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Accueil » Dr Maher Zahar (vice-président de la FIMS et membre du groupe des experts du CIO) : «La Tunisie a contribué de manière prépondérante à l’écriture de l’histoire de l’odontologie du sport»
Sports dimanche, 21 juin, 2026,18:3915 Mins Read

Dr Maher Zahar (vice-président de la FIMS et membre du groupe des experts du CIO) : «La Tunisie a contribué de manière prépondérante à l’écriture de l’histoire de l’odontologie du sport»

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Notre invité de ce dimanche est Dr Maher Zahar. Il est vice-président de la Fédération Internationale de la Médecine du Sport et membre du groupe des experts. Nous l’avons sollicité en tant qu’orthodontiste pour nous parler de la «Journée mondiale de la dentisterie» qui se tiendra le 25 juin. Coupe du monde oblige, nous avons également cherché à coller à l’actualité. Les dents et le sport sont étroitement liés et notre invité nous l’explique. Entretien.

– Pour commencer, qui est Maher Zahar ?
– Tunisien, issu de cette première génération de la République tunisienne, élevé autour des valeurs de l’importance de l’enseignement et de la connaissance, j’ai grandi dans une famille traditionnelle qui a adopté la modernité. Elève au lycée Carnot, j’ai évolué dans une environnement multiculturel, riche, où la compétition était religion. J’ai aussi grandi auprès de parents férus de sport, donc très tôt, je me suis retrouvé dans un stade, où j’ai appris à apprécier l’effort, la performance et la valeur de la consécration .

– Vous avez fait de la médecine dentaire. Pourquoi ce choix ?
– Tout d’abord, j’arrive en première année aux études médicales (PCEM) par choix et après une classe préparatoire aux écoles d’ingénieurs. La chirurgie dentaire fait appel aussi bien aux compétences en mathématiques et en sciences physiques, ainsi qu’à une très bonne maîtrise en sciences biologiques. Ces exigences me convenaient parfaitement. Donc, c’est par choix que j’opte pour la chirurgie dentaire, étant conconvaincu alors, que cette discipline allait prendre un très grand essor.

– Vous avez joué au volley-ball en portant les couleurs de l’Espérance Sportive Tunis. C’était évident de concilier études et sport ?
– Oui, j’ai eu la chance de participer, sous les couleurs de l’Espérance Sportive de Tunis, au premier championnat de Tunisie École de volley-ball en juin 1970. À ce moment-là, la pratique du sport dans les catégories des jeunes, c’était trois entraînements en cours de semaine, dont un le vendredi après-midi, une demi-journée qui était consacrée au sport scolaire. Pour ma génération, effectivement, le challenge était de concilier sport et études, et en volley-ball, l’équation était largement honorée, beaucoup de joueurs ayant pu accorder les deux challenges. Pour ma part, j’ai mis la pratique du volley-ball en équipe civile en stand-by dès la catégorie junior pour me consacrer aux études et à la pratique du volley-ball en sport scolaire et universitaire.

– Vous avez toujours lié vos études au sport. Cela s’est fait automatiquement ou suite à un événement ?
– Au début de ma carrière professionnelle, le seul moyen de se former, c’était soit la participation aux congrès, soit la lecture de livres et de revues scientifiques. Après avoir lu l’abrégé d’odontostomatologie du sport écrit par feu le professeur Henri LAMENDIN, je lui ai écrit et nous avons beaucoup échangé jusqu’au jour où il m’a sollicité pour m’inscrire au Diplôme universitaire d’odontologie du sport organisé par la faculté de chirurgie dentaire de Lyon. Et là, commence pour moi cette aventure longtemps souhaitée où je peux concilier ma passion pour le sport associée et mon engouement pour l’odontologie. Cet enseignement m’a permis d’être major de la première promotion européenne dans cette discipline et par là même, d’être le premier Africain et Arabe à détenir ce diplôme. Aujourd’hui, 30 années après, les diplômés en odontologie du sport se comptent par milliers.

– Le 25 juin prochain, on fêtera la “Journée mondiale de la dentisterie du sport”. Qu’est-ce que la dentisterie du sport ?
– La dentisterie du sport est une spécialité de la médecine dentaire qui est pratiquée depuis presque un siècle, depuis les Jeux Olympiques de Berlin, et qui est reconnue en tant que discipline depuis la fin des années soixante dix, après les JO de Mexico. Au départ, son exercice est essentiellement orienté vers la thérapeutique relative aux accidents traumatiques lors de la pratique sportive. Très vite, c’est la prévention qui prend le dessus et qui devient le cœur du métier. Au début des années quatre-vingt, c’est l’avènement de l’orthodontie du sport, avec le traitement dont a bénéficié Carl Lewis et qui lui a permis d’améliorer ses performances de manière notable. A partir de ce moment là, l’odontologie du sport devient une discipline à part entière de l’encadrement médical des athlètes. Elle intervient sur l’organe dentaire, sur les rapports des arcades, sur la prévention et surtout sur l’équilibre musculaire du corps dans sa globalité.
Cette journée est fêtée pour la première fois, à l’échelle mondiale, durant la Coupe du monde de football. Des évènements sont prévus sur les cinq continents. Il y aura aussi le lancement d’un journal international dédié à la dentisterie du sport. Oui, c’est une journée importante qui va constituer un repère dans l’évolution de cette spécialité.

– Est-ce vrai que cette discipline a une partie de son histoire écrite en Tunisie ?
– Oui, la Tunisie a contribué de manière prépondérante à l’écriture de l’histoire de l’odontologie du sport. Deux repères majeurs ont eu lieu dans notre pays :
1997 avec la création de la deuxième société scientifique d’odontologie du sport de par le monde (la première est la Société française) ; 1998 à la faveur de l’organisation du 1er Congrès mondial d’odontostomatologie du sport en Tunisie.
Par la suite, la dentisterie tunisienne du sport a été présente lors de toutes les étapes de développement de cette discipline de par le monde et dans les congrès internationaux de médecine du sport.

– En Tunisie, jusqu’à quel point est-on à jour dans ce domaine ?
– Je pense qu’il faut retenir, tout d’abord, notre présence dans la recherche scientifique dans ce domaine. En effet, nous avons été parmi les premiers à l’échelle internationale à quantifier de manière objective l’impact de l’occlusion dentaire sur la force musculaire.
D’autre part, nous sommes actuellement très avancés dans la prise en charge clinique. En posturologie, nous avons acquis une grande maîtrise dans ce domaine, que cela soit au sein du Centre national de médecine et des sciences du sport, ou bien au niveau du CHU Mohamed Kassab de Ksar Saïd. La dentisterie du sport est primordiale dans l’analyse posturale. Nous sommes régulièrement invités à partager notre expérience dans ce domaine à l’échelle internationale. Enfin, je pense que la communauté des médecins du sport tunisien reconnaît l’impact de l’odontologie du sport sur la santé et les performances de nos athlètes.
En résumé, je peux dire que dans notre pays, là où le management de la médecine du sport est en phase avec l’évolution de cette discipline à l’échelle mondiale, la dentisterie du sport est bien présente et participe à la protection de la santé de nos athlètes et à la réalisation des performances.
Dans d’autres sports, en cas d’absence d’encadrement médical, ou dans le cas d’un suivi sommaire en médecine du sport, aussi bien la dentisterie du sport que les autres disciplines qui participent à la performance sont absentes.

– Jusqu’à quel point une hygiène dentaire précaire peut-elle conditionner une performance sportive ?
– Pour être précis, il n’y a qu’un seul argument : une hygiène dentaire précaire, c’est une cavité buccale inflammée et donc une plus grande susceptibilité à la maladie et à la blessure, ce qui est synonyme de contre-performance.

– On voit, des fois, des joueurs porter un protège-dents. Celui-ci n’est-il pas, entre autres, un facteur de gêne respiratoire ?
– Le port du protège-dents s’est démocratisé. Plusieurs disciplines ont rendu son port obligatoire pour prévenir et réduire les traumatismes dentaires et de la face.
Le protège-dents n’entrave en rien la respiration, il est étudié et réalisé pour justement permettre à l’athlète de respirer correctement. Plus encore, de nos jours, les protège-dents individualisés sont étudiés pour permettre un meilleur équilibre des muscles de la face et par là même des muscles du corps. De ce fait, le protège-dents devient un artifice qui participe à la réalisation des performances.
Bien sûr, toutes ces spécificités sont valables pour les protège-dents individualisés. Les protège-dents du commerce ne sont pas aussi précis.

– Il paraît que c’est le cœur qui se ressent le plus d’une mauvaise hygiène dentaire. Est-ce vrai ?
– Ce qui caractérise les atteintes dentaires, c’est leur potentiel de dissémination des germes dans la circulation sanguine. Or, qui dit dissémination dit possibilité d’une localisation secondaire, et le cœur peut être le site de cette localisation secondaire. C’est le cas des endocardites bactériennes qui ont pour agent pathogène un germe de la cavité buccale. C’est pourquoi une mauvaise santé bucco-dentaire peut être dangereuse pour la santé cardiaque.

– Quels sont les domaines où la dentisterie du sport intervient dans la préparation et la performance du sportif ?
– La santé orale est primordiale pour la santé de l’athlète. Par l’intermédiaire de la circulation sanguine pour l’organe dentaire, par le biais de l’occlusion dentaire pour le système musculaire, par l’alignement dentaire pour la posture et pour la verticalité. Vous comprenez facilement que tout est imbriqué et qu’une excellente santé orale est nécessaire pour permettre à l’athlète de mener sa préparation comme il se doit.
Maintenant, nous savons tous que n’importe quel détail peut influencer la réalisation des performances. Or, la dentisterie du sport est, par excellence, la science du détail.
J’ai pour habitude de dire qu’il n’y a pas plusieurs santés pour un athlète : santé mentale, santé corporelle, santé buccale, etc. Il y a un athlète, une santé, la santé de cet athlète. One athlète, one Health !

– Pour cela, combien d’examens bucco-dentaires sont-ils nécessaires au cours d’une saison ?
– Pour un athlète amateur ou pour un athlète en formation, un seul examen complet réalisé en début de saison et qui peut être complété par un examen radiologique.
Pour un joueur professionnel, un examen clinique complet en début de saison, est indispensable. Il est appuyé par un examen radiologique et par un enregistrement occlusal.
Durant la saison, et en cas de survenue de lésions articulaires ou musculaires, un autre examen clinique complet est nécessaire.
Ce protocole est appliqué par la majorité des grands clubs professionnels et par plusieurs sélections de football.

– Nos associations sportives sont-elles bien équipées dans ce sens ? Ont-elles pensé à se doter de spécialistes ou sont-elles encore au stade des balbutiements ?
– Malheureusement non ! Ni nos associations, ni nos fédérations n’ont adhéré aux nouvelles approches de suivi médical des athlètes d’élite. Et pourtant, si on analyse nos résultats sportifs sur les vingt dernières années, on constate que là où il y a eu médailles, il y a très souvent eu suivi médical pluridisciplinaire avec impact sur la performance.

– Pour le recrutement d’un sportif de haut niveau, la visite médicale est de rigueur. Les dents sont-elles concernées ?
– Oh QUE OUI ! Bien sûr, et même plus, dans certains grands clubs européens le critère étant exclusionniste.
Je m’explique. Une ou plusieurs atteintes bucco-dentaires sont synonymes de possibilité d’avoir des atteintes articulaires en rapport dans le cas de cavité buccale présentant plusieurs atteintes. Certains responsables de clubs, à juste titre, préfèrent ne pas engager le joueur, ou bien introduire des “clauses médicales” dans le contrat afin de se prémunir contre d’éventuelles longues périodes d’indisponibilité. D’ailleurs, la confédération asiatique vient d’introduire le dossier de la santé bucco-dentaire dans le dossier PCMA (pré-compétition médical assessment) pour les compétitions asiatiques.
Pour ma part, j’avais lancé il y a quelques années lors d’un congrès international de médecine du football le concept “FOOTBALL DENTISTERY” parce que la dentisterie du sport présente des spécificités en fonction du sport pratiqué.

– Des histoires ou des anecdotes concernant la santé bucco-dentaire et la performance sportive, vous devez en avoir…
– Trois belles histoires me viennent à l’esprit, la première concerne un de nos valeureux nageurs, pour lequel une intervention chirurgicale a été indiquée suivie d’un arrêt de la pratique sportive. Après un examen odontologique complet et précis, ainsi qu’une évaluation musculaire précise et individualisée, une thérapeutique dentaire a été réalisée. Ce traitement lui a permis de reprendre les entraînements après 15 jours. Le staff technique a décidé de l’inclure dans la liste des joueurs sélectionnés et il a remporté le championnat d’Afrique.
La deuxième concerne un golfeur européen qui s’est trouvé éloigné des parcours pendant plus de six mois et qui se présente à nous en Tunisie pour avis d’expertise. Après un examen clinique de précision appuyé par des examens radiologiques précis, un protocole thérapeutique est préconisé. Ilest réalisé en Tunisie et l’athlète est guéri et a repris la compétition de haut niveau.
La plus belle, c’est bien sûr l’encadrement médical de Ons Jabeur, où la dentisterie du sport a joué un très grand rôle. Il fallait agir à la pointe de ce qui se fait a l’échelle internationale, se conformer à un calendrier sportif très chargé, faire appel à des collaborateurs venant d’horizons différents en fonction des exigences du moment, gérer des intervenants qui se trouvent sur différents continents et enfin partager régulièrement avec les autres membres de l’encadrement. Le résultat, nous le connaissons tous : une athlète intelligente et hors pair qui domina le tennis mondial et qui porta très haut nos couleurs et l’histoire est encore en train de s’écrire.
Ce que nous devons retenir, c’est la fierté de participer à la guérison de sportifs de haut niveau. C’est aussi la fierté de pouvoir compter sur des compétences tunisiennes et de pouvoir rivaliser avec les grands centres internationaux de médecine du sport. L’autre grande vérité, c’est que la médecine du sport en 2026 est une science clinique, avec une approche de précision et individualisée.

– Justement, comment voyez-vous la médecine du sport en 2026 ?
– La médecine du sport a beaucoup évolué ces deux dernières décennies. D’une simple discipline médicale, elle est passée dans plusieurs pays à une spécialité médicale. D’une pratique générale, elle s’est transformée en un exercice de spécialité dédié à un sport bien particulier. Lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, le comité d’organisation a fait appel à des médecins du sport possédant une expertise particulière par sport. C’est l’une des raisons qui ont permis le succès de l’encadrement médical lors de ces jeux. De même, la médecine du sport est de nos jours une spécialité qui s’exerce par une équipe pluridisciplinaire sous la tutelle d’un médecin du sport. Tous les membres de cette équipe médicale sont compétents dans l’exercice de leur spécialité chez le sportif. On parle de sports medicine’Team. De même, dans plusieurs disciplines, les travaux réalisés en médecine du sport sont à la pointe de la recherche médicale. Enfin, l’avènement de l’intelligence artificielle va favoriser les échanges au sein de la communauté des médecins du sport et entre les athlètes. Et là, la médecine du sport prendra un grand essor pour le bien du sport et dans l’intérêt des athlètes.

– Si vous deviez parler des compétences tunisiennes dans le domaine de la dentisterie du sport, que diriez-vous ?
– Beaucoup de reconnaissance aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale et c’est excellent pour cette discipline et pour notre pays.
Actuellement, je dirais que ce sont quelques passionnés qui font parler d’eux et qui rendent de grands services aux athlètes. Mais pour faire évoluer la dentisterie du sport en Tunisie, on a besoin de trois grandes décisions :
– Un enseignement de cette discipline au niveau des institutions universitaires.
– L’adoption de textes délimitant les responsabilités et encadrant les politiques de prévention des traumatismes lors de la pratique sportive.
– L’adoption d’un texte spécifiant les impératifs et les protocoles du suivi médical des athlètes affiliés aux fédérations sportives.

– Sur un plan personnel, si vous n’étiez pas dentiste, quel autre métier auriez-vous choisi ?
– Peut-être pilote de ligne, un métier qui m’a toujours subjugué et qui continue de me fasciner. Un métier qui a aussi beaucoup évolué ces dernières années.

– Que faites-vous de votre temps libre ?
– Je lis beaucoup d’articles scientifiques bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres en rapport avec les sciences humaines, la sociologie, la philosophie et les sciences politiques. C’est ma manière d’essayer de comprendre comment le monde évolue et où se situe l’humain par rapport à cette évolution, d’autant plus que les choses vont très vite de nos jours. Peut-être même plus vite que le potentiel d’assimilation de l’être humain. je lis donc pour essayer de mieux comprendre.

– On est en pleine Coupe du monde. Vos impressions ?
La grande majorité des équipes est très bien ppréparée. Nous avons pu voir de très beaux matchs, malgré l’augmentation du nombre de participants. Je pense que petit à petit, les équipes vont monter en puissance et nous pourrons voir quelques exploits.

– Le mot de la fin ?
– Moi, je considère le sport comme un lien sociétal et un vecteur de bien-être et de bonne santé. Pour cela, un encadrement médical approprié est nécessaire et de nos jours, il se consacre surtout à la prévention.
La dentisterie du sport et la dentisterie tout court sont par excellence une science de la prévention.
Fêter la Journée mondiale de la dentisterie du sport le 26 juin revient à partager les concepts de la prévention des maladies bucco-dentaires. Et prévenir les maladies bucco-dentaires revient à contribuer à instaurer le bien-être chez les populations.
Vive le sport et vive la dentisterie du sport !

Propos recueillis par Mourad AYARI

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