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Accueil » Lutte contre la pollution : l’environnement au cœur de l’action publique
NATION samedi, 8 août, 2026,08:269 Mins Read

Lutte contre la pollution : l’environnement au cœur de l’action publique

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 Par Ahmed NEMLAGHI

La protection de l’environnement s’impose progressivement comme l’un des grands enjeux de la gouvernance publique en Tunisie. Longtemps considérée comme une question sectorielle relevant principalement des collectivités locales ou des administrations spécialisées, elle apparaît désormais comme une problématique transversale touchant directement à la santé publique, au développement économique, à la préservation du patrimoine national et à la qualité de vie des citoyens. C’est dans cette perspective que s’inscrit la réunion présidée, le 3 août 2026 au palais de Carthage, par le Président de la République, Kaïs Saïed, consacrée à la situation environnementale et à la lutte contre les différentes formes de pollution.

Cette rencontre intervient juste après la visite inopinée effectuée par le Chef de l’État à Radès, où il avait échangé directement avec les habitants au sujet des difficultés environnementales affectant leur région, notamment la pollution de l’oued Méliane, la dégradation du littoral et l’état préoccupant de certaines plages. Ce déplacement de terrain, suivi d’une réunion de travail avec les principaux responsables concernés, illustre une méthode qui consiste à articuler l’écoute des préoccupations citoyennes avec le suivi institutionnel des dossiers.

Autour du Président de la République étaient réunis la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Environnement, Habib Abid, la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, la directrice générale de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, Rabia Belfakira, ainsi que le chargé de la gestion de l’Agence de protection et d’aménagement du littoral, Mehdi Belhaj.

La diversité des participants traduit d’ailleurs la dimension multidisciplinaire des questions environnementales. Il ne s’agit plus uniquement de protéger la nature, mais également de préserver le patrimoine culturel, les ressources naturelles, le littoral, les espaces publics et, plus largement, les conditions d’un développement durable.

Au cours de cette réunion, Kaïs Saïed a rappelé un principe désormais inscrit au cœur du droit constitutionnel tunisien. L’article 47 de la Constitution garantit à chaque citoyen le droit à un environnement sain et équilibré et prévoit que l’État met en œuvre les moyens nécessaires pour éliminer la pollution et préserver le climat. Cette référence est loin d’être anodine, elle rappelle que la protection de l’environnement ne relève plus uniquement d’une politique publique parmi d’autres. Elle constitue désormais un droit fondamental dont la mise en œuvre engage la responsabilité des pouvoirs publics. Cette évolution traduit une tendance observée dans de nombreux systèmes juridiques contemporains où les questions environnementales occupent une place croissante au sein des textes constitutionnels. Le droit à un environnement sain est aujourd’hui considéré comme indissociable de plusieurs autres droits fondamentaux, notamment le droit à la santé, à la dignité, à la sécurité sanitaire et à un cadre de vie respectueux de la personne humaine. Dans cette perspective, la lutte contre la pollution ne constitue plus uniquement une exigence écologique, elle devient également une obligation juridique et une responsabilité collective.

Le principe du «pollueur-payeur»

Parmi les orientations mises en avant lors de cette réunion figure également la référence explicite au principe international du «pollueur-payeur». Consacré lors de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de Rio de Janeiro en 1992, ce principe constitue aujourd’hui l’un des fondements du droit international de l’environnement. Son objectif est simple : faire supporter le coût de la pollution à celui qui en est l’auteur plutôt qu’à la collectivité. Cette approche repose sur une logique de responsabilisation. Elle vise à éviter que les conséquences économiques, sanitaires ou environnementales des atteintes à l’environnement soient supportées par les citoyens alors qu’elles résultent d’activités publiques ou privées identifiables. En rappelant ce principe, le Président de la République souligne la nécessité d’une application rigoureuse des règles relatives à la responsabilité environnementale. Au-delà des sanctions administratives ou pénales susceptibles d’être prononcées, cette philosophie implique également la réparation des dommages causés aux milieux naturels ainsi que la remise en état des espaces dégradés. Dans un contexte marqué par la multiplication des décharges anarchiques, des atteintes au littoral, des pollutions industrielles ou des incendies, cette orientation apparaît comme un rappel de l’importance du respect des normes environnementales.

Une place importante de la réunion a été consacrée à l’Agence de protection et d’aménagement du littoral. Le Président de la République a estimé que cette institution n’avait pas pleinement rempli ses missions dans plusieurs zones côtières. Il a appelé à renforcer les interventions sur le terrain afin de protéger le littoral contre les différentes formes d’occupation irrégulière, de pollution et de dégradation. Cette insistance traduit l’importance stratégique que revêt le littoral tunisien.

Avec plus de 1.300 kilomètres de côtes, la Tunisie dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel qui constitue à la fois une richesse environnementale, économique et touristique. La protection de cet espace dépasse largement les considérations esthétiques. Elle conditionne le développement durable, la préservation de la biodiversité marine, l’activité de la pêche, le tourisme balnéaire ainsi que la qualité de vie des populations riveraines. Or plusieurs régions connaissent depuis des années des difficultés liées aux rejets industriels, aux déchets solides, aux constructions anarchiques ou encore à l’érosion côtière.

Une réalité illustrée par les attentes des habitants de Radès

La dégradation progressive du littoral, l’état des plages et la pollution de l’oued Méliane figurent parmi les préoccupations régulièrement soulevées par les citoyens.

La réunion de Carthage apparaît ainsi comme le prolongement institutionnel des constats effectués sur le terrain dimanche dernier.

Au cours de cette réunion, Kaïs Saïed ne s’est pas limité aux seules questions environnementales. Il a également élargi la réflexion à la protection du patrimoine historique et archéologique, établissant un lien direct entre la sauvegarde des richesses naturelles et celle de l’héritage civilisationnel de la Tunisie.

À cet égard, le Chef de l’État a évoqué les vestiges archéologiques découverts sur les berges de l’oued Méliane, aujourd’hui transformées en dépotoir. Cette situation illustre, selon lui, les conséquences que peuvent produire l’absence d’entretien, les atteintes répétées à l’environnement et le manque de valorisation des sites historiques.

Au-delà de cet exemple, il a rappelé que la Tunisie recèle un patrimoine archéologique exceptionnel dont une partie demeure encore enfouie, insuffisamment étudiée ou exposée aux dégradations et aux pillages. Cette analyse traduit une conception globale de la protection du patrimoine. Les richesses naturelles et les richesses historiques constituent deux composantes indissociables de l’identité nationale. Leur préservation participe non seulement à la sauvegarde de la mémoire collective, mais également au développement économique, culturel et touristique du pays. Dans cette perspective, les politiques environnementales et patrimoniales apparaissent comme complémentaires. Préserver un littoral, protéger une forêt, restaurer un site archéologique ou réhabiliter un cours d’eau répondent finalement à une même logique : transmettre aux générations futures un patrimoine préservé et valorisé.

La réunion du palais de Carthage intervient dans le prolongement immédiat de la visite effectuée quelques jours auparavant à Radès. Cette succession entre déplacement sur le terrain et réunion de travail illustre une méthode que le Président de la République privilégie régulièrement dans le traitement des dossiers jugés prioritaires. Les visites inopinées permettent de constater directement les réalités locales, de dialoguer avec les citoyens et d’entendre leurs préoccupations sans l’intermédiaire des circuits administratifs traditionnels. Les réunions qui suivent visent ensuite à traduire ces constats en orientations destinées aux administrations concernées. Cette approche témoigne d’une volonté de rapprocher l’action publique des réalités vécues par les populations.

Les questions environnementales se prêtent particulièrement à cette méthode. Les phénomènes de pollution, les décharges sauvages, les atteintes au littoral, les dégradations des espaces publics ou les difficultés liées à la gestion des déchets sont immédiatement perceptibles par les habitants.

Leur traitement nécessite donc une coordination étroite entre les collectivités locales, les établissements publics, les ministères concernés et les organismes spécialisés.

La présence, lors de cette réunion, de responsables issus de plusieurs secteurs traduit précisément cette exigence de coordination.

La responsabilité des établissements publics

Les échanges ont également mis en lumière le rôle central des établissements publics spécialisés dans la mise en œuvre des politiques environnementales.

L’Agence de protection et d’aménagement du littoral se voit confier une mission particulièrement importante dans la préservation des espaces côtiers, la lutte contre les occupations irrégulières et la protection des écosystèmes marins.

De son côté, l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle intervient dans la conservation, la restauration et la valorisation des sites historiques.

En rappelant les responsabilités de ces institutions, le Chef de l’État souligne que les objectifs fixés par les textes législatifs ou constitutionnels doivent se traduire par des interventions concrètes sur le terrain. Cette exigence rejoint une préoccupation plus générale portant sur l’efficacité de l’action publique. La protection de l’environnement suppose en effet des moyens humains, financiers et techniques, mais également une coordination permanente entre les différentes administrations compétentes. Elle implique aussi un contrôle rigoureux du respect des réglementations, une meilleure application des sanctions prévues contre les atteintes à l’environnement et un suivi régulier des programmes d’aménagement.

La protection de l’environnement ne constitue plus aujourd’hui un simple objectif écologique, elle représente également un enjeu économique majeur. La qualité du littoral, la préservation des plages, la protection des espaces naturels et la valorisation du patrimoine historique contribuent directement à l’attractivité touristique du pays. De même, l’amélioration du cadre de vie participe au développement local, à l’investissement et au bien-être des populations. Les politiques environnementales produisent ainsi des effets qui dépassent largement le seul domaine de l’écologie. Elles influencent la santé publique, le tourisme, l’agriculture, la pêche, les transports, l’urbanisme et le développement territorial. Dans cette perspective, la lutte contre la pollution apparaît comme un investissement au bénéfice des générations présentes et futures.

Si l’État demeure le premier garant de la protection de l’environnement, celle-ci repose également sur la mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société. Les collectivités locales, les entreprises, les associations, les établissements scolaires, les universités et les citoyens sont appelés à participer à cet effort collectif. Le respect des espaces publics, la réduction des déchets, la préservation des ressources naturelles ou encore la protection des plages relèvent autant des comportements individuels que des politiques publiques. La sensibilisation, l’éducation environnementale et le développement d’une véritable culture civique apparaissent dès lors comme des compléments indispensables aux dispositifs juridiques.

 

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