aux gestionnaires d’AMP méditerranéennes, pour renforcer leurs capacités à concevoir et mettre en œuvre des actions de restauration concrètes. L’objectif est de comprendre le cadre politique et éthique dans lequel s’inscrit la restauration écologique, identifier les situations où elle est justifiée ou, au contraire, éviter, acquérir les outils pour réaliser un diagnostic écologique, identifier les pressions qui expliquent la dégradation des écosystèmes, évaluer le potentiel de récupération naturelle des écosystèmes, déterminer si la restauration passive est suffisante avant d’envisager toute intervention active, identifier les blocages écologiques qui peuvent justifier une restauration active et évaluer la faisabilité institutionnelle, financière et technique d’une telle intervention, en s’appuyant sur les meilleures pratiques régionales et internationales. C’est dans ce cadre que l’Association Notre Grand Bleu organise du 8 au 11 juin 2026 un atelier de formation MedPAN sur la restauration écologique des Aires Marines Protégées méditerranéennes (AMP) du 8 au 11 juin 2026 à Monastir en vue de développer des compétences pratiques et concrètes, en lien avec la mise en œuvre de projets de restauration dans les AMP. La première journée a permis aux gestionnaires des AMP et aux experts méditerranéens d’échanger autour des enjeux de conservation et de restauration des écosystèmes marins, tout en initiant un travail collaboratif sur des études de cas réelles issues de leurs propres sites. Ensemble, ils ont travaillé en petits groupes sur des études de cas issues de leurs propres AMP, et construit progressivement un Plan d’Action pour la Restauration (PAR) à l’aide de templates et d’outils de facilitation. Une coopération régionale solide, le partage des connaissances et des approches intégrées ont été identifiés comme des conditions indispensables pour garantir l’efficacité et la durabilité des actions de restauration. Lesparticipants ont également découvert l’Aire Marine et Côtière Protégée des Îles Kuriat, site hôte de la formation, ainsi que les actions de suivi écologique, de conservation et de restauration qui y sont menées.
En renforçant l’efficacité des AMP méditerranéennes, cet atelier apportera une impulsion majeure pour favoriser la restauration et la protection des ressources halieutiques et soutenir la résilience des écosystèmes marins au profit des populations locales avec une amélioration des revenus de la pêche durable et le développement de l’écotourisme.
Kamel BOUAOUINA
