La Fédération générale des retraités a tiré, mercredi, la sonnette d’alarme sur les difficultés rencontrées par la majeure partie des personnes appartenant à cette catégorie sociale, citant particulièrement des augmentations «dérisoires» des pensions de retraite et une détérioration de la qualité des soins de santé dans le secteur public.
«Après une longue attente, le gouvernement a décidé de revoir à la hausse les pensions des retraités affiliés aux deux caisses sociales, à travers un décret publié au Journal officiel de la République tunisienne (JORT) en date du 30 avril 2026. Si l’augmentation des pensions des affiliés à la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) répond au strict minimum, celle perçue par les retraités affiliés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) est extrêmement dérisoire», a souligné la fédération rattachée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), indiquant que cette augmentation «ne correspond pas à l’effondrement dramatique du pouvoir d’achat de la majorité des retraités, conséquence de la folle flambée des prix».
Dans un communiqué intitulé «Non au piétinement des droits des retraités», la fédération a également déploré l’exclusion de milliers de bénéficiaires de faibles pensions de toute augmentation significative, notant qu’il aurait été plus judicieux que l’augmentation des pensions soit progressive (proportionnellement plus élevée pour les pensions les plus basses) afin de réduire le fossé immense qui se creuse entre les retraités.
Selon les données de l’Institut national de la consommation (INC), 39% des retraités perçoivent des pensions inférieures à 500 dinars, 30% entre 500 et 1.000 dinars, 12,8% entre 1.000 et 1.500 dinars.
La Fédération générale des retraités a également lancé un cri d’alarme face à la situation du système de santé, qui ne cesse de se détériorer et de se complexifier depuis des décennies.
«La situation s’est aggravée et envenimée ces dernières années en raison de plusieurs facteurs, notamment la pénurie de nombreux médicaments vitaux. Les retraités, toutes catégories confondues, sont sans doute les principales victimes de cette situation, particulièrement face à la dégradation des services de santé publique qui faisaient autrefois la fierté de la Tunisie. Ce qui devrait être un droit constitutionnel fondamental, basé sur les soins et l’assurance maladie, s’apparente désormais à un luxe», a-t-elle fait remarquer.
Appel au dialogue
Au regard de l’ampleur de la crise, la fédération a souligné la nécessité d’un dialogue avec les autorités sur l’ensemble des questions cruciales touchant les retraités. Elle a, dans le même temps, réaffirmé son engagement à mener toutes les luttes légitimes, légales et nécessaires pour stopper cette hémorragie, afin de défendre les droits de ses affiliés à un minimum de conditions de vie dignes et de sécurité au quotidien.
Concrètement, la Fédération générale des retraités revendique la révision automatique des pensions des retraités affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) au lieu de l’indexation des pensions au salaire minimum garanti (SMIG), ainsi que la promulgation d’une loi prévoyant un seuil minimum pour les pensions de retraite équivalent au SMIG.
«Plus de la moitié des retraités perçoivent une pension de vieillesse représentant deux tiers du salaire minimum garanti, soit environ 350 dinars. Dans le détail, il s’agit de 620.000 personnes, dont 600.000 affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et 20.000 affiliés à la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS)», détaille le secrétaire général de la fédération, Abdelkader Nasri.
La fédération réclame aussi l’amendement de l’article 26 du Code de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de l’impôt sur les sociétés pour réduire le taux d’imposition des pensions de retraite, la suppression des prélèvements sur les pensions au titre de la contribution sociale de solidarité et l’abaissement des frais de soins et de transport pour les retraités.
Et last but not least, les retraités dénoncent la non-application de la péréquation automatique des pensions de retraite conformément à l’article 37 de la loi 85-12 du 5 mars 1985 portant régime des pensions civiles et militaires de retraite et des survivants dans le secteur public. Cet article stipule que la péréquation de la pension est effectuée lors de toute augmentation de l’un quelconque des éléments permanents de la rémunération correspondante au grade ou à la fonction sur la base de laquelle a été liquidée la pension.
La péréquation de la pension est également effectuée lors de l’institution d’une indemnité permanente concernant le grade ou la fonction sur la base de laquelle a été liquidée la pension.
D’après les données de l’Institut national de la statistique (INS), environ 78% des retraités ne reçoivent pas d’aides financières de la part de l’Etat alors que 35% sont obligés d’aider souvent financièrement certains membres de la famille comme des descendants au chômage ou des proches handicapés.
Walid KHEFIFI
