Les journées de canicule, marquées par des températures ayant dépassé les 47°C, ont mis à rude épreuve les infrastructures de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), ainsi que sa capacité à répondre à une forte demande en électricité.
Face à cette pression exceptionnelle exercée sur le réseau, des coupures de courant ont été enregistrées dans la quasi-totalité des régions du pays. D’une durée variant d’une heure à plus de six heures, ces interruptions ont été annoncées quotidiennement par la STEG, de jour comme de nuit, à travers des communiqués précisant les zones concernées, du nord au sud du pays.
Une mesure qui a été expliquée par le président-directeur général de la STEG, Fayçal Trifa et qui porte le nom technique de «délestage».
Mais, au-delà de leur aspect technique, ces coupures survenues en pleine vague de chaleur extrême, ont entraîné des répercussions considérables.
Sur le plan socioéconomique, de nombreux commerçants ont vu leurs marchandises se détériorer sous l’effet de la chaleur après plusieurs heures sans électricité. Des pâtisseries, des boulangeries, des chambres froides et d’autres établissements ont été contraints de suspendre leur activité, tandis que plusieurs unités industrielles ont dû interrompre leur production. Une situation qui a engendré des pertes importantes pour de nombreux professionnels.
Les coupures ont également eu de lourdes répercussions sur de nombreux travailleurs, qui n’ont pas pu exercer leur activité et se sont retrouvés privés de leur revenu quotidien. C’est notamment le cas des employés d’usines, des serveurs dans les cafés et les restaurants, ainsi que de nombreux autres travailleurs dont l’activité dépend directement de l’alimentation électrique.
Toutefois, les conséquences les plus préoccupantes concernent sans doute la santé des citoyens. Les coupures de courant ont particulièrement affecté les personnes souffrant de maladies chroniques et dépendantes d’appareils médicaux fonctionnant à l’électricité, notamment les concentrateurs d’oxygène utilisés à domicile.
Cette situation a d’ailleurs été signalée par l’hôpital Abderrahmen Mami de Pneumo-Phtisiologie de l’Ariana.
Dans un communiqué, l’établissement a indiqué qu’en raison de la vague de chaleur exceptionnelle que connaît le pays et des coupures d’électricité enregistrées dans plusieurs régions, une augmentation notable du nombre de patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique a été constatée ; ils sont accueillis aussi bien au service des urgences que dans les services des maladies respiratoires, notamment parmi les patients dépendant de l’oxygénothérapie à domicile.
L’hôpital a précisé que, depuis le début de cette situation exceptionnelle, l’ensemble de ses moyens humains et logistiques a été mobilisé afin d’assurer une prise en charge immédiate de tous les patients, tout en garantissant la continuité des soins et la disponibilité des services de santé dans les meilleures conditions possibles.
Un système électrique fragile
Mais une question revient avec insistance : pourquoi le pays en est-il arrivé à ces coupures d’électricité ? Pourtant, la hausse de la consommation durant la saison estivale est un phénomène récurrent et prévisible. Depuis plusieurs mois, les autorités assuraient avoir pris les dispositions nécessaires pour faire face aux besoins de la période estivale.
Une partie de la réponse a été apportée par le P-DG de la STEG, Fayçal Trifa, dans une déclaration accordée à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP). Selon lui, les coupures enregistrées ces derniers jours sont principalement dues à l’utilisation massive des climatiseurs, favorisée par les températures exceptionnellement élevées.
Le responsable a précisé que, durant les heures de pointe, entre 14h00 et 16h00, la consommation électrique a atteint près de 5.000 mégawatts (MW) par jour, soit une hausse d’environ 30% par rapport à une journée normale.
Afin de préserver l’équilibre entre la production et la consommation et d’éviter une surcharge du réseau, la STEG a eu recours, de manière ponctuelle, à une réduction programmée des charges, autrement dit à des coupures ciblées d’électricité. «Ces interruptions, qui n’excèdent normalement pas une heure, épargnent les infrastructures sensibles et stratégiques, notamment les établissements de santé», a-t-il expliqué.
Selon Fayçal Trifa, cette mesure vise avant tout à éviter un scénario beaucoup plus grave, un effondrement généralisé du réseau électrique national, soit un «black-out». Il a également précisé que lorsqu’une coupure dépasse une heure, cela est généralement dû à une panne technique.
Cependant, ces explications ne suffisent pas à elles seules à comprendre l’ampleur de la crise. Un autre élément, révélé par le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie par intérim, Slah Zouari, lors d’une séance parlementaire, met en évidence une fragilité plus structurelle du système électrique.
Le ministre a indiqué que les centrales de la STEG produisent, en temps normal, près de 20.000 GWh d’électricité, alors que la consommation nationale avoisine les 22.000 GWh. Ce déficit, qui s’élève à environ 10% selon les précisions du ministre, est habituellement compensé par des importations d’électricité en provenance de l’Algérie.
Autrement dit, même en période normale, la production nationale ne couvre pas entièrement les besoins du pays. Lorsqu’une vague de chaleur exceptionnelle provoque une explosion de la demande, la marge de manœuvre devient extrêmement limitée, rendant le recours aux délestages presque inévitable.
Nouha MAINSI
