Le ministère de la Santé a annoncé il y a quelques jours la liste des plages impropres et les eaux de mer interdites aux baignades. Ces plages aux eaux polluées concernent plusieurs gouvernorats, mais elles sont nombreuses surtout au gouvernorat de Ben Arous (banlieue-sud de la capitale) où l’on compte 12 plages situées notamment à Radès, Ezzahra et Hammam-Lif. D’ailleurs, cela fait plusieurs années que ces plages sont classées parmi celles des plus polluées et interdites aux baignades.
Pourtant, ces trois petites villes côtières étaient par le passé la destination privilégiée d’un grand nombre d’estivants venus de toutes les villes, particulièrement de Tunis pour passer leurs vacances ou leurs weekends en se bronzant sur les plages dorées et se baignant dans les eaux claires et limpides. Aujourd’hui, même les habitants de ces lieux sont privés de baignade et regrettent les années d’antan. Cela fait des années qu’ils attendent l’intervention des autorités pour assainir les eaux de mer de cette zone balnéaire dont les plages étaient connues pour leur bonne qualité.
Où sont les plages des années 60 et 70 ?
Depuis longtemps et jusqu’aux années 70, les plages de la banlieue-sud étaient connues pour la propreté de leur sable et la pureté de leur mer, si bien que dès l’apparition des premières chaleurs de l’été, les gens affluent de toutes parts pour profiter des belles baignades en ces lieux où rien n’était nuisible à un environnement naturel et équilibré ou à un séjour merveilleux au bord de la mer. Aujourd’hui, ces plages considérées comme des joyaux par les anciennes générations, sont en perdition à cause d’une pollution désastreuse contre laquelle aucune mesure de réhabilitation n’a été prise par les autorités depuis des décennies. En effet, les estivants, habitués à passer leurs grandes vacances sur les plages de ces villes balnéaires (Radès, Ezzahra et Hammam-Lif) ont déserté ces lieux pour aller séjourner ailleurs pendant l’été. Aujourd’hui, les anciens habitants, tels des nostalgiques du bon vieux temps, vous parlent avec beaucoup d’amertume des changements subis par leur littoral à travers le temps. En effet, Hammam-Lif a perdu pendant toutes ces dernières décennies son fameux «Casino» situé face à la mer et sa prestigieuse «La Sirène» installée au bord de la mer, ces deux lieux ont bien contribué au charme de la plage de cette ville où il faisait bon vivre aussi bien pour les habitants que pour les estivants. Quant à Ezzahra, cette petite localité, appelée jadis «Saint-Germain», elle a également perdu tous ses beaux sites situés au bord de la mer, dont essentiellement «La Sieste» qui a totalement disparu. A Radès aussi, on regrette encore ces vieilles baraques plantées tout le long du rivage où les estivants avaient l’habitude d’élire domicile qui pour une semaine, qui pour un mois ou pour toute la saison estivale, pour jouir des charmes de la plage. Aujourd’hui, rien de tout cela. Tout a changé à cause de la pollution de ces zones balnéaires.
Rien que des promesses
Cette situation perdure depuis des décennies et les banlieusards ne cessent de faire part de leurs doléances aux autorités communales. Mais en vain. Tous les responsables de la Santé, de l’Equipement ou de l’Environnement qui sont venus à plusieurs reprises visiter ces lieux sont unanimes à qualifier la situation de catastrophique, mais n’agissent pas vraiment. Ces responsables savent que la situation nécessite une intervention rapide pour atténuer l’impact de cet environnement dégradé sur la santé générale et sur la biodiversité marine. En effet, le littoral de la banlieue sud se dégrade chaque année davantage à cause des rejets industriels anarchiques et du déversement des eaux usées dans la mer. Par conséquent, la pollution touche à tout le littoral de la banlieue sud, si bien que la baignade est strictement interdite depuis des années.
Les autorités ont pourtant la solution à ce problème de la pollution marine qui consiste à développer des techniques de traitement des eaux usées déversées dans la mer par les usines et les entreprises industrielles de Ben Arous, en utilisant les nouvelles technologiques et en migrant vers les techniques de traitement tertiaire au niveau des stations d’épuration. D’autres solutions sont proposées parmi lesquelles figure «la réhabilitation de la station d’épuration de Radès, en l’adaptant aux normes internationales et en ayant recours aux mécanismes de traitement tertiaire des eaux usées, avec l’installation de conduites de 12 km pour l’évacuation des eaux épurées», mais cette solution reste tributaire de la mobilisation des fonds nécessaires.
Cela fait une éternité que les habitants de cette région entendent cette chanson. Chaque année, les municipalités des trois villes (Radès, Ezzahra, Hammam-Lif) se contentent d’informer les gens de la pollution des eaux de mer et de leur interdire de s’y baigner. Pourquoi donc cette solution tarde-t-elle à venir ? «Ce projet est très coûteux, vous diront les responsables municipaux, surtout en cette période de crise, l’Etat ne dispose pas des moyens nécessaires pour exécuter un tel projet !»
Et pourtant, on se baigne malgré l’interdiction
Pendant tout l’été, pourtant, dans ces plages, surtout pendant les journées de canicule, on peut voir des baigneurs qui se rafraîchissent dans ces eaux polluées, étant peu conscients des risques encourus ou tout simplement, n’étant pas bien informés. Cela se passe surtout pendant les weekends quand des foules de gens habitant souvent loin du littoral viennent en masse pour barboter dans une mer sale et insalubre, profitant au moins de la fraîcheur de l’eau. Pourtant, ces baigneurs peuvent se retrouver avec des symptômes comme des irritations de la peau, du nez, de la gorge, des yeux. Et si un baigneur absorbe de l’eau, il y a possibilité de maux de ventre, de diarrhées, de vomissements et de nausées. Cela se passe souvent au nez et à la barbe des agents des agents municipaux responsables de la santé et de la sécurité des citoyens, et malgré les panneaux et les banderoles interdisant la baignade. Il est vrai que ces baigneurs qui fréquentent les plages interdites sont généralement des individus ou des familles modestes ou défavorisées qui, faute de mieux, sont obligés de venir se «mouiller», surtout pendant les canicules car ils ne peuvent pas partir en vacances en quête de meilleures plages.
Hechmi KHALLADI
